Tunisie

Réintégration des enfants dans l’éducation : actions pédagogiques concrètes.

Des mesures ont été prises pour renforcer les efforts visant à protéger les enfants et à garantir leur droit à une vie digne, à l’abri de toute forme d’exploitation ou d’exclusion sociale, selon le site officiel du gouvernorat de Sfax. Avec environ 4.000 mendiants dans le Grand-Tunis, dont de nombreux enfants déscolarisés, la mendicité représente à la fois un refuge pour ceux qui ont échoué et une menace.

La Presse — D’après le site officiel du gouvernorat de Sfax, des mesures concrètes ont été mises en place pour renforcer les efforts de protection des enfants, garantissant leur droit à une vie digne, loin de toute forme d’exploitation ou d’exclusion sociale.

Cette initiative vise notamment à :

– Réaliser des opérations de terrain pour identifier les enfants mendiants.

– Diriger les cas urgents vers des programmes de soutien et de protection.

– Apporter une aide aux familles vulnérables afin de diminuer le nombre d’enfants vivant dans la rue.

– Favoriser la réintégration des enfants dans le système éducatif.

La capitale du Sud s’inquiète de ce phénomène de mendicité, en particulier chez les enfants, car il revêt une réelle gravité. Les décisions prises s’appuient sur des conclusions mettant en avant une approche pédagogique plutôt que simplement coercitive. D’ailleurs, comment punir des enfants qui mendient, souvent poussés par leurs parents, dans une innocence évidente ?

Il semble cependant nécessaire de replacer ce problème de la mendicité dans son contexte. Ce n’est pas une problématique uniquement propre à notre pays.

Voici quelques exemples de ce phénomène dans plusieurs pays développés.

« La mendicité en France est un phénomène social complexe, symptôme d’une grande précarité et d’une pauvreté croissante, servant de complément de revenus pour de nombreux sans-abri et personnes en détresse.

La mendicité en Angleterre est un problème social majeur et croissant, aggraver par une pauvreté record (14 millions de personnes, soit 21% de la population en 2023). Face à l’augmentation des inégalités, la mendicité, longtemps réprimée, est passible de sanctions pénales, bien que le débat sur les sans-abris persiste.

La mendicité est manifeste dans les grandes villes allemandes, témoignant d’une précarité croissante malgré la prospérité économique du pays. Avec un taux de pauvreté record (16,6% en 2021), elle sert d’appoint financier pour les gens sans-abri, les retraités précaires et les travailleurs pauvres.

Bien que décriminalisée en Belgique depuis 1993, la mendicité représente toujours un enjeu sociétal majeur et une stratégie de survie face à la précarité (16,5% de la population à risque). Plus de la moitié des communes belges (305 sur 581) réglementent cette pratique, souvent pour la restreindre, soulevant des débats sur les droits humains.

Il convient d’ajouter que, dans notre contexte, la plupart des mendiants proviennent de pays du Sud, comme ceux d’Afrique subsaharienne ou de Syrie, ce qui nécessite une réflexion intégrant divers facteurs essentiels.

Des actions doivent évidemment être entreprises contre ces mendiants professionnels qui profitent de toutes les occasions pour se placer, tenant dans leurs bras des bébés souvent endormis et qui sont présents dans la rue toute la journée.

Ces professionnels de la mendicité échangent souvent des pièces contre des billets après leur tour et il existe des cas de personnes qui louent des bébés à qui on donne des potions pour les endormir. Cela est donc grave et inhumain, car cela représente une exploitation sous forme de traite des êtres humains.

Le fait d’avoir tenu des réunions, réfléchi et pris des décisions est louable. En particulier dans cette région du sud où de nombreux étrangers en situation irrégulière viennent renforcer cette problématique et, par conséquent, assombrir la situation.

Pour les millions de touristes visitant le pays, il n’y a pas de distinction.

Toute action éducative, à travers une approche pédagogique visant à convaincre et encadrer positivement avec des objectifs éducatifs, est la bienvenue. Penser que les décisions à prendre doivent répondre à des critères spécifiques montre une volonté de recherche en vue d’un succès.

Mobilisation de toute la famille

La mendicité est donc, en plus de l’implication sociale, une « activité » chronique qui prend de l’ampleur, notamment pendant les fêtes religieuses. Pour certains inactifs, cela entraîne la mobilisation des membres de la famille pour profiter de la « Zaket », ces montants fixés par les autorités religieuses, qui sont distribués à la fin de Ramadan. Dans les mosquées, la foule est nombreuse. Hommes et femmes se bousculent, tandis que des enfants, parfois âgés de deux ou trois ans, mendient.

Si pour les plus âgés, cette quête d’aumône peut sembler compréhensible, pour les tout-petits, elle est inacceptable. La fin du mois de Ramadan s’est déroulée sous un temps menaçant.

