Test du Leica Q3 : un compact plein format révolutionnaire.
Leica existe depuis plus de cent ans et est connue pour ses appareils photo ayant accompagné des photographes célèbres tels que Cartier-Bresson, Capa et Koudelka. En septembre 2024, Leica a introduit le Leica Q3 43, équipé d’un objectif APO-Summicron 43 mm f/2, au tarif de 6 250 euros.
Leica est sur le marché depuis plus d’un siècle. La marque de Wetzlar a bâti sa réputation sur l’excellence de son optique et sur des appareils utilisés par les plus grands photographes de l’histoire, dont Cartier-Bresson, Capa et Koudelka. Ces figures emblématiques ne sont pas là par hasard. Chaque appareil photo Leica incarne une philosophie : sobriété, discrétion et priorité donnée à l’image plutôt qu’à la technique.
Actuellement, Leica continue de développer sa gamme plein format sans miroir SL, ses télémètres M qui progressent lentement mais sûrement, ainsi que ses compacts experts de la série Q. C’est cette dernière série qui nous intéresse ici. Après le lancement du Q original en 2015 et du Q2 en 2019, le Q3 a vu le jour en mai 2023. Chaque nouvelle génération renforce le concept de base : un compact plein format, un unique objectif fixe, et une utilisation aussi épurée que possible.
En septembre 2024, Leica a lancé une version inattendue : le Leica Q3 43, équipé d’un objectif APO-Summicron 43 mm f/2 inédit. Il conserve le même capteur et le même boîtier, mais offre une focale différente. Destiné à la photographie de rue et au reportage, il se présente comme une alternative plutôt qu’une concurrente au Q3 classique, dont l’objectif de 28 mm serait trop large. Proposé à 6 250 euros, le choix se pose : pour les paysages et l’architecture, le Q3 28 mm est idéal. Pour une perspective plus proche du regard humain, et pour les portraits discrets en milieu urbain, le Q3 43 est plus adapté. Si les deux styles vous intéressent, la facture sera conséquente.

Cependant, c’est bien le Leica Q3 28 mm qui est au centre de ce test. C’est le modèle que nous allons examiner ici, après l’avoir utilisé partout pendant plusieurs semaines.
Leica Q3Spécifications techniques
| Modèle | Leica Q3 |
|---|---|
| Type d’appareil | Compact |
| Format du capteur | Full Frame |
| Résolution capteur | 62,39 Mpx |
| Stabilisateur d’image | Optique |
| Définition enregistrement vidéo | 8K |
| AF-S | 14 FPS |
| Écran orientable | Oui |
| Poids | 658 g |
| Fiche produit |
Ce test a été réalisé avec un appareil prêté par Leica.
Leica Q3Corps, commandes et partis pris
Le Leica Q3 est fabriqué en alliage de magnésium. Sa construction est dense, homogène, presque minérale, offrant une prise en main différente de celle d’un compact classique : avec la batterie, la carte et le pare-soleil, l’appareil atteint 788 g. Cette masse surprend lors des premières utilisations. On ressent que l’on a entre les mains un appareil de qualité, et ce ressenti se confirme au fil des séances de prise de vue.

En termes de dimensions, le Q3 mesure 130 x 80,3 x 93,5 mm, objectif compris. Bien que considéré comme compact, il ne mérite pas le titre de modèle d’intégration extrême, l’objectif semblant plus greffé au boîtier qu’intégré en profondeur.
Le design évoque directement les télémètres M, comme le Leica M11 : plaque supérieure en relief, coins arrondis et finitions soignées. Le point rouge distinctif de Leica sur la façade est à la fois sobre et immédiatement identifiable, tout en restant paradoxalement discret en milieu urbain — peu de personnes savent vraiment ce qu’est un Leica Q3, hormis les passionnés de photographie.
L’objectif est bien en avant. C’est inévitable avec un Summilux 28 mm f/1,7, qui exige un gabarit conséquent pour ses lentilles. La bague d’ouverture est gravée avec une précision horlogère et cliquette, tout en offrant une position A (automatique). La bague de mise au point, douce et amortie, incite à travailler en manuel (le focus peaking intégré facilite cette option). Un interrupteur sur le barillet permet de passer en mode macro. Ces commandes physiques placées sur l’objectif offrent une expérience de prise de vue singulière — on se sent plus impliqué dans le processus photographique que dans le réglage d’un outil numérique.

