International

Elections en Hongrie : Viktor Orbán cible Zelensky pour le pouvoir

Pour les élections législatives hongroises qui vont déterminer l’avenir de Viktor Orbán ce dimanche, le Premier ministre a fait installer des affiches où l’on peut voir le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky dans tout le pays. D’après un sondage de Politico, Fidesz obtient 39 % des intentions de vote, contre 49 % pour son opposant principal, Tisza.


« Ils sont dangereux. » Le long de la route qui relie l’aéroport de Budapest, de grandes affiches publicitaires attirent l’attention. Ici, le protagoniste n’est pas Coca-Cola ou le dernier iPhone, mais Volodymyr Zelensky. À l’approche des élections législatives hongroises qui pourraient déterminer l’avenir de Viktor Orbán ce dimanche, le Premier ministre a fait installer des panneaux affichant le dirigeant ukrainien à travers le pays.

À tel point qu’on pourrait croire que Volodymyr Zelensky se présente aux législatives. Sur certaines affiches, il est en compagnie de Péter Magyar, le principal opposant d’Orbán, accompagné du slogan : « Pour les arrêter, votez Fidesz ». Tanya, assise dans son taxi décoré de petits animaux en peluche et de guirlandes colorées, soupire en ajustant ses lunettes de soleil fluo : « Sur dix publicités, huit concernent le Fidesz [le parti d’Orbán]. Ils ont totalement envahi le pays avec ces affiches visant Zelensky. »

Selon Miklós Ligeti, directeur juridique de Transparency International Hungary, la Hongrie compte environ 31.000 espaces publicitaires. « En temps normal, la moitié d’entre eux sont vides. Actuellement, il semblerait qu’environ 16.000 soient des publicités politiques, avec une hausse de 50 % des affiches du Fidesz par rapport à 2022. Ces chiffres sont sans précédent, même si c’est une tradition du Fidesz : ils investissent massivement dans l’affichage public et la publicité. »

Daryna*, qui vit en Hongrie depuis quinze ans, quasiment depuis le début du mandat d’Orbán, confirme cela avec un sourire. « La méthode n’a pas changé depuis seize ans. D’abord, l’ennemi, c’était le migrant terroriste, puis George Soros [philanthrope américano-hongrois], l’Union européenne pendant la crise du Covid-19, et maintenant, c’est Zelensky », raconte-t-elle avec un rire nerveux.

Que ce soit sur le bord des routes ou sur les réseaux sociaux, Viktor Orbán a clairement désigné l’Ukraine comme bouc émissaire dans une période où il risque de perdre le pouvoir. Selon un sondage de Politico, le Fidesz récolte 39 % des intentions de vote, contre 49 % pour son principal opposant, Tisza. Dans ce contexte, la logique d’Orbán est simple : si les électeurs choisissent le Fidesz, la Hongrie ne sera pas entraînée dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Choisir son opposant de centre-droit, c’est choisir la guerre.

Orbán est omniprésent, accompagné du slogan : « Unissons-nous contre la guerre ». Si cette rhétorique peut sembler absurde depuis la France, elle a un impact en Hongrie. « Une de mes amies travaille comme assistante sociale dans une école primaire. Elle a dû organiser une séance pour apaiser les enfants, qui pleuraient de peur à l’idée que leurs parents soient envoyés à la guerre », rapporte Judit Ignácz, membre du Centre européen pour les droits des populations rom.

« C’est une histoire ridicule que la plupart des Hongrois ne croient pas, ici à Budapest. Mais dans les campagnes, ce discours est bien rodé. Il leur vend l’idée qu’ils sont pauvres à cause d’ennemis extérieurs – qui sont désormais l’Ukraine et Zelensky », déplore Daryna. Malgré sa proximité avec l’Ukraine, avec laquelle elle partage une partie de sa frontière nord, la Hongrie a accueilli très peu de réfugiés ukrainiens. En décembre 2025, ils n’étaient que 65.000, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, soit plus de 10.000 de moins qu’en France.

Si le discours cible davantage le gouvernement ukrainien que la diaspora, Daryna se rappelle quelques rares exemples où elle s’est sentie attaquée en tant qu’Ukrainienne en Hongrie. « Sur des plateformes de vente en ligne, quand j’ai voulu acheter quelque chose, on m’a parfois répondu : « J’ai vu que tu publiais des messages qui ne soutiennent pas notre gouvernement. Tu es Ukrainienne, tu vis ici, et tu n’es pas reconnaissante. Je ne te vendrai rien, ingrate ». »

Son compagnon, Mykhailo*, a également dû faire face à des discours prorusses. « Un jour, j’ai dit que j’étais Ukrainien à un chauffeur de taxi. Il a ensuite passé vingt minutes à répéter la propagande du gouvernement, comment Zelensky buvait le sang des enfants du Donbass et autres absurdités », se souvient-il en levant les yeux au ciel. Le jeune homme a aussi aidé une amie ukrainienne à déménager à Budapest et a rencontré de nombreuses discriminations lorsqu’il cherchait un appartement pour elle. « Plusieurs propriétaires m’ont ouvertement dit : « Je ne veux pas d’Ukrainiens. » »

Au quotidien, le couple ressent un décalage avec les autres. Chaque matin, Daryna et Mykhailo se lèvent plus tôt pour obtenir des nouvelles de leurs proches. « Mes grands-parents vivent très près de la ligne de front. Régulièrement, le réseau mobile est coupé pour empêcher les drones. Je ne les vois pas en ligne, je ne sais pas comment les joindre, je ne sais pas s’ils sont en vie. C’est extrêmement angoissant. Chaque jour, je surveille où tombent les bombes. Et je me demande si mes parents et mes grands-parents sont toujours en vie. »

Daryna passe nerveusement les mains dans ses cheveux blonds attachés en queue-de-cheval. « Ça ne se voit pas forcément de l’extérieur, mais ça impacte tout. Tu ne peux pas expliquer à tes collègues ce qui se passe vraiment. Quand on te demande comment tu vas, c’est du bavardage. Tu dois être une personne normale, sourire, travailler normalement. C’est très difficile de garder tout ça à l’intérieur », explique Daryna. Le père de Mykhailo est à Soumy, à seulement « 25 kilomètres de la frontière ».

« Ce n’est pas beaucoup pour un drone », lâche-t-il gravement, en revenant d’une pause cigarette. Après des mois de négociations, il a réussi à convaincre sa mère de rester à Budapest. Mais le couple a l’impression d’avoir « une jambe coincée dans un piège à loup ». Un piège d’une guerre qui met en danger la vie de leurs proches chaque jour. Et celui d’un pays qui, dimanche, pourrait réélire l’homme qui tire profit de ce conflit.

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.