Val-de-Marne : Un homme jugé pour le meurtre de ses trois fillettes, « Je ne me suis pas senti pris à la gorge »
Youness El Houdigui, âgé de 41 ans, a confessé au commissariat de Dieppe avoir tué ses trois enfants, âgés de 4, 10 et 11 ans, le 26 novembre 2023. Il sera jugé à partir de ce mardi pour meurtres sur mineurs de 15 ans par la cour d’assises du Val-de-Marne, avec une peine encourue de réclusion criminelle à perpétuité.

«J’ai commis l’irréparable, je viens de tuer mes trois enfants à Alfortville. » Ce dimanche 26 novembre 2023, vers 14h10, Youness El Houdigui pénètre dans le commissariat de Dieppe. Avec un sac de sport et ses clés de voiture, ce père de famille d’origine marocaine, âgé de 41 ans, avoue son crime au policier de l’accueil, qui prévient ses collègues dans le Val-de-Marne, où le suspect réside.
Sur place, les agents découvrent les corps de trois fillettes, âgées de 4, 10 et 11 ans. Deux d’entre elles semblent avoir été poignardées avec un couteau trouvé sur un fauteuil dans le salon. Des boîtes de somnifères sont découvertes dans une poubelle. Mis en examen initialement pour assassinats, car des éléments indiquaient une préméditation, Youness El Houdigui sera finalement jugé à partir de ce mardi pour meurtres sur mineurs de 15 ans par la cour d’assises du Val-de-Marne. La peine qu’il encourt reste cependant la réclusion criminelle à perpétuité.
Ni l’avocat de l’accusé, Me Baptiste Hervieux, ni celle de Samira O., la mère des victimes, Me Patricia Cohn, n’ont souhaité faire de commentaires auprès de 20 Minutes avant le procès.
Des épisodes de violence conjugale
Youness El Houdigui a commis ce triple infanticide alors qu’il était en instance de séparation. Son ex-femme, interrogée par les enquêteurs de la PJ, explique avoir demandé le divorce pour fuir la violence de cet homme colérique, qu’elle a épousé en 2011 malgré l’opposition de sa famille. Aux policiers, elle raconte qu’il l’a enfermée sur le balcon et lui a coupé les cheveux parce que le poissonnier n’avait pas enlevé la peau du poisson qu’elle avait acheté. Une autre fois, il l’a frappée parce qu’un de ses vêtements était tombé du balcon. Il aurait parfois utilisé une batte de baseball pour la frapper.
En 2021, Samira O. décide d’alerter les forces de l’ordre, épuisée par la situation. Youness El Houdigui est arrêté et condamné à 18 mois de prison, dont un an avec sursis. Il lui est interdit de la contacter, de même qu’à leur seconde fille, qu’il a jetée au sol pour avoir abîmé le papier peint. Après avoir passé environ quarante jours en détention, il tente de se suicider en ingérant des médicaments, car Samira O. ne souhaite pas revenir avec lui.
Le 13 novembre 2023, elle l’appelle pour lui annoncer qu’elle compte demander le divorce et se remarier. Il insiste pour prendre ses filles le week-end du 25 novembre et menace de prévenir les services de protection de l’enfance en cas de refus.
« Tu te poses encore la même question ? ! »
Le jour des faits, vers 15 heures, il va chercher ses enfants chez leur mère, à Marolles-en-Brie. Il lui promet de les ramener le lendemain à 17 heures. Il les emmène au Parc de Choisy et leur achète des bonbons. À 18h30, Youness El Houdigui envoie un mail à Samira O., l’accusant de le priver de sa famille alors qu’il a présenté des excuses. « Tu te poses encore la même question ? ! », lui répond-elle. À cet instant, il déclare avoir ressenti de la « haine » envers elle. Selon son récit, c’est à ce moment-là qu’il prend la décision de tuer ses filles, ne supportant pas qu’elles puissent vivre avec un autre homme.
« J’ai fait une grosse erreur que je regrette, je demande pardon à mes enfants qui sont partis, paix à leur âme », déclare-t-il aux policiers pendant sa garde à vue. Il adopte ensuite un discours victimisant : « Je ne cherchais pas à faire de mal à ma femme, elle s’en remettra, elle m’a poussé à bout, je ne voulais pas tout ça, je me suis senti pris à la gorge. Il y a tellement de choses qui m’ont poussé à bout, vous ne savez pas tout ce qu’elle m’a fait, le stress, la peur, je ne vivais plus, je n’avais plus de vie. Je sais que ce que j’ai fait a empiré les choses et n’a rien réglé. Mais c’est fait. Je ne suis pas le premier ni le dernier à faire quelque chose comme ça. »
« Une certaine forme de saturation mentale »
Youness El Houdigui explique avoir mis deux cachets de somnifères dans les verres des fillettes. Quand elles se sont endormies, il a étouffé la plus jeune avec une couverture et poignardé les deux autres. Vers 7 heures du matin, il se rend en voiture au viaduc de Bures-sur-Yvette, dans l’Essonne, où il projetait de se suicider. Mais n’arrivant pas à sauter, il rentre chez lui pour prendre quelques affaires avant de se diriger vers Dieppe, un peu par hasard, selon lui.
Après s’être constitué prisonnier, il est examiné par un psychiatre qui note une tendance à l’impulsivité, une intolérance à la frustration importante et un syndrome dépressif majeur. Le juge d’instruction souligne dans son ordonnance de renvoi que Youness El Houdigui ressentait le jour des faits « une certaine forme de saturation mentale », « qui ne lui a pas permis de déterminer une autre solution à son impasse que celle du meurtre de ses enfants ». Les débats devraient se tenir à huis clos.
Le verdict est attendu vendredi.

