Tunisie

Théâtre : « Sarab » de Hafedh Khelifa, tragédie déroutante dans un désert menaçant

Hafedh Khelifa est un artiste prolifique, metteur en scène de théâtre et directeur de deux festivals à Kébili. La dernière pièce qu’il a produite, intitulée « Sarab » (Mirage), a eu son avant-première samedi dernier au 4e Art.

Selon un article de Fawzia Dhaifallah, Hafedh Khelifa nous conduit dans le désert, un lieu qu’il considère comme essentiel, et, en tant que natif de Kébili, il en fait un espace d’inspiration et de réflexion.

La Presse — Hafedh Khelifa est un artiste polyvalent qui occupe plusieurs rôles : metteur en scène de théâtre, directeur de deux festivals, l’un dédié au théâtre et l’autre au cinéma, ainsi que responsable d’un Centre culturel à Kébili.

Entre les deux festivals, il reste actif et se consacre à la production de ses pièces. La plus récente, intitulée « Sarab » (Mirage), a été présentée en avant-première samedi dernier au 4e Art.

Dans l’immensité du désert, le destin de trois femmes se croise.

Chacune d’elles porte un passé douloureux et le fardeau d’une existence difficile.

Les thèmes de l’exil, de l’errance et de la rébellion sont au cœur de cette nouvelle œuvre. En fuyant leur quotidien morose et désespéré, elles se retrouvent perdues dans le désert à la recherche d’une issue qui les mènera vers une vie meilleure.

Cet espace désertique, symbole de liberté, s’avère hostile lorsqu’une tempête éclate, transformant leur traversée en une lutte pour la survie. Les épreuves de chacune de ces protagonistes réfléchissent leurs inquiétudes et leur frustration.

L’intrigue prend un tournant lorsqu’intervient un homme, un ancien soldat, qui, fort de son expérience, s’implique dans leur quête et change le cours des événements. « Sarab » s’interroge sur la vulnérabilité de l’homme face à des situations extrêmes, souvent hors de son contrôle, telles que les guerres, le chômage et les relations sociales complexes qui l’affectent et limitent ses choix de vie les plus fondamentaux.

Dans cette œuvre, le mirage représente une liberté illusoire qui pousse les individus à l’abandon et à l’exil. Ce thème universel résonne particulièrement dans l’actualité, ouvrant sur une réflexion autour de l’espoir, de la dignité et du droit à une existence moins contraignante.

Hafedh Khelifa mérite d’être salué pour sa capacité à aborder artistiquement les préoccupations contemporaines et à délivrer un message fort en ces temps de conflit, incitant chacun à se repositionner sur le théâtre de la vie et à se détacher de ses valeurs archaïques.

Les costumes, l’éclairage, la scénographie et la musique sahraouie, signée par Karim Khlibi, s’harmonisent parfaitement avec le thème de cette tragédie. Une recherche esthétique et visuelle est palpable dans la mise en scène.

« Sarab » nous plonge dans un univers théâtral où se mêlent réalité et onirisme, symbolisé par le désert, espace d’incertitude et de remise en question de notre rapport à nous-mêmes, à l’autre et à ce monde incertain qui exige une vigilance constante et une détermination à lutter pour la survie.

La pièce révèle un système oppressif qui broie l’individu et met en lumière les violences inhérentes à un monde voué à répéter des ressentiments conduisant inéluctablement à des issues tragiques.

Avec des performances remarquables d’acteurs tels que Jaleleddine Saâdi, Jamila Camara, Nozha Hosni, Khouloud El Mouna et Kamel Zhiou, ainsi que des effets visuels et scénographiques étudiés, accompagnés d’une écriture musicale adaptée, « Sarab » est un spectacle qui allie visuel et auditif, nous confrontant à notre intériorité.