Sur la plaque supérieure, vous trouverez une molette de vitesse d’obturation gravée en incréments d’un tiers de valeur, également avec une position A. À proximité, un bouton personnalisable et le déclencheur fileté, compatible avec un déclencheur souple vissé — un détail très apprécié par les utilisateurs des M-series. À l’arrière, une molette de commande, quelques boutons bien placés et le joystick AF complètent l’ensemble. Après quelques jours, tout devient instinctif, ne nécessitant pas de regarder l’appareil pour effectuer des réglages courants.

Connectique basique et lecteur SD unique
La connectique est regroupée sous un volet sur le flanc gauche de l’appareil : un port USB-C (3.1 Gen 2, 10 Gbit/s) qui sert à la fois à la charge, au transfert de données et à la connexion de microphones Rode compatibles, ainsi qu’un micro-HDMI pour la sortie vidéo. C’est compact mais fonctionnel. En revanche, pas de prise jack 3,5 mm. Pour le son en vidéo, l’utilisateur devra s’adapter. La trappe pour la batterie et la carte SD se trouve sous l’appareil. Un seul emplacement pour carte SD est disponible, compatible UHS-II — certains concurrents offrent un double emplacement à ce niveau de prix. Pour un appareil dans cette catégorie, on aurait pu espérer mieux.

La batterie BP-SCL6 se retire aisément, mais le logement sous l’appareil oblige à poser le boîtier pour changer de carte : ce n’est pas l’option la plus pratique sur le terrain.
L’absence de grip natif constitue le principal reproche au niveau ergonomique. La façade avant est complètement lisse. Sans accessoire, on tient l’appareil en enroulant les doigts sous l’objectif, ce qui peut être fatigant sur de longues périodes. Leica propose un repose-pouce et des poignées en option — mais cela augmente considérablement le coût. Pour un appareil à ce tarif, une solution intégrée aurait été justifiée, bien qu’il soit compréhensible que Leica ait souhaité maintenir ce design épuré.
La certification IP52 est un atout. L’appareil résiste aux projections d’eau et à la poussière, offrant une protection sérieuse pour un usage quotidien en extérieur, même par temps nuageux ou sous une légère pluie.

Les menus méritent d’être commentés. Leica a révisé son interface depuis le firmware 4.0 afin de s’aligner sur les boîtiers SL3, avec des écrans distincts pour la photographie d’un côté, et la vidéo de l’autre. C’est plus lisible et mieux organisé. Les icônes ont été repensées, et les accents de couleur (rouge pour la photo, jaune pour la vidéo) facilitent la navigation. Cependant, la logique Leica reste intouchée : sobre, directe, sans raccourcis intelligents ou menus personnalisables à la Sony. Il est nécessaire de prendre le temps d’apprendre où se trouvent les informations. Ce n’est pas difficile — l’interface n’est pas complexe — mais l’appareil ne fait pas d’efforts pour se rendre accessible. C’est à l’utilisateur de s’habituer à lui.
Leica Q3Voir avant de déclencher
Le Q3 est le premier Leica numérique à proposer un écran inclinable, un reproche souvent fait au Q2. Ce défaut est corrigé ici. L’écran de 3 pouces peut s’incliner vers le haut pour capturer des photos au ras du sol ou pour la photographie de rue discrète au niveau de la hanche, et vers le bas pour les prises de vue en hauteur. La charnière est robuste, sans jeu perceptible, donnant un sentiment de solidité.

