Réserves faibles et dette élevée : un économiste prône un accord avec le FMI.
Larbi Benbouhali alerte sur la vulnérabilité financière de la Tunisie, indiquant que les réserves de change actuelles sont équivalentes à environ 101 jours d’importations en devises étrangères. Selon l’économiste, l’État tunisien devra faire face en 2026 à des besoins d’emprunt importants, estimés à 27 milliards de dinars, dans un contexte où le déficit budgétaire est évalué à environ 11 milliards de dinars.
L’économiste Larbi Benbouhali a récemment partagé une analyse sur sa page officielle Facebook, mettant en lumière la fragilité financière de la Tunisie face à un environnement international jugé instable, marqué par des tensions géopolitiques affectant les marchés énergétiques mondiaux.
Dans ce texte dense, il questionne la capacité des autorités tunisiennes, en particulier du président Kaïs Saïed et de la Banque centrale de Tunisie, à protéger l’économie nationale contre des chocs externes majeurs.
**Une alerte sur la vulnérabilité financière et externe de la Tunisie**
L’analyse indique que la Tunisie disposerait aujourd’hui de réserves de change limitées, représentant environ 101 jours d’importations. Larbi Benbouhali estime que cette marge de sécurité est fragile, surtout dans un contexte où les besoins en devises sont élevés, notamment pour financer les importations énergétiques et alimentaires.
Il souligne aussi que les sorties de capitaux, en lien avec les dividendes versés aux entreprises étrangères et aux investisseurs offshore relevant de la loi 72, auraient atteint environ 3 milliards de dinars en 2025, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur les équilibres extérieurs du pays.
Dans ce cadre, Larbi Benbouhali met en garde contre la possibilité d’un financement monétaire du déficit par la Banque centrale. Une telle démarche, d’après lui, pourrait entraîner une dépréciation du dinar et une accélération de l’inflation, affectant directement le pouvoir d’achat des ménages, en particulier des classes moyennes et des plus vulnérables. Il insiste sur l’importance de la stabilité monétaire, essentielle dans un contexte de dépendance aux importations et de fragilité des réserves de devises.
L’économiste avance également que la Tunisie aurait besoin d’environ 2,5 milliards de dollars pour faire face aux éventuelles hausses des prix de l’énergie et aux déséquilibres budgétaires et commerciaux croissants.
Il prédit que l’État tunisien devra faire face en 2026 à des besoins d’emprunt considérables, estimés à 27 milliards de dinars, ce qui représente plus de la moitié des recettes fiscales projetées, dans un cadre où le déficit budgétaire est évalué à environ 11 milliards de dinars.
**Risques économiques identifiés**
Dans son analyse, il souligne plusieurs risques économiques potentiels, évoquant d’abord l’impact sur l’emploi des Tunisiens à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe, où plus de 100 000 travailleurs pourraient être touchés en cas de ralentissement économique régional, entraînant une baisse des transferts de devises vers la Tunisie.
Il anticipe également une pression inflationniste due à l’augmentation des prix de l’énergie et des produits alimentaires, ce qui pourrait maintenir les taux d’intérêt à un niveau élevé, freinant ainsi l’investissement privé.
Sur le plan macroéconomique, il estime que la dette totale par ménage s’élève à environ 21 763 dinars, entre dette publique et dette privée, un niveau qu’il juge élevé et révélateur d’un endettement significatif de l’économie tunisienne. Il prévoit un ralentissement de la croissance, avec une contraction du produit intérieur brut nominal évaluée à 0,5 % et un chômage des jeunes dépassant les 30 %, ce qui indiquerait persistance des déséquilibres structurels.
Le texte mentionne aussi l’impact de l’augmentation des prix du carburant sur le secteur du transport aérien et du tourisme, vital pour l’économie tunisienne. D’après l’économiste, la réduction des vols et l’augmentation des tarifs pourraient nuire aux flux touristiques mondiaux et donc influencer les recettes touristiques de la Tunisie.
**Comparaison internationale et recommandations**
Pour appuyer ses propos, Larbi Benbouhali cite diverses expériences internationales de gestion de crises similaires, évoquant les interventions de banques centrales et de gouvernements, comme les mesures de soutien des Émirats arabes unis, de l’Australie, de la France, ou encore de la Turquie, qui aurait utilisé une partie de ses réserves d’or pour renforcer sa position extérieure.
Il mentionne également les dispositifs de soutien mis en place par la Banque centrale du Qatar et les interventions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale pour atténuer les chocs économiques liés à la volatilité des prix de l’énergie.
En conclusion, l’économiste considère que la Tunisie devrait renforcer sa coopération avec les institutions financières internationales. Il estime qu’un nouvel accord avec le FMI pourrait mobiliser environ 2,5 milliards de dollars sur plusieurs années dans des conditions avantageuses.
Selon lui, ce partenariat contribuerait à renforcer les réserves de change, stabiliser le taux de change du dinar, réduire le coût de la dette extérieure et restaurer la confiance des investisseurs, tant locaux qu’étrangers.
Il conclut en affirmant que la Tunisie a déjà engagé plusieurs réformes structurelles ces dernières années, notamment en matière de subventions, de fiscalité et de gouvernance des entreprises publiques. Dans cette perspective, il juge qu’un nouvel accord avec le FMI pourrait représenter une opportunité pour faire sortir l’économie tunisienne de sa stagnation et favoriser la création d’emplois dans un contexte de chômage élevé.