Il faisait froid, les pluies incessantes ont sans doute laissé des séquelles sur ces enfants sans défense, envoyés mendier par leurs parents. Combien d’entre eux ont attrapé une bronchite, une grippe ou un rhume au minimum ?

La question de la mendicité ne se limite pas à un problème éthique. Elle pose surtout le défi de « protéger les enfants et garantir leur droit à une vie digne, à l’abri de toute forme d’exploitation ou d’exclusion sociale ». C’est une exploitation honteuse qui peut les marquer à vie.

Cela devient intéressant. Il semble que pour une fois, on observe ce phénomène sous un nouvel angle. Les malheureux qui mendient par paresse ou habitude sont-ils alors considérés comme perdus ?

Carences affectives graves

Quoi qu’il en soit, ces individus sont pleinement responsables de leurs choix. La société, en s’engageant à protéger les enfants, agit avec mérite. « La mendicité infantile expose les enfants à des dangers extrêmes, tels que la violence physique ou sexuelle, la malnutrition, et l’exploitation. Plus de 70% d’entre eux vivent dans des conditions difficiles, sans éducation, beaucoup ont quitté l’école et n’ont comme avenir que la rue et ses dangers.

Ils souffrent de graves carences affectives. Ce fléau compromet durablement leur développement physique, mental et social », explique un sociologue consulté ayant mené plusieurs missions autour de la problématique de l’enfance, et ses conclusions sont sans appel.

« Un enfant qui lance, sans raison apparente, une pierre pour briser une vitre de bus ou de train, agit ainsi en raison de la solitude et de l’abandon dans lequel il évolue. Bien sûr, cela ne constitue pas une excuse, mais la société a tout de même le devoir de lui tendre la main ».

Il ne s’agit pas d’organiser des rondes pour les ramasser. C’est possible, mais nous sommes dans un pays civilisé où la déchéance de l’un d’entre nous est la responsabilité de tous.

Les décisions prises pour tenter de reprendre en main la situation sont donc les prémices d’une sagesse. Il ne s’agit pas de sanctionner pour sanctionner, ce qui serait inutile, mais bien de convaincre et de réintégrer ceux qui se sont perdus.

Conséquences multiples et multiformes

Quant aux adultes, « les conséquences de la mendicité dans la société sont multiples et variées. La délinquance, le vol, le vagabondage, l’escroquerie, l’abus de confiance, la prostitution, la toxicomanie, etc., ainsi que la propagation de maladies contagieuses telles que le choléra et la tuberculose, sont des enjeux qui pèsent sur la société.

Nous aboutissons à la mendicité professionnelle, organisée ou choisie comme mode de subsistance. Cela a des conséquences néfastes et expose ces personnes habituées à mendier à une stigmatisation sociale qui les prive de leur dignité. Dans ce cas, les risques de problématiques sécuritaires deviennent des précurseurs de délinquance organisée.

De véritables groupes se forment sous l’autorité d’un chef qui exploite tous ces sans-abri, tout en perturbant l’ordre public, devenant ainsi une menace réelle pour la société. Il est important de se souvenir de ces personnes, quel que soit leur âge, qui sont utilisées pour des actes malveillants ou des manifestations contre rémunération.

C’est ici qu’interviennent favorablement les mesures prises, promouvant l’orientation vers des programmes de protection et de soutien pour ces enfants et leurs familles, dans le but de réduire le vagabondage de ceux dont l’horizon est complètement bouché.

Une loi ?

De nombreuses personnes approchées plaident pour une réglementation stricte afin de faire réfléchir ceux qui empruntent ce chemin. En réalité, nous avons déjà une loi qui punit l’exploitation, mais ne criminalise pas la mendicité.

Avec environ 4 000 mendiants dans le Grand-Tunis, dont de nombreux enfants déscolarisés, la mendicité est devenue d’une part un refuge pour ceux qui ont échoué sur nos côtes ou traversé le désert sans difficulté, et, d’autre part, une menace.

À titre d’information, « en 2008, une loi restaurant l’interdiction de mendier a été adoptée à Genève, faisant de ce canton le premier en Suisse francophone à prendre une telle mesure et initiant un débat contemporain sur cette question. Cette loi est perçue par certains comme nécessaire, tandis que d’autres la qualifient de « punition de la misère ». Dix ans plus tard, la loi n’a pas éliminé la mendicité, mais elle a précarisé les personnes qui mendiant.

Il en découle que certaines lois n’apportent aucune solution. Au contraire, elles compliquent les situations. C’est pourquoi l’approche adoptée à Sfax nous semble la plus efficace, car elle est à la fois pédagogique et humaniste.