La résolution de l’écran atteint 1,84 million de points, contre 1,04 million sur le Q2. L’image est nette, avec des détails bien visibles et des couleurs fidèles. La luminosité est suffisante pour une utilisation en extérieur dans la plupart des conditions, même si la lumière intense du soleil reste un défi, comme pour tous les écrans d’appareils photo. L’écran est tactile : on peut déplacer la zone AF d’un simple toucher, naviguer dans les menus et zoomer sur une image pendant la lecture. Cela fonctionne correctement et réagit avec précision. Parfait.
Le viseur électronique OLED offre 5,76 mégapixels avec un grossissement de 0,76x. C’est le même viseur que celui des Leica SL2 et SL2-S, des appareils destinés à un usage professionnel. En pratique, la visée est claire et lumineuse, avec un taux de rafraîchissement de 120 Hz qui supprime toute sensation de décalage, même lors de mouvements rapides. Le dégagement oculaire de 20,75 mm permet une utilisation confortable avec des lunettes. Le capteur de proximité gère le changement automatique entre l’écran et le viseur, avec la possibilité de verrouiller ce fonctionnement.
Leica Q3Un objectif sans concession
C’est le cœur de l’appareil et ce qui le distingue réellement des autres modèles similaires. Le Leica Summilux 28 mm f/1,7 ASPH est une optique exceptionnelle : 11 éléments en 9 groupes, dont 3 lentilles asphériques, une construction entièrement métallique, avec des inscriptions gravées. Ce n’est pas une optique conçue pour respecter un budget — c’est une optique conçue pour être la meilleure possible.

La focale fixe impose une discipline. Le zoom est absent. Il faut se déplacer pour cadrer. Pour certains, cela représente une contrainte rédhibitoire. Pour d’autres — et cela fait partie de la philosophie Q — c’est une forme de liberté. On ne cherche pas à remplir le cadre avec un zoom, mais à établir un bon rapport avec le sujet. Cela modifie la manière de photographier, souvent pour le meilleur.
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Sur le terrain, les performances optiques sont hors normes. Le piqué est impressionnant dès la pleine ouverture à f/1,7. L’homogénéité sur tout le champ est remarquable — les bords ne sont pas significativement moins performants que le centre, un fait peu courant en grande ouverture pour cette focale. À f/2,8, la netteté atteint un niveau difficile à critiquer. Les aberrations chromatiques sont largement contrôlées. On note une infime frange violette sur certains éléments en fort contre-jour, mais elle reste discrète et facilement corrigeable en post-traitement.

Le flare est présent. En présence d’une source lumineuse intense, des artefacts jaunes ou verts peuvent apparaître près des lumières vives. Cela reste marginal sous des conditions de prise de vue normales et est bien moins prononcé que sur un zoom comparable.
La stabilisation optique est intégrée à l’objectif. Leica l’a conçue pour s’activer progressivement, surtout aux vitesses lentes, sans altérer l’image dans le viseur. En pratique, cela permet de descendre à des vitesses très basses à main levée avec une fiabilité convaincante — c’est un point décisif face au Sony RX1R III, qui en est dépourvu.
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Le mode macro nécessite également d’être mentionné — en y ajoutant quelques nuances. Un interrupteur sur le barillet réduit la distance minimale de mise au point de 30 cm à 17 cm. Cela s’avère pratique pour photographier un objet posé sur une table, une fleur de près ou un détail de texture. Toutefois, on reste sur un 28 mm grand angulaire ; à 17 cm du sujet, la perspective est très englobante, et l’effet de séparation sujet/fond la limite. Ce n’est pas une véritable macro — il ne faut pas s’attendre à des résultats similaires à ceux d’un 90 mm ou d’un 100 mm macro spécialisé. Cela reste un bonus utile pour un compact, mais certainement pas une fonction principale.

