France

Patrick Balkany : « Vous me devez le respect ! » au procès

Patrick Balkany est jugé pour détournement de fonds publics, accusé d’avoir sollicité des policiers municipaux pour des fonctions de chauffeurs privés entre 2010 et 2015. Les policiers affectés à cette mission, payés par la ville, n’assuraient plus leurs fonctions de police pendant cette période, ce qui pourrait constituer un détournement de fonds publics selon le parquet.

Au tribunal judiciaire de Nanterre,

Pour la troisième journée consécutive, Patrick Balkany se retrouve au tribunal de Nanterre, où il est encore jugé pour détournement de fonds publics. Cette fois, il est accusé d’avoir utilisé des policiers municipaux comme chauffeurs privés.

Le climat demeure tendu, voire plus qu’au premier jour, avec des échanges houleux entre le tribunal et le prévenu. Me Robin Binsard, l’avocat de Patrick Balkany, doit intervenir pour apaiser son client à la fin de l’audience du matin, abrégée par la présidente du tribunal, Céline Ballerini, à cause de tensions croissantes.

Les vaines tentatives de son avocat

Patrick Balkany ne respecte pas les conventions de politesse courantes en cour. Il s’adresse à la présidente du tribunal par un simple « Madame », sans faire mention de son titre. Il se rasseoit sans y avoir été invité, suscitant l’étonnement de la magistrate, qui lui rétorque : « Si, vous êtes concerné, vous n’avez pas bien compris, vous êtes concerné par toute l’affaire ! »

Lorsqu’elle lui pose des questions, il l’interrompt, tout en l’accusant de ne pas l’écouter. « Vous recommencez à vous énerver », lui fait remarquer Céline Ballerini, à quoi il répond : « Je ne m’énerve pas, vous demandez qu’on vous respecte mais ne respectez personne. Je suis membre honoraire du Parlement et vous me devez le respect. » Avant cet accès de colère, Me Binsard avait tenté plusieurs fois de contenir son client, en lui faisant des gestes pour indiquer qu’il devait se taire.

Promener les chiens des époux Balkany

Le cœur du dossier est difficile à cerner en raison des disputes qui l’entourent. Cependant, il devient plus clair dans l’après-midi, bien que l’ancien maire de 77 ans multiplie les anecdotes jugées « sans intérêt » par lui-même. Des policiers municipaux ont été affectés entre 2010 et 2015 en tant que chauffeurs pour le maire. Certains d’entre eux ont exprimé leur satisfaction d’avoir servi Patrick Balkany, tandis que d’autres n’ont pas partagé cette expérience positive.

Un policier relate avoir subi la « colère monstre » d’Isabelle Balkany lorsqu’il a refusé de promener leurs chiens dans leur moulin de Giverny. Il a également décliné l’invitation d’enseigner à un enfant à faire du vélo, précisant que c’était leur petit-fils. Cela semble immuable pour Patrick Balkany, qui rétorque : « Il y a des personnalités comme ça, le gosse je m’en fous, le chien je m’en fous. Je crois qu’il a eu tort de venir travailler avec moi », ajoutant plus tard : « Il avait un caractère de merde. »

Des vacances aux frais du couple

D’autres policiers évoquent des vacances à Saint-Barthélemy ou à Saint-Martin, dans la villa Pamplemousse, financées par le couple Balkany, assurant qu’ils étaient en congés, sans rapport avec leurs fonctions. Patrick Balkany ironise : « Je crois qu’il a bien résumé quelle était la situation absolument dramatique que vivaient ces garçons avec moi, l’enfer qu’ils vivaient. » Le cœur du problème concerne la manière dont ces policiers étaient réquisitionnés. La présidente rappelle à Patrick Balkany qu’il devrait être conscient du sujet, ayant déjà été condamné en 1997 pour avoir utilisé trois employés municipaux rémunérés par le budget de la ville pour des activités privées.

Patrick Balkany, qui n’a jamais demandé de protection policière au ministère de l’Intérieur, affirme qu’il s’agissait de questions de sécurité à cause de menaces reçues. Cependant, les chauffeurs n’étaient ni armés, ni formés à la sécurité, ni habilités pour cette tâche, ayant déjà conduit le couple Balkany à l’aéroport lors de vacances. « Des déplacements intrinsèquement privés », souligne la magistrate. Les agents, bien que rémunérés par la ville, n’exerçaient plus leurs fonctions durant ces missions. Cela constituerait, selon le parquet, un détournement de fonds publics. Pourtant, Patrick Balkany soutient : « Personne ne m’a dit que c’était interdit. »