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Le Pakistan reçoit Iraniens et Américains pour des pourparlers.

Le Pakistan devait accueillir vendredi les délégations iranienne et américaine pour des pourparlers au troisième jour du cessez-le-feu, même si la participation des Iraniens restait incertaine après des frappes israéliennes qui ont fait mercredi plus de 300 morts au Liban. Le ministre de la Défense, Khawaja Asif, avait qualifié jeudi soir sur X Israël de « diabolique », l’accusant de commettre un génocide au Liban, avant de retirer son tweet.


Le Pakistan devait accueillir vendredi les délégations iranienne et américaine pour des pourparlers au troisième jour du cessez-le-feu, malgré l’incertitude quant à la participation des Iraniens suite à des frappes israéliennes ayant causé mercredi plus de 300 morts au Liban. Ces frappes sont les plus meurtrières au Liban depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, qui a été déclenchée le 28 février par une attaque conjointe d’Israël et des États-Unis contre l’Iran.

Face à l’escalade au Liban, un responsable américain a indiqué que des pourparlers devaient aussi avoir lieu la semaine prochaine entre le Liban et Israël à Washington. « La tenue de pourparlers visant à mettre fin à la guerre dépend du respect par les États-Unis de leurs engagements en matière de cessez-le-feu sur tous les fronts, en particulier au Liban, » a affirmé Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, dans des propos rapportés par l’agence Isna.

Lors de l’annonce du cessez-le-feu, le Pakistan, en tant que pays médiateur, avait assuré que la trêve s’appliquait « partout, y compris au Liban », ce qu’ont ensuite démenti Israël et les États-Unis.

Sous haute sécurité, Islamabad était devenue une ville fantôme où les négociations devaient se tenir dans un hôtel de luxe. Le vice-président JD Vance devait conduire la délégation américaine pour des discussions samedi sur l’Iran, en compagnie de l’émissaire spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, comme l’a annoncé la Maison Blanche.

Le président américain a déclaré à NBC News être « très optimiste » quant à la possibilité d’un accord de paix, malgré les divergences entre les positions des deux pays.

Du côté iranien, moins de certitudes : peu après avoir annoncé sur le réseau X l’arrivée d’une délégation iranienne au Pakistan jeudi soir, l’ambassadeur d’Iran à Islamabad a supprimé son message. Ce dernier avait été envoyé trop tôt, selon un fonctionnaire de l’ambassade cité par l’AFP, sans préciser si la délégation iranienne était toujours attendue. En Iran, le premier grand bulletin d’information de la télévision d’État vendredi matin à 8h00 n’a fait aucune mention des négociations.

« L’information relayée par certains médias selon laquelle une équipe de négociateurs iraniens serait arrivée à Islamabad, au Pakistan, pour négocier avec les Américains est totalement fausse, » a rapporté l’agence de presse iranienne Tasnim, citant une source anonyme. « Tant que les États-Unis ne respecteront pas leur engagement de cessez-le-feu au Liban et que le régime sioniste poursuivra ses attaques, les négociations seront suspendues. »

Au Pakistan, le ministre de la Défense, Khawaja Asif, avait qualifié jeudi soir sur X Israël de « diabolique », l’accusant de génocide au Liban, avant de retirer son tweet. Ce message faisait suite aux frappes israéliennes mercredi ayant causé plus de 300 morts et un millier de blessés au Liban, un pays entraîné dans le conflit par le Hezbollah qui a attaqué Israël en riposte à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de la guerre.

L’ONU a exprimé de vives inquiétudes concernant la poursuite de la campagne israélienne, tandis que Paris, Londres et Ankara ont plaidé pour l’inclusion du Liban dans la trêve.

Tôt vendredi, des sirènes d’alerte ont retenti en Israël, y compris à Tel-Aviv, suite à des tirs de roquettes en provenance du Liban. Le Hezbollah a revendiqué plusieurs tirs de roquettes et de drones, notamment contre des « regroupements de soldats » de chaque côté de la frontière entre le Liban et Israël. Face à cette escalade, un responsable américain a affirmé que des pourparlers devaient aussi avoir lieu la semaine prochaine entre le Liban et Israël à Washington, initiative que le Hezbollah a rejetée.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait annoncé peu avant avoir ordonné à son cabinet d’engager des « négociations directes » avec le Liban, mais ce dernier insiste sur « un cessez-le-feu avant tout début de négociations, » a déclaré à l’AFP un responsable libanais requérant l’anonymat.

En Iran, les Gardiens de la Révolution ont affirmé vendredi n’avoir tiré aucun missile depuis le cessez-le-feu, alors que le Koweït a signalé des attaques de drones contre des « installations vitales », une première dans le Golfe depuis l’annonce de la trêve.

Si la venue des Iraniens au Pakistan reste floue, les contours d’un accord de paix durable le sont également, les deux belligérants ayant des positions opposées sur des points majeurs. Ainsi, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a exclu toute restriction du programme d’enrichissement d’uranium, une des demandes fondamentales des États-Unis et d’Israël, dans un entretien avec l’agence Isna.

Dans le détroit stratégique d’Ormuz, presque bloqué par l’Iran, la réouverture de ce passage maritime, pourtant condition essentielle au cessez-le-feu, demeure incertaine. Le trafic y est toujours nettement entravé et Donald Trump a accusé jeudi l’Iran de faire du « mauvais boulot » sur ce dossier. Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a cependant franchi jeudi ce passage essentiel au commerce mondial.

Après le bref soulagement apporté par la trêve, la prudence prédomine sur les marchés, où le prix du pétrole est resté jeudi matin en dessous de 100 dollars le baril.