Le zoom numérique reproduit les focales de 35, 50, 75 et 90 mm par recadrage. Les fichiers RAW gardent toujours l’intégralité des 60 mégapixels — le recadrage ne concerne que les JPEG, et le choix de la focale d’affichage est donc réversible en post-traitement. À 35 mm, on obtient encore environ 36 mégapixels effectifs. À 90 mm, on se situe autour de 6 mégapixels — suffisant pour une impression A4 raisonnable, mais on atteint les limites.
Leica Q3Un capteur plein format de 60 MP
Le capteur BSI-CMOS de 60 mégapixels plein format est le même que celui du Leica M11, ici intégré avec des éléments de détection de phase pour l’autofocus.
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Il partage son capteur avec le Sony A7R V — et, depuis juillet 2025, avec le Sony RX1R III, son concurrent le plus direct. C’est l’un des meilleurs capteurs disponibles dans ce segment, si ce n’est le meilleur pour la photo en plein format, et cela se ressent immédiatement en utilisation.

La plage ISO va de 50 à 100 000. Les fichiers RAW en résolution maximale pèsent environ 80 à 85 Mo. En pratique, à ISO 3 200, les images sont très nettes, avec un bruit fin et bien structuré qui ne dégrade pas les détails. À ISO 6 400, les résultats restent très acceptables. On peut pousser jusqu’à 12 500 ISO dans des conditions difficiles — la finesse est perceptiblement réduite, mais les images demeurent utilisables. La plage dynamique est généreuse : récupérer deux arrêts dans les ombres en RAW est simple et n’entraîne pas de bruit excessif. Les lumières élevées sont également récupérables si l’exposition n’a pas été massivement surexposée.

ISO12500


ISO50000

JPEG et profils Look
C’est à ce stade que les choses se compliquent quelque peu. Les JPEG issus du Q3 sont techniquement irréprochables — précis, correctement exposés, avec une colorimétrie neutre — mais un peu ternes. Ils manquent de vie. Pour obtenir des images véritablement attrayantes à la sortie de l’appareil, il est nécessaire de configurer des profils Look.
Ces profils sont téléchargeables et gérables via l’application Leica FOTOS sur smartphone. Les utilisateurs ont produit un certain nombre d’entre eux et certains photographes partagent leurs réglages pour le Q3 : signatures colorées, émulations de films argentiques, rendus contrastés ou désaturés. Ne pas en profiter serait une erreur.
Cependant, une limite frustrante subsiste : seulement six profils Look peuvent être stockés simultanément sur l’appareil. C’est trop peu, d’autant plus que l’on finit souvent par en accumuler une dizaine dans l’application, correspondant à des situations différentes. Il faut faire des choix et gérer des rotations. Pour un appareil à ce prix, une limite plus généreuse était attendue.

Le profil noir et blanc mérite une attention particulière. Il produit un rendu monochrome séduisant, avec un contraste naturel et une gestion des tonalités évoquant les effets de filtres colorés sur film. Néanmoins, c’est en post-traitement que le potentiel en noir et blanc du Q3 se révèle pleinement. La latitude offerte par les 60 MP et la dynamique élevée du capteur permet des récupérations d’ombres et de lumières qui ne sont pas accessibles pour beaucoup d’appareils. Si le noir et blanc travaillé vous tient à cœur, le Q3 mérite une sérieuse considération.
Autofocus fiable et assez rapide
Le Q3 est équipé d’un système AF hybride, combinant détection de phase, détection de contraste et DFD (Depth From Defocus), renforcé par une reconnaissance intelligente des sujets — visages, yeux, corps, animaux. Cela découle d’une collaboration entre Leica et Panasonic, qui partage des technologies issues des Lumix S5 II.
En pratique, l’autofocus est rapide et fiable dans la plupart des situations. La détection des visages et des yeux s’active quasi instantanément, se fixe bien et ne décroche pas dans des conditions normales. Le suivi des sujets en mouvement par temps clair est satisfaisant. C’est un progrès significatif par rapport au Q2, qui ne proposait qu’un autofocus à détection de contraste, souvent à la traîne. Les limitations se manifestent en faible lumière avec des sujets en mouvement rapide : l’AF peut hésiter et décrocher.
Le Q3 n’est pas conçu pour des photos de sports. En revanche, pour la photographie de rue posée, le portrait, les voyages ou le paysage : pas de souci. Pour des situations plus dynamiques, il est moins à son aise.

