Patrick Balkany provoque et ne nie pas lors de son procès
Patrick Balkany, ancien maire (RPR, puis UMP, puis LR) de Levallois-Perret, est jugé pour détournements de fonds publics par le tribunal de Nanterre. Le procès, qui a débuté ce mardi, doit se dérouler sur quatre jours, jusqu’au vendredi 10 avril.

Au tribunal judiciaire de Nanterre,
Salle remplie pour les anciens cadres de l’UMP des Hauts-de-Seine. Tandis que Nicolas Sarkozy est entendu dans son procès en appel sur l’île de la Cité concernant le dossier libyen ce mardi, Patrick Balkany, son ancien collègue et ami de longue date, est jugé pour détournement de fonds publics par le tribunal de Nanterre.
Deux affaires distinctes et anciennes intéressent la justice pendant quatre jours. Ce mardi, le premier dossier est examiné et l’ancien maire (RPR, puis UMP, puis LR) de Levallois-Perret est accusé d’avoir rémunéré un ancien employé de la commune après son départ à travers des subventions publiques allouées à une association « transparente ». « Je ne fais pas partie de l’association, je ne sais pas à quoi je sers ici », déclare en préambule Patrick Balkany.
Le personnage clé, décédé et jamais entendu
Le point central du dossier concerne le poste de directeur général occupé par Renaud Guillot-Corail au sein de l’association. Cela inclut également l’augmentation des subventions – votées par le conseil municipal – qui sont passées de 65.000 à 150.000 euros entre 2012 et 2014. Ces sommes « correspondent peu ou prou à la rémunération de l’intéressé », souligne la présidente Céline Ballerini. Par ailleurs, l’association CODEEIL n’a jamais été répertoriée dans l’annuaire des associations de la mairie, contrairement à d’autres associations soutenues par la ville. Néanmoins, comme le confirme Patrick Balkany devant le tribunal, cette association « travaillait exclusivement pour la ville ».
Le problème, c’est que Renaud Guillot-Corail, seul employé de l’association, proche collaborateur du maire et ancien directeur du développement économique de la commune, est décédé en 2020. Cela avant qu’il puisse être interrogé par les enquêteurs, qui avaient été alertés dès 2017 par la chambre régionale des comptes d’Île-de-France.
C’est alors sur cette période d’attente et l’« inaction des officiers de la PJ » que l’avocat de l’ancien élu s’appuie pour demander l’annulation d’une enquête qu’il qualifie de « mascarade judiciaire ». Une position fermement soutenue par son client qui se « demande ce [qu’il fait] là ». « Je trouve ça invraisemblable, incroyable, je demande que cette parodie de justice soit interrompue par votre tribunal », s’emporte encore Patrick Balkany. « On ne peut rien prouver. Je peux dire ce que je veux, vous pouvez dire ce que vous voulez, de toute manière les uns et les autres ne sont plus de ce monde », souligne-t-il.
Gesticulations et interruptions
Le rappel des faits et la lecture du dossier par la présidente sont émaillés d’interventions tapageuses et de gesticulations excessives de l’ancien maire, déjà condamné pour blanchiment et fraude fiscale. Jusqu’à ce qu’il soit rappelé à l’ordre : « Il faudrait que vous m’écoutiez monsieur Balkany ! Au tribunal, il y a une règle, on essaie de ne pas se couper la parole, quand c’est la présidente qui parle, on l’écoute jusqu’au bout. » Son avocat, qui avait essayé de le faire taire en posant discrètement une main sur son épaule, acquiesce d’un hochement de tête.
Tout notre dossier sur Patrick Balkany
Dans cet emportement théâtral, Patrick Balkany agite ses bras, remue sa silhouette amaigrie entre le banc des prévenus et la barre en enchaînant phrases chocs et déclarations provocatrices. « À mon âge, je ne suis pas loin de mourir non plus, si vous aviez attendu encore un peu, vous vous seriez épargné un procès », déclare-t-il dans la matinée.
L’ancien élu des Hauts-de-Seine rejette la responsabilité de ses anciennes fonctions sur l’utilisation des fonds par les associations subventionnées par la mairie. « Si les chiottes sont bouchées, vous n’appelez pas le maire ! », affirme-t-il avec un langage coloré. En précisant n’avoir jamais bénéficié d’un repas ni d’un café de la part de l’association mise en cause, Patrick Balkany déclare : « Quand on me parle de détournement de fonds publics, je suis un peu égosillé. » Cependant, le détournement, « ce n’est pas seulement prendre de l’argent public pour se le mettre dans la poche », argue la présidente du tribunal.
Le procès s’annonce animé. La présidente avertit d’ailleurs le prévenu âgé de 77 ans : « Ne vous échauffez pas, il va falloir tenir sur trois jours. » En réalité, quatre jours. Patrick Balkany est jugé jusqu’au vendredi 10 avril.

