Tunisie

À partir d’aujourd’hui, « 13ème round » de Dali Nahdi sur nos écrans.

Le film « 13e Round », réalisé par Dali Nahdi, présente l’histoire d’un boxeur dont la carrière est finie et aborde des thèmes tels que la maladie et le courage face au cancer. Avec des acteurs comme Helmi Dridi, Afef Ben Mahmoud et le jeune Hédi Ben Jabouria, le film juxtapose la rigueur du pugilat et une tragédie domestique, sans recourir à l’artifice du montage.


« La boxe est un sport maudit », une phrase que les anciens boxeurs murmurent entre eux pour ne pas effrayer les jeunes. On les désigne comme anciens boxeurs, car c’est uniquement à la fin de leur carrière qu’ils réalisent combien ce sport peut être ingrat… C’est précisément l’histoire d’un boxeur dont la carrière est terminée que nous raconte Dali Nahdi, qui devra livrer un autre combat. Après avoir été projeté en avant-première à Paris et à Tunis, le film qui a remporté des prix internationaux est désormais sur nos écrans. Voici notre analyse.

La Presse — Lorsque nous avons commencé à le voir fréquenter nos salles de boxe et s’intéresser au pugilat, nous avons pensé qu’il s’agissait simplement d’un passionné. Bien qu’il ait quelques rounds derrière lui, nous ne savions pas que ses bras allaient réaliser un film très émouvant sur la boxe. L’individu dont il s’agit est Dali Nahdi, et le film se nomme « 13e Round ».

Peu d’acteurs et beaucoup d’émotion, pourrait-on dire : à l’affiche, Helmi Dridi, Afef Ben Mahmoud, le très jeune Hédi Ben Jabouria et Lamine Nahdi.

Là où de nombreux cinéastes se laissent entraîner dans le fétichisme de la sueur ou le pathos larmoyant, Dali Nahdi opte pour une voie plus audacieuse, celle de l’équilibre des forces. « 13e Round » ne se contente pas de filmer la boxe ; il la présente comme une extension de la vie, et la maladie comme un ultime combat sur le ring.

Le film parvient à unir deux aspects apparemment opposés. D’une part, la rigueur physique du pugilat, sa géométrie brutale et ses silences ; d’autre part, le versant dramatique d’une tragédie domestique qui s’immisce dans les interstices des gants. L’arène devient le reflet de la chambre d’hôpital : dans les deux cas, l’enjeu est de ne pas tomber, de tenir une seconde de plus, de chercher dans l’épuisement une raison de rester debout.

Ce qui impressionne ici, c’est cette économie d’acteurs. Helmi Dridi n’interprète pas un boxeur, il l’incarne par une simplification du jeu, une sobriété qui rend chaque explosion de colère ou de tendresse d’autant plus dévastatrice. En face de lui, Afef Ben Mahmoud et le jeune Hédi Ben Jabouria habitent l’écran avec une authenticité presque documentaire. Le film nous confronte à des situations poignantes non pas par des artifices de montage, mais grâce à la justesse de ses cadrages. On ne nous force pas à pleurer ; on nous confronte à la réalité d’un déchirement.

Au-delà du récit de rédemption, « 13e Round » porte une cause essentielle.

Le film devient une allégorie touchante pour ces enfants qui mènent, chaque jour, leur propre combat contre le cancer. Ici, le cancer n’est pas une fatalité passive, mais un adversaire invisible, qui ne respecte aucune règle.

En reliant le passé de champion du père à l’épreuve du fils, Nahdi transmet un message fondamental : le courage n’est pas une question de muscles, mais de transmission. Le « 13e Round » n’est pas celui qui est précisé dans le règlement, c’est celui qu’on invente par amour, celui qu’on dispute lorsque le corps réclame grâce. C’est un film de combat, au sens le plus pur du terme, qui transforme la douleur en une forme de dignité souveraine.