Changer rapidement entre plusieurs sujets à l’aide des commandes physiques est peu pratique. Les boutons à l’arrière ne sont pas idéalement placés pour un ajustement instinctif. Ce reproche est récurrent sur la série Q et reste d’actualité.
Un processeur qui tient la cadence
L’obturateur mécanique offre des temps de 120 secondes à 1/2 000s. L’obturateur électronique monte jusqu’à 1/16 000s, un atout pour les grandes ouvertures en plein soleil. La cadence en mode rafale atteint 15 images par seconde en 12 bits (dynamique légèrement abaissée, sans suivi AF), 9 fps en 14 bits (pleine dynamique) ou 4 fps avec un suivi complet AE/AF en 14 bits. Le buffer est généreux pour ce type d’appareil.
Leica Q3Sur le terrain
Le Q3 change la manière de photographier. Ce n’est pas une simple théorie. L’objectif fixe, les bagues mécaniques, l’équilibre du poids : tout incite à ralentir, à réfléchir avant de déclencher. Avec un Q3, on ne mitraille pas, de plus, il n’est pas très rapide. On attend, on cadre, on choisit son timing… c’est un état d’esprit.
La focale de 28 mm pousse à se rapprocher des sujets pour établir un lien visuel fort. Cela peut être inconfortable, notamment en photographie de rue, où il faut parfois entrer dans l’espace personnel des gens. Néanmoins, cette contrainte produit souvent les meilleures images.

La balance des blancs automatique est très fiable dans des conditions variées, ce qui donne confiance pour ne travailler qu’en JPEG. Les couleurs reproduites par le Q3 possèdent une qualité particulière, difficile à caractériser objectivement : une certaine neutralité qui peut sembler décevante au premier abord, une saturation discrète, presque trop. C’est propre, naturel, crédible. Avec un bon profil Look, les JPEG peuvent être très séduisants. Toutefois, comme mentionné précédemment, cela nécessite un peu de travail — l’appareil ne délivre pas immédiatement son meilleur rendu, surtout en sortie de boîte.
Le grip reste le principal point de tension en usage. Sur des sessions courtes ou dans des conditions où l’on pose doucement, cela fonctionne. Sur une journée entière, avec l’objectif proéminent qui exerce une pression vers l’avant, l’absence de grip natif devient pénible.
Le Summilux 28 mm f/1,7 est l’argument de choix. Il propose une ouverture lumineuse qui modifie l’approche à la basse lumière : où le Sony RX1R III se limite à f/2 sans stabilisation, le Q3 peut s’exposer à f/1,7 tout en compensant les flous via une stabilisation optique. Le bokeh à courte distance est élégant, doux, sans les artefacts en oignon que l’on retrouve parfois sur des objectifs de moindre qualité.

De retour chez soi, on découvre des fichiers RAW très flexibles. Sous Lightroom ou Capture One, les fichiers DNG du Q3 réagissent très bien aux ajustements d’exposition, de contraste et de couleur, sans distorsion. Il est facile de récupérer deux stops dans les ombres sans décoloration visible. Les lumières élevées supportent également une récupération tant que l’exposition n’a pas été poussée excessivement (en mode automatique, les résultats sont toujours impeccables).

