Tunisie

Transport en commun : Un tournant décisif jamais arrivé

Entre 2010 et 2020, les recettes de la Transtu auraient été divisées par deux pour de multiples raisons. Le phénomène de la fraude fait perdre près de 40% des recettes, et d’aucuns pensent que ce taux est sous-estimé.


Il serait difficile d’aborder les difficultés d’une entreprise publique sans évoquer la question financière. En effet, de nombreuses entreprises rencontrent des obstacles en raison d’une mauvaise gouvernance, souvent exacerbée par le contexte international, comme c’est le cas actuellement.

Des acteurs clés de notre économie tels que la Steg, la Sonede, la CPG (Compagnie des phosphates de Gafsa), la Sncft, le secteur de la sidérurgie avec El Fouladh, et d’autres, traversent une période de turbulences sans précédent. Chacune de ces entreprises est unique et nécessite des mesures de restructuration adéquates. Prenons l’exemple de la Transtu, le principal opérateur de transport dans le Grand Tunis, qui fait face à un mal endémique lié à une accumulation de problèmes et à une inertie qui a duré au moins une décennie (entre 2011 et 2020). Cette période constitue un tournant critique dans l’histoire de cette entreprise.

Le parc de véhicules a considérablement diminué, le matériel devient de plus en plus usé, et l’entretien n’est plus une priorité. Les autorités passées avaient tenté de colmater les brèches en important des bus d’occasion, sans toutefois trouver de solution durable. En conséquence, les pertes sont devenues insupportables et impactent lourdement le budget. Entre 2010 et 2020, les recettes auraient été divisées par deux pour diverses raisons.

Heureusement, la Transtu commence à prendre un tournant avec la commande de plusieurs centaines de nouveaux bus. Un programme ambitieux de réhabilitation et de réparation de vieux bus et de métros a été annonçé, bien que son efficacité semble limitée. De plus, une feuille de route ambitieuse a été adoptée, promettant des améliorations substantielles dans le secteur, mais là encore, les usagers n’ont pas constaté de changements notables. Malgré cela, les clients gardent l’espoir d’un tournant décisif, même si aucune opération radicale n’a été mise en place pour changer la donne.

Actuellement, la Transtu dispose d’un parc de bus assez important, censé lui permettre de mieux remplir son rôle. Selon les employés, il y aurait plus de bus que de personnel pour les gérer, alors qu’il y a quelques années, la situation était inverse avec un sureffectif. Il est donc nécessaire de trouver des solutions pour une meilleure exploitation des ressources.

Le parc actuel ne fonctionne pas à plein régime, ce qui est l’avis de nombreux usagers. Bien que peu d’attentes soient placées dans le secteur des métros à cause d’une offre très limitée, il est essentiel de se concentrer sur le réseau de bus, qui offre plus de flexibilité. Les promesses faites doivent être réalisées : renforcer les lignes existantes, rétablir celles qui ont été supprimées ou réduites, et créer de nouvelles lignes sur des axes essentiels sont des engagements qui, pour l’heure, n’ont pas été respectés.

Les usagers, quels que soient leurs trajets, n’ont remarqué aucun progrès. Ils continuent d’endurer les mêmes désagréments : bus surchargés, temps d’attente de plus d’une heure, conducteurs qui ne respectent pas les horaires ou les itinéraires. Dans ce contexte, le citoyen tunisien est en droit d’exiger de meilleurs services et une attention accrue à ses besoins.

Les retards dans la mise en œuvre des changements demeurent inexpliqués, alors qu’il semblerait que toutes les conditions soient réunies pour un nouveau départ. Les retards accumulés sur les agendas sont préoccupants, notamment celui concernant la mise en place de la billetterie électronique. Ce dispositif était prévu depuis 2015, reporté à 2018 pour des questions techniques et organisationnelles, mais aucun progrès substantiel n’a été constaté à ce jour.

La Transtu ne communique pas véritablement sur le sujet, probablement en raison de l’absence de nouveautés. Il est important de souligner que la billetterie, et le système de transport en général, représentent un enjeu crucial pour l’opérateur. Les recettes constituent une composante essentielle de la durabilité de ce service public. Les subventions de l’État ne pourront pas être indéfinies, et cette société doit compter sur ses propres ressources et explorer de nouvelles sources de financement.

D’après les quelques chiffres disponibles, la fraude entraîne une perte de près de 40% des recettes, certains considérant que ce chiffre est sous-estimé. La question qui se pose est donc : comment redresser la situation ? Une solution raisonnable serait d’améliorer la gestion en intensifiant le contrôle des titres de transport. La Transtu a récemment intensifié ces opérations en embauchant plus de personnel, ce qui devrait logiquement améliorer les recettes.

Cependant, il est surprenant de constater une certaine inertie concernant la modernisation des méthodes de paiement. Les pratiques demeurent traditionnelles et aucune innovation n’est attendue dans le domaine de la billetterie. Les usagers n’ont pas accès aux avantages supposés liés aux divers titres de transport. Souvent, les clients se heurtent à l’ignorance des guichetiers ou des contrôleurs, notamment concernant les carnets de tickets.

Au-delà des recettes des ventes de tickets et du renforcement des contrôles, la Transtu a tout intérêt à écouter ses clients et à répondre rapidement à leurs doléances de plus en plus pressantes, ce qui n’est pas le cas actuellement. L’idée d’explorer d’autres sources de financement devrait également être envisagée. Pourquoi ne pas instaurer une taxe dans le secteur de la vente automobile au profit de l’opérateur de transport, comme cela a été fait avec le secteur de la location de voitures ? Cela pourrait renforcer le secteur et permettre aux bénéfices des concessionnaires de contribuer aux transports publics.