France

Prix des carburants : « Un secteur à très faibles marges… » Pourquoi les camions ne roulent-ils pas plus à l’électrique ?

Le coût d’un camion électrique est entre 2 et 3 fois plus cher qu’un camion thermique, et l’installation d’une infrastructure de recharge nécessite un investissement de démarrage significatif. En France, le parc de camions représente environ 600.000 unités, dont 98 % fonctionnent au diesel.


S’il est un secteur particulièrement touché par la situation internationale, c’est bien le transport de marchandises. Avec des réservoirs approchant les 1.000 litres, les poids lourds et leurs propriétaires peinent, le plein coûtant près de 2.000 euros depuis l’attaque de l’Iran par les États-Unis et Israël, il y a plus d’un mois.

Cette situation rappelle les débuts de la guerre en Ukraine et pourrait se prolonger ou se répéter, compte tenu des relations internationales tendues. L’électrique pourrait alors représenter une solution. Cependant, très peu de camions électriques circulent actuellement sur les routes. Pour comprendre les raisons de cette situation, 20 Minutes a interrogé Nicolas Bach, fondateur de l’entreprise Zetra, spécialisée dans ce domaine.

En quoi consiste le projet de votre entreprise ?

Nous accompagnons les transporteurs et les logisticiens dans leur transition vers l’électrique. Nous proposons des solutions clés en main, car le processus est complexe. Nous tentons donc de simplifier l’adoption de l’électrique.

Pour y parvenir, nous développons et exploitons des stations de recharge haute puissance que nous installons au dépôt, auxquelles nous associons la fourniture d’électricité. Actuellement, nous avons une dizaine de stations opérationnelles et un portefeuille de 80 autres en développement.

L’une des solutions consiste à offrir un prix du kWh fixe sur la durée du contrat. Nous développons également une formule qui permet d’associer la location de camions à la fourniture de stations de recharge, afin d’encourager les opérateurs à essayer.

Quels sont les freins à la conversion électrique des très gros véhicules ?

Le principal obstacle est le coût du camion. De manière globale, un camion électrique coûte entre deux et trois fois plus qu’un camion thermique. Il faut également ajouter l’installation d’une infrastructure de recharge. Cela représente donc un investissement initial conséquent pour une énergie que les transporteurs ne maîtrisent pas complètement. C’est un problème similaire à celui de l’achat d’une voiture par un particulier, sauf qu’il s’agit ici de montants bien plus élevés dans un secteur aux marges très faibles.

Cependant, il est possible de rendre l’électrique compétitif. Le coût au kilomètre de l’électricité est moins élevé que celui du diesel. Bien que le camion coûte plus cher à l’achat, son exploitation est moins coûteuse. Ainsi, lorsque l’on considère des durations contractuelles de cinq ans, et avec les mécanismes de soutien mis en place par l’État, il est possible d’équilibrer le coût complet pour de nombreux usages.

Évidemment, cela ne concerne pas encore les camions destinés à des trajets d’une semaine à l’autre bout de l’Europe, en raison de l’autonomie et de la disponibilité des stations de recharge. Mais tous les camions qui circulent actuellement entre 300 et 600 kilomètres par jour, et qui retournent au dépôt la nuit, peuvent être électrifiés de manière compétitive.

La flambée du pétrole agit-elle comme un accélérateur des demandes de conversion ?

On peut dire qu’il y a déjà une forte prise de conscience. D’abord, les responsables politiques réalisent qu’il faut accélérer l’électrification de la mobilité et des poids lourds pour des raisons d’indépendance énergétique. La crise en Iran révèle cette dépendance excessive au pétrole alors que la France dispose d’un important potentiel électrique.

Le parc de camions en France compte environ 600.000 unités, dont 98 % fonctionnent au diesel. Cela signifie qu’un tel parc ne peut pas être converti vers l’électrique sans un soutien approprié. Ce qui est intéressant, c’est que les soutiens mis en place rendent le camion électrique compétitif.

Du côté des transporteurs, la guerre en Iran les affecte également, car ils ressentent l’augmentation des prix à la pompe. Certains propriétaires de camions électriques nous confient : « J’aurais dû en avoir plus ». Cependant, ils sont satisfaits d’avoir déjà amorcé la transformation.

Il existe une réelle prise de conscience parmi les transporteurs, mais cela ne peut se concrétiser sans l’implication active du gouvernement.