Le vice-président américain JD Vance, antiguerre, ne se prononce pas sur la guerre en Iran.
JD Vance a construit sa carrière politique sur un isolationnisme forcené et a exprimé des réserves sur une éventuelle guerre contre l’Iran, soulignant le 12 février son inquiétude lors d’une réunion à la Maison blanche. Lors d’une mission au Pakistan pour mettre fin à un conflit, il est confronté à des attentes contradictoires au sein du camp républicain, entre les faucons néoconservateurs et la tendance isolationniste du mouvement MAGA.
JD Vance se retrouve dans une situation délicate. La guerre déclenchée par son patron contre l’Iran le 28 février dernier le place en contradiction avec ses convictions, lui qui a fait de l’isolationnisme le fondement de sa carrière politique.
Cet engagement antimilitariste de JD Vance est bien établi aux États-Unis. Il l’avait exprimé clairement en janvier 2023 dans une tribune publiée dans le Washington Post, où il annonçait soutenir la candidature de Donald Trump à la présidentielle de 2024 parce qu’il disait : « je sais qu’il n’enverra pas imprudemment des Américains se battre à l’étranger ».
L’ancien sénateur de l’Ohio justifiait sa position en rappelant que « M. Trump n’avait déclenché aucune guerre » durant son premier mandat entre 2017 et 2021.
Il profitait également de l’occasion pour critiquer la politique étrangère tant des démocrates que des républicains : « Les dirigeants des deux partis ont soutenu l’invasion de l’Irak, le projet de reconstruction nationale en Afghanistan qui a duré des décennies, le changement de régime en Libye et la guérilla en Syrie. Toutes ces politiques ont coûté très cher et fait de nombreuses victimes. Aucun de ces conflits n’a servi les intérêts à long terme de la nation », affirmait-il.
Aujourd’hui, la situation semble se reproduire.
**Les réserves de JD Vance**
Rester fidèle à sa ligne isolationniste, JD Vance s’est montré inquiet à l’approche d’une guerre contre l’Iran. Le 12 février, lors d’une réunion de crise à la Maison Blanche, il s’est exprimé à ce sujet. Selon une enquête publiée par le New York Times le 7 avril, le vice-président a appelé à la retenue, qualifiant ce conflit de « gaspillage considérable de ressources » et de « dépenses colossales ».
Le quotidien américain rapporte : « Devant ses collègues, M. Vance avertit M. Trump qu’une guerre contre l’Iran pourrait provoquer un chaos régional et un nombre incalculable de victimes. Elle risquerait aussi de faire éclater la coalition politique de M. Trump et serait perçue comme une trahison par de nombreux électeurs qui avaient cru à la promesse de ne pas entrer en guerre. »
Face à la détermination du président américain, JD Vance tente de le convaincre de mener une intervention massive pour atteindre rapidement ses objectifs.
Le 28 février, les États-Unis, en collaboration avec Israël, lancent des frappes massives sur l’Iran. JD Vance choisit alors de se faire discret, contrairement à son collègue Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, qui est un fervent partisan d’une campagne militaire contre le régime iranien.
Cependant, JD Vance est un loyal lieutenant de Donald Trump et il n’est pas question de contester publiquement sa décision.
Depuis le début du conflit, il a repris les arguments du milliardaire républicain, qui affirme que la guerre est nécessaire pour empêcher l’Iran de développer l’arme nucléaire.
Donald Trump ne considère pas qu’il y ait une divergence de points de vue sur l’Iran entre lui et son vice-président : « Je dirais qu’il avait une vision philosophique un peu différente de la mienne », a déclaré le dirigeant républicain le 9 mars dernier. « Je pense qu’il était peut-être moins enthousiaste à l’idée d’y aller, mais il était tout de même très enthousiaste. »
En attendant, alors qu’il est aujourd’hui au Pakistan, quelques jours après un cessez-le-feu fragile, JD Vance a pour mission de mettre fin durablement à un conflit qu’il souhaitait éviter.
**La mission de JD Vance**
Cette mission, qui constitue un véritable test pour JD Vance sur la scène internationale, est périlleuse. Les problèmes à régler sont nombreux, notamment la réouverture durable du détroit d’Ormuz et la question du nucléaire iranien.
Des dossiers complexes que JD Vance aborde sans grande expérience diplomatique. De plus, les deux autres hauts représentants américains présents au Pakistan – Steve Witkoff et Jared Kushner, souvent perçus comme proches d’Israël – suscitent un climat de méfiance auprès d’un régime iranien renforcé par sa résistance après 40 jours de guerre.
L’action de JD Vance sera scrutée de près aux États-Unis, où les attentes sont grandes et contradictoires au sein du camp républicain. D’un côté, les faucons néoconservateurs qui plaident pour l’usage de la force et envisagent un renversement du régime des mollahs. De l’autre, la tendance isolationniste du mouvement MAGA (Make America Great Again), qui s’oppose à tout aventure militaire.
Enfin, il doit répondre aux exigences de Donald Trump, dont les objectifs ne cessent de fluctuer au fil du conflit, et qui cherche à tirer profit de la situation, quelle qu’en soit l’issue.
« Si l’accord avec l’Iran ne se concrétise pas, je tiendrai JD Vance pour responsable. S’il se concrétise, je m’en attribuerai tout le mérite », a plaisanté le président lors d’un événement le 1er avril.
Il est donc certain qu’en cas de succès, Donald Trump en serait le grand gagnant. En revanche, un échec serait un premier coup dur pour JD Vance sur la route de la présidentielle américaine de 2028.

