Belgique

QRÂ : pourquoi le prix du carburant ne baisse-t-il pas à la pompe ?

Les prix du baril de Brent ont augmenté de 64,25% entre le 27 février 2026 et le 7 avril 2026, passant de 71,32 $ à 111 $. Le litre de diesel à la pompe a atteint un maximum de 2,48 €/l le 8 avril 2026, tandis qu’il avait atteint 2,17 € en juin 2022.


Comme durant la crise énergétique de 2022, après le début de la guerre en Ukraine, les prix du baril de pétrole connaissent une nouvelle flambée avec la guerre en Iran. Toutefois, aujourd’hui, le dollar est moins fort qu’en 2022. Pourquoi alors les prix à la pompe, en euros, continuent-ils d’augmenter si fortement en Belgique ?

C’est la question qui nous a été posée. En effet, le baril de pétrole s’achète et se vend en dollars, la monnaie du commerce international. Pour illustrer, si un dollar équivaut à un euro, un baril à 100 $ sera acheté pour 100 €. En revanche, si le taux de change diminue et qu’un dollar vaut 0,85 €, comme c’est le cas aujourd’hui, alors un baril à 100 $ ne vaut plus que 85 € en Europe. Cela, en théorie, devrait avantager le consommateur.

Pourtant, « il serait erroné de penser que, parce que le taux de change moyen du dollar en euros du 27 février 2026 au 7 avril 2026 (période de référence symbolisant la guerre en Iran, ndlr) a été inférieur au taux de change moyen du dollar en euros du 1 décembre 2021 au 8 juin 2022 (période de référence symbolisant le début de la crise énergétique suite à la guerre en Ukraine, ndlr), l’augmentation des prix toutes taxes comprises à la pompe en euros que l’on constate depuis le début de la guerre en Iran aurait dû être nécessairement inférieure à l’augmentation de 2021 et 2022 », assure Eric Dor, professeur de finance à l’IESEG School of Management, Université Catholique de Lille.

Et pour cause, comparer les taux de change entre deux périodes données ne suffit pas. Il est aussi nécessaire de s’intéresser :

– Aux variations du prix du pétrole brut en dollars ;
– Aux réactions en euros sur le marché de Rotterdam (marché de référence pour les prix du pétrole distribué en Europe) ;
– Et à la fiscalité appliquée durant les périodes étudiées.

### 2022, la double peine

En 2022, c’était la double peine. Le prix du baril de Brent (référence européenne, ndlr) et la valeur du dollar avaient fortement augmenté simultanément. Il fallait donc non seulement plus de dollars pour un baril, mais aussi plus d’euros pour obtenir ces dollars.

Plus précisément, le prix brut du baril de Brent est passé de 69,53 $ le 1er décembre 2021 à 129,2 $ le 8 juin 2022, soit une hausse de 85,8 %. Pendant ce temps, le taux de change du dollar en euro est passé de 0,846 € à 0,862 €, soit une augmentation de 5,4 %. À l’époque, un dollar valait la même chose qu’un euro.

Cette fois-ci, seul le prix du baril augmente fortement. Ainsi, on observe une montée de 71,32 $ à 111 $, entre le 27 février 2026 et le 7 avril 2026, juste avant le cessez-le-feu, soit une augmentation de 64,25 %. Cependant, la valeur du dollar n’augmente que légèrement, de 1,89 %. Aujourd’hui, l’euro est plus fort que le dollar.

### L’importance de la fiscalité

Mais pourquoi, cette fois, les prix des carburants battent-ils des records ? En juin 2022, le litre de diesel à la pompe atteignait un maximum de 2,17 €, tandis qu’il était fixé à 2,48 €/l le 8 avril 2026. « Les prix à la pompe en 2022 auraient dû être plus élevés que ceux que l’on observe maintenant », nuance l’économiste Philippe Ledent (ING).

La raison de cette situation réside dans la différence de taxation. À la suite de la crise de 2022, le gouvernement a décidé de baisser temporairement les accises sur l’essence et le diesel, entraînant une réduction d’environ 0,105 € par litre à la pompe. Une mesure qui n’a pas été reconduite cette fois-ci. « Si le gouvernement n’était pas intervenu en mars 2022, le prix du litre de diesel aurait été encore plus élevé qu’actuellement, car le prix du pétrole brut en euro était alors supérieur », explique Philippe Ledent.