Artemis II revient sur Terre : bilan positif avant des missions incertaines.
La capsule Orion doit revenir sur Terre après dix jours de mission à plus de 400.000 kilomètres de la planète. Artemis II va pénétrer l’atmosphère à environ 1h37 (heure de Bruxelles) et subira des températures de quelque 3000 °C lors de cette étape cruciale.
C’est le moment tant attendu. Après dix jours d’une mission historique à plus de 400.000 kilomètres de la Terre, un record pour un vol habité, la capsule Orion est prête à revenir sur notre planète.
Il sera environ 1h37 (heure de Bruxelles) lorsque Artemis II entrera dans l’atmosphère à une vitesse d’environ 40.000 km/h (soit Mach 32). À ce moment-là, le bouclier thermique d’Orion sera soumis à des températures atteignant près de 3000 °C, soit environ la moitié de la température de la surface du Soleil.
C’est une étape déterminante qui servira à valider le bon fonctionnement du bouclier thermique de cinq mètres de diamètre, essentiel pour protéger la capsule. Pour toute mission habitée, la performance de ce bouclier est critique. Il est crucial d’éviter une issue similaire à celle de la navette spatiale Columbia, qui s’est désintégrée le 1er février 2003.
La surface du bouclier est recouverte d’Avcoat, un matériau spécialisé. L’astrophysicienne de l’ULiège, Yaël Nazé, explique son fonctionnement : « Ces boucliers vont se consumer un petit peu parce que la température va grimper à plusieurs milliers de degrés. L’idée est que ce bouclier puisse se déliter pour évacuer cette chaleur et ainsi protéger ce qu’il y a à l’intérieur. »
Cette étape est courante dans les missions spatiales, mais elle reste délicate. Il est important de rappeler les incidents survenus avec le Starliner de Boeing en 2024, qui avait dû laisser deux astronautes à bord de l’ISS à cause d’une fuite d’hélium.
Yaël Nazé se veut rassurante pour Artemis II : « Sur ce retour, à priori tout se passera normalement. On ne peut jamais exclure un accident, mais jusqu’ici nous n’avons reçu aucune information faisant état d’un problème pour Artemis II. »
Cependant, la pénétration dans l’atmosphère entraînera une perte de communication de six minutes entre Houston et Artemis II. En effet, à cause de l’impact et de la vitesse, l’air ne peut pas « s’écarter » devant la capsule, il se compresse. Avec la décélération, un nuage de plasma se forme, empêchant les signaux radio de passer.
Après cette phase intense, le reste du retour sera relativement simple : trois parachutes se déploieront à environ 2000 mètres d’altitude pour amortir l’amerrissage de la capsule dans le Pacifique à une vitesse d’environ 32 km/h. L’arrivée est prévue vers 2h07 du matin.
Artemis II fait partie d’une série de missions préparatoires visant à ramener des humains sur la Lune, prévu pour 2028 par la NASA. Alors qu’Artemis I était une mission robotique, celle-ci a pour but de tester la capacité d’un équipage à prendre les commandes et à vivre avec des systèmes vitaux.
« C’est une mission de démonstration, de test, de répétition générale, » explique Yaël Nazé. « Et à ce niveau-là, on peut dire que jusqu’ici, cela a bien fonctionné. L’objectif de la mission a l’air d’être rempli, il reste à continuer les préparations avec Artemis III pour enfin avoir l’alunissage avec Artemis IV. »
Les découvertes scientifiques seront l’objectif d’Artemis IV. Selon Jérémy Rekier, chercheur en planétologie et enseignant à l’UC Louvain : « Artemis II a pu identifier certaines zones d’intérêt, notamment autour du pôle Sud de la Lune, qui n’a pas encore été exploré par les missions précédentes. Les précédents alunissages ont eu lieu près de l’équateur, sur la face visible de la Lune. »
Le pôle Sud de la Lune bénéficie d’une illumination moins intense que les zones des précédents alunissages, une luminosité plus rasante. Une face de la Lune dont la beauté est peu souvent admirée.
Si l’on suit le calendrier de la NASA, les missions Artemis III et IV sont projetées pour 2027 et 2028. Cependant, beaucoup de travail reste à faire. Yaël Nazé souligne : « Si le retour se passe bien, ce sera une bonne étape pour le programme Artemis, mais il est clair qu’avant de pouvoir alunir, il y a encore beaucoup de choses à tester. Il faudra aussi choisir le module d’alunissage, Blue Origin et SpaceX sont toujours en compétition. Il y a encore de nombreuses incertitudes, c’est une étape importante, mais beaucoup reste à accomplir. »
Un nouvel alunissage en 2028 est-il réalisable? Ces délais sont courts vu le travail restant, mais Yaël Nazé rappelle l’importance de l’agenda politique : « Ça va être compliqué, mais il est vrai que le président Trump désire que cela se fasse sous son mandat, donc il y aura une forte pression politique pour une réalisation en 2028. »
Jérémy Rekier insiste quant à la valeur scientifique d’un retour sur la Lune : « C’est en allant sur la Lune et dans l’espace les premières fois qu’on a pu confirmer l’hypothèse de sa formation à partir d’un fragment de la Terre. On a remarqué que la composition géologique de la Lune était similaire à celle de la Terre. Ainsi, en allant sur la Lune, on apprend beaucoup sur la formation et l’évolution du système solaire. »
Que le calendrier soit respecté ou non, une chose est certaine : cette nouvelle mission lunaire a suscité un grand intérêt médiatique, ce qui satisfait Yaël Nazé et Jérémy Rekier, heureux de voir que l’espace continue d’intéresser le public.
Cet engouement est également présent chez les étudiants de l’ULiège, où le professeur Emmanuel Jehin a convié certains d’entre eux à observer le retour sur Terre.

