Lutte contre l’antisémitisme : le texte de Caroline Yadan suscite la polémique.
La proposition de loi visant à lutter contre « les nouvelles formes » d’antisémitisme sera examinée par les députés les 16 et 17 avril prochains. Une pétition contre ce texte, qui dénonce « l’amalgame entre l’antisémitisme et la critique d’Israël (antisionisme) », est en passe de dépasser les 500.000 signatures ce mardi soir.
Un texte qui pourrait faire débat à l’Assemblée nationale la semaine prochaine. Les députés examineront les 16 et 17 avril prochains une proposition de loi visant à lutter contre « les nouvelles formes » d’antisémitisme. Initiée par Caroline Yadan, députée représentant les Français de l’étranger incluant Israël, cette loi a pour objectif de répondre à « l’explosion des actes antisémites » et à leurs « formes renouvelées » depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Une pétition contre cette proposition, dénonçant « l’amalgame entre l’antisémitisme et la critique d’Israël (antisionisme) », est sur le point de dépasser les 500.000 signatures ce mardi soir. Quelles sont les raisons de la controverse entourant ce texte ? Voici un état des lieux.
### Pourquoi cette proposition de loi ?
La proposition de loi initiale a été soutenue par plus de 120 députés du camp gouvernemental ainsi que quelques membres du Parti socialiste, dont l’ancien président François Hollande. Dans son exposé des motifs, Caroline Yadan exprime sa volonté de lutter contre la « haine obsessionnelle à l’égard d’Israël, régulièrement délégitimé dans son existence et criminalisé ». La députée, qui a quitté en août 2025 le groupe Ensemble pour la République (EPR) en raison de son opposition à la reconnaissance de l’Etat de Palestine par Emmanuel Macron, vise « les instigateurs d’un antisémitisme réinventé, que l’on pourrait qualifier de »géopolitique » ». Elle a déclaré lors des débats en commission des lois, en janvier : « Il y a toujours, hélas, une bonne raison de haïr les juifs. Aujourd’hui, cette bonne raison se nomme Israël ».
Soutenu par le gouvernement et le Rassemblement national, ce texte, révisé après plusieurs observations du Conseil d’Etat, a été adopté de justesse en commission. Il étend notamment le délit d’apologie du terrorisme et introduit un délit d’appel à la destruction d’un Etat reconnu par la République française.
« Cette loi permettra de sanctionner l’antisionisme, qui est aujourd’hui le faux nez moderne de l’antisémitisme », se félicite Sylvain Maillard, député EPR. « On vise ceux qui appellent à la disparition d’Israël de manière insidieuse, qui flirtent avec l’antisémitisme, notamment à gauche et chez LFI, à travers des phrases comme »from the river to the sea » [« De la rivière à la mer »] », ajoute l’élu parisien. Ce slogan, utilisé par le Hamas pour appeler à la destruction de l’Etat hébreu, est parfois revendiqué par les défenseurs d’un Etat palestinien libre, comme l’a justifié l’eurodéputée insoumise Rima Hassan.
### Pourquoi ce texte est-il tant critiqué ?
La proposition de loi suscite de vives critiques de la part de la gauche et d’une partie du monde intellectuel et scientifique. Les opposants dénoncent une confusion entre antisémitisme et antisionisme, qui pourrait restreindre toute critique de la politique israélienne. Gabrielle Cathala, élue insoumise, s’indigne : « Caroline Yadan instrumentalise l’antisémitisme à des fins de répression. Son texte ne protège pas les personnes juives, mais porte atteinte aux libertés académiques et à la liberté d’expression pour interdire les critiques de l’Etat d’Israël, comme l’ont alerté de nombreuses associations et 5 rapporteurs spéciaux des Nations Unies ». Elle ajoute que « la loi vise à intimider et criminaliser les voix qui soutiennent les Palestiniens, dénoncent le génocide à Gaza et la politique de colonisation ».
### La pétition change-t-elle quelque chose ?
Les élus insoumis ont appelé ce mardi matin, lors d’une conférence de presse, à signer une pétition s’opposant à la « loi Yadan », déposée le 18 février sur le site de l’Assemblée nationale. La pétition devrait dépasser ce mardi soir les 500.000 signatures, offrant la possibilité d’organiser un débat sans vote en séance publique. « Nous demandons à ce que la loi Yadan soit retirée de l’ordre du jour et qu’un débat sur cette pétition soit organisé à la place », plaide Gabrielle Cathala. « Mais déjà, la mobilisation populaire fait bouger les lignes », ajoute-t-elle.
Le Parti socialiste, qui s’était abstenu en commission, a annoncé ce mardi qu’il s’opposerait, comme le reste de la gauche à la « quasi-unanimité », à ce texte. La proposition de loi bénéficiera-t-elle du soutien de l’ensemble du bloc central ? Cela semble incertain. Les élus MoDem se sont également déclarés « très réservés sur ce texte » lors de la conférence de presse de ce mardi, demandant un « retrait » de l’ordre du jour. Cette décision pourrait être prise par le bureau des présidents de groupe de l’Assemblée nationale, dont la prochaine session doit se tenir mardi prochain.

