Belgique

Visite de JD Vance en Hongrie : une réaction internationale hostile à l’Europe ?

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán est devenu, en quelques années, un modèle de démocratie illibérale. JD Vance a déclaré vouloir « envoyer un signal » à Bruxelles lors de son déplacement en Hongrie, où la politique de Viktor Orbán et celle de Donald Trump sont perçues comme se rejoignant sur certaines idéologies.


Le Premier ministre hongrois se trouve en difficulté dans les sondages. Alors qu’il critique l’ingérence et la désinformation de l’Union européenne, JD Vance est venu mettre en avant les réalisations de Viktor Orbán, le dirigeant nationaliste. À quelques jours des élections, la figure influente du camp Trump a déclaré vouloir « envoyer un signal » à Bruxelles.

L’administration américaine prend maintenant clairement position en faveur des dirigeants qu’elle juge compatibles avec sa politique et ses valeurs. La Hongrie s’inscrit dans cette démarche ; ce pays d’Europe centrale est devenu, en quelques années, un exemple de démocratie illibérale. Cependant, la visite de JD Vance dans ce petit pays de 9,5 millions d’habitants peut sembler surprenante. Quel est le symbole de Viktor Orbán pour les Américains ?

Selon le politologue François Debras, « il y a des liens qui peuvent être faits entre ce qu’a mis en application ces dernières années Victor Orbán et ce qu’est en train de faire aujourd’hui Donald Trump ». Le modèle instauré par Orbán depuis 16 ans est un régime ou une démocratie dite « illibérale ». Une « démocratie », « dans le sens où elle va respecter un outil, éminemment démocratique, l’outil électoral », explique le professeur associé à l’ULiège et à l’HELMO, spécialiste des extrêmes droites. Mais « illibéral » au sens où Orbán a mis en œuvre différentes réformes pour garantir « une surreprésentation de son parti » et a opéré une réforme judiciaire qui compromet « la séparation des pouvoirs et l’indépendance des juges », précise-t-il. L’attaque contre les universitaires ou les journalistes, avec le retrait de diverses subventions, témoigne également de sa volonté d’affaiblir les contre-pouvoirs et de restreindre les libertés au sein de son pays.

Le chef du Fidesz n’a pas toujours affiché ces positions. Après la chute de l’URSS, Viktor Orbán, qui se présentait comme un libéral et plutôt « pro-Europe », a progressivement dérivé vers ce qui peut être qualifié d’extrême droite. Une transition amorcée dans les années 90 : « Petit à petit, il va prôner une vision de plus en plus traditionnelle de la famille », puis « souligner l’importance de la religion », explique François Debras. En Hongrie, il mettra en œuvre une politique très stricte vis-à-vis de l’immigration, allant jusqu’à des discours ouvertement racistes et d’extrême droite, rejetant « la mixité des races ».

Aujourd’hui, c’est précisément cette idéologie que les États-Unis semblent vouloir promouvoir en affichant un soutien clair au dirigeant. « À la fois le président Donald Trump ou son vice-président JD Vance et Victor Orbán sont mus par une même idéologie », observe le politologue. « Une forme de conservatisme, d’appel à la famille, aux valeurs traditionnelles, à une opposition par rapport à toutes les questions de genre, aux minorités LGBTQIA +. Une vision conservatrice, voire à certains égards réactionnaire ».

Des « intérêts diplomatiques entre les deux États » interviennent peut-être également. Les États-Unis et la Hongrie, « plutôt en faveur d’un club d’États souverains », partagent des critiques des institutions et des instances supranationales (traités, accords…). Leur position sur la question de la Russie est finalement assez proche, souligne le professeur. Des deux côtés, on constate une certaine frilosité « par rapport à des sanctions contre la Russie ou à de nouvelles aides en faveur de l’Ukraine ».

La présence du vice-président américain doit-elle être perçue comme « anti-européenne » ? « Tout dépend de comment on va définir le modèle européen », répond François Debras. « Mais on observe effectivement que la politique de Donald Trump, son idéologie, et aujourd’hui l’idéologie défendue par Viktor Orbán, sont en contradiction avec les valeurs promues par l’Union européenne ».

Hostile ou pas vis-à-vis de l’Europe, cette visite semble néanmoins réjouir Viktor Orbán. Cependant, au sein de l’extrême droite européenne, le soutien du clan Trump n’est pas unanime, voire moins qu’à l’époque du premier mandat de Donald Trump. « Le Rassemblement national, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, se distancie petit à petit de Donald Trump. Voire, ils le perçoivent plutôt comme un boulet aujourd’hui par rapport à leur politique de banalisation ou de volonté de se rendre de plus en plus respectables ». Plutôt que de parler d’une « internationalisation de l’extrême droite », le politologue préfère le terme de « transnationalisme » : « ce sont plutôt des partis politiques qui vont échanger des intérêts stratégiques communs plutôt qu’une véritable union ».

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