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Cessez-le-feu en Iran : les Européens, pigeons de l’histoire ?

François Gemenne a déclaré que « les Iraniens ont des exigences de plus en plus maximalistes, parce qu’ils sentent que le tempo est de leur côté ». Selon l’ONU, il y a actuellement 3 millions de déplacés en Iran et une moyenne de trois opposants politiques pendus chaque jour.

Le régime iranien, plus fort que jamais ?

Le chercheur de l’ULiège affirme : « Le simple fait que Donald Trump considère le plan proposé par les Iraniens comme base acceptable de discussion montre à quel point il était désespéré de trouver une voie de sortie. Pour le moment, les mollahs ont absolument tout gagné. » François Gemenne estime que le régime « sort considérablement renforcé de cet épisode : ils ont fait plier Washington, ils ont tenu tout l’Occident et le monde entier à leurs bottes, et ils ont ce levier de négociation terrible du blocage du détroit d’Ormuz« .

Les destructions matérielles et les infrastructures économiques et civiles bombardées pourraient donner lieu à des réparations dans un éventuel accord, selon le politiste. « Le régime va même en sortir enrichi !« . « Les Iraniens ont des exigences de plus en plus maximalistes, parce qu’ils sentent que le tempo est de leur côté« , ajoute Pauline Simonet.

Cependant, ce sont les Iraniens qui ont tout perdu, rappelle François Gemenne, avec « 3 millions de déplacés selon l’ONU, des milliers de victimes, et une moyenne de trois opposants politiques pendus chaque jour. Le régime renforcé et radicalisé par la guerre, le peuple iranien n’est pas au bout de sa peine.

L’Université de technologie de Sharif, frappée le 6 avril durant l’opération militaire israélo-américaine en Iran. Téhéran, le 7 avril 2026. © Morteza Nikoubazl/NurPhoto via Getty Images

Donald Trump en position de faiblesse, dans les négociations avec l’Iran, et dans l’opinion ?

Si l’Iran se permet de réclamer beaucoup aux États-Unis, c’est que le régime voit que son adversaire est affaibli, selon la journaliste de BFM TV, experte de la Maison Blanche : « Trump utilise ses ultimatums quand il n’a plus le contrôle de la situation. L’Iran a fait monter les enchères, les négociations étaient extrêmement compliquées, Donald Trump l’a dit lui-même« .

Si Washington cède à toutes les exigences de Téhéran, la crédibilité du président américain sera sérieusement affectée, selon Pauline Simonet. « Ce serait catastrophique pour lui. Il a potentiellement accepté de discuter de la levée de toutes les sanctions, et sur le fait que l’Iran pourrait garder de l’uranium enrichi, en échange de quoi le détroit d’Ormuz ouvrirait de nouveau… Mais il était ouvert avant le début de la guerre !« 

Déjà en perte de popularité chez les Républicains, Donald Trump est également contesté par les factions les plus radicales de la droite américaine, qui ont même appelé à sa destitution, le considérant fou après ses déclarations erratiques. « On a tous regardé cette conférence de presse le lundi de Pâques où il était flanqué de Melania et du lapin de Pâques. Et je pense qu’on a tous pensé que le lapin ferait un meilleur président que lui« , ironise François Gemenne.

L’Europe, dommage collatéral du conflit en Iran

Piégée dans le « camp de l’Occident », embarrassée par un allié américain qui n’a plus le comportement ni le discours, partisane d’une ligne de respect du droit international devenue inaudible, et hésitante à prendre une position forte, l’Europe est considérée par le politologue de l’ULiège comme la perdante collatérale de la situation au Moyen-Orient.

« Nous, Européens, sommes les pigeons de l’histoire, estime-t-il. Nous sommes considérablement fragilisés, face à un régime iranien qui est réellement renforcé, et qui pourrait disposer de l’arme nucléaire d’ici quelques années. Ce régime est également hostile aux Européens. Je ne sais pas si l’histoire pardonnera un jour à Donald Trump d’avoir autant renforcé le régime des mollahs.

Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.