Deux nouvelles plaintes contre le fondateur de l’École de Clerheid pour comportements inappropriés sur mineurs.
Le fondateur de l’École de Clerheid, JDL, fait l’objet d’une enquête pour atteinte à l’intégrité sexuelle sur des mineurs de moins de 16 ans pour des faits qui remontent à l’été dernier et à 2023. L’école de Clerheid a cité la RTBF en justice, en procédure d’urgence, afin de tenter d’empêcher la diffusion, ce soir, du reportage sur La Une.
Le fondateur de l’École de Clerheid, identifié par les initiales JDL, fait l’objet d’une enquête pour atteinte à l’intégrité sexuelle sur des mineurs de moins de 16 ans, concernant des faits remontant à l’été dernier et à 2023. Il s’agit de comportements, de paroles et de gestes jugés déplacés envers certains enfants. Suite à la médiatisation de l’affaire, le centre ainsi que l’animateur ont réagi en affirmant « son innocence par rapport à toute accusation d’atteinte à l’intégrité sexuelle sur mineur ».
Entre-temps, deux nouvelles plaintes ont été déposées. « Cela concerne deux personnes qui expliquent avoir vécu des situations très troublantes : un isolement dans une roulotte, suivi d’une médication et puis un black-out. Ce qui interpelle, c’est qu’un témoignage émane aujourd’hui d’une personne majeure, pour des faits qui se seraient produits en 2017 », précise le Délégué général aux droits de l’enfant, Soleyman Laqdim.
L’avocate de JDL, interrogée au sujet de ces nouvelles plaintes, indique ne pas en avoir connaissance. « Le problème, c’est que la médiatisation amène d’autres personnes à faire des erreurs d’interprétation. À mon sens, c’est ce qui se produit ici. Je ne peux pas en dire davantage, me limitant strictement au dossier que je connais », réagit Me Karol Paye.
L’enquête menée par #Investigation révèle que des questions avaient émergé bien avant l’ouverture de l’instruction judiciaire actuelle.
Au début des années 1990, L’Autre École, à Auderghem, a été alertée par des parents inquiets du comportement de JDL lors d’un camp d’été. Leur fils aurait été confronté à des attitudes jugées troublantes. À l’époque, l’établissement, qui envoyait régulièrement ses élèves en classes vertes à Clerheid, convoque JDL afin qu’il s’explique, notamment sur son attitude avec de jeunes garçons.
À l’issue de ces échanges, la direction décide de mettre fin à toute collaboration avec Clerheid, une décision prise dès les années 1990. Ces informations ont été confirmées par la RTBF auprès de la direction de l’époque, d’une institutrice et de la mère de l’enfant concerné.
Nous avons retrouvé cet enfant, aujourd’hui adulte. Thomas (un prénom d’emprunt) décrit des souvenirs marquants de cette période. « Il a créé avec moi un sentiment amoureux. Un lien affectif qui n’est pas acceptable entre un enfant de huit ans et un adulte », raconte-t-il.
Il évoque également des moments passés seul avec l’animateur, la nuit : « À plusieurs reprises, il est venu me chercher, moi seul, sans raison apparente. Il m’a emmené dans une chambre à part, m’a demandé de me coucher et s’est endormi à côté de moi. Je me souviens de mains qui se baladaient sur tout mon corps, sans pouvoir dire aujourd’hui si cela concernait les parties intimes ».
Il affirme aussi avoir été photographié alors qu’il était nu dans son bain. Des souvenirs qui, dit-il, l’ont profondément marqué. Récemment, Thomas a transmis son témoignage à la juge d’instruction de Marche-en-Famenne en charge du dossier.
Interpellés par ces faits remontant à plus de trente ans, deux membres de l’équipe de Clerheid, dont la fille de JDL, expriment leur surprise. « Pourquoi cette école n’a-t-elle pas déposé plainte à l’époque ? Dans quel contexte cela s’est-il produit ? J’aimerais vraiment comprendre l’histoire ». Elle insiste également sur la position de l’équipe actuelle : « Pour cet enfant d’il y a 35 ans, c’est essentiel que sa parole soit prise en compte. Là-dessus, toute l’équipe est très claire ». À l’issue de l’entretien, elle a tenu à démentir les propos de Thomas, comme ceux avancés dans d’autres témoignages présentés par la RTBF.
L’école de Clerheid a cité la RTBF en justice, en procédure d’urgence, afin de tenter d’empêcher la diffusion, ce soir, du reportage sur La Une. La décision doit être rendue dans la journée par le tribunal de l’entreprise.
La RTBF et la direction de l’Information dénoncent ce type de recours, qu’elles assimilent à une tentative de censure, portant atteinte à la liberté d’informer sur une question d’intérêt général liée à la protection des enfants.