Le passage en noir et blanc des fichiers RAW est séduisant : le capteur de 60 MP en N&B offre une excellente graduation des tonalités : les teints, les ciels et les transitions entre lumière et ombre sont traités de manière nuancée. En post-traitement, manipuler les courbes et les tonalités sur ces fichiers est un vrai plaisir.
Leica Q3Vidéo
Le Q3 est capable de filmer en 8K (16:9 ou C8K 17:9) jusqu’à 30 ips, en 4K (16:9 ou C4K 17:9) jusqu’à 60 ips et en Full HD jusqu’à 120 ips. Il utilise le codec H.265 (HEVC) en 10 bits, avec une option 4:2:2 disponible en 4K, en plus du ProRes 422 HQ — ce dernier étant limité au 1080p/60. Pour un compact, cette offre est solide, bien que la 8K et la 4K entraînent un léger recadrage du capteur 60 MP, tandis que le Full HD profite d’une lecture plus proche du capteur plein.
La connectique inclut l’USB-C (3.1 Gen 2) et le micro-HDMI. L’appareil supporte les micros Rode via USB-C, bien que l’absence de prise jack 3,5 mm soit un manque pour les microphones cravate ou directionnels standard.
En pratique, la qualité de l’image est excellente en bonne lumière : la 4K est très détaillée et le piqué du Summilux 28 mm f/1,7 offre une finesse et un rendu optique de qualité. La stabilisation optique facilite les prises de vue à main levée pour des plans statiques, mais ne suffit pas pour des mouvements fluides en marchant.
En vidéo, l’autofocus peut être moins assuré qu’en photographie, avec des risques de décalage ou de pompage sur des sujets rapides et en faible contraste.
On note également un rolling shutter discernable (distorsions visibles lors de panoramiques rapides) et une surchauffe possible après 10 minutes en 8K ou 4K/60p. En outre, l’enregistrement est limité à 29 minutes par clip.
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Le Q3 n’est pas une véritable caméra vidéo : c’est avant tout un excellent appareil photo capable de produire des vidéos de qualité lorsqu’on lui demande des prises de vue courtes, soignées et esthétiques.
Leica Q3Autonomie
La batterie BP-SCL6 fournit une autonomie correcte, sans être exceptionnelle. Lors d’un usage photo normal — mélange de viseur et d’écran — il faut compter environ 350 à 400 prises par charge. Cela suffit pour une demi-journée de prises de vue intensives, mais une journée entière nécessitera une batterie de secours. En vidéo 8K, l’autonomie baisse rapidement, rendant l’achat d’une seconde batterie judicieux.

La recharge se fait via USB-C, permettant d’utiliser une batterie externe lors des déplacements. Leica propose également un grip de charge optionnel avec recharge sans fil Qi intégrée.
Leica Q3Prix et concurrence
Le Leica Q3 28 mm est commercialisé à 6 250 euros. Le Q3 43, lancé en septembre 2024, est proposé à 6 750 euros.
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Sony RX1R III (4 899 euros). Sorti en juillet 2025, il utilise le même capteur BSI de 61 mégapixels dans un boîtier encore plus compact (113 × 68 × 88 mm, 454 g). C’est le plus petit appareil plein format du marché — et cela se ressent immédiatement en main. L’objectif Zeiss Sonnar T 35 mm f/2, bien que datant de 2012, reste exceptionnellement performant au centre et encaisse très bien la résolution du capteur. L’autofocus hybride, aidé par l’IA, est globalement plus réactif que celui du Q3 sur des sujets rapides. En revanche, le Sony présente des concessions importantes pour sa compacité : pas de stabilisation optique, pas d’écran inclinable (sachant que le RX1R II en avait), pas d’étanchéité certifiée. Le viseur intégré est de faible résolution. De plus, les menus Sony, denses et complexes, contrastaient avec la clarté de l’interface Leica. En termes de qualité optique, le Summilux 28 mm f/1,7 reste un cran au-dessus : plus lumineux d’un stop, plus homogène sur les bords, et stabilisé.
Fujifilm X100VI (~1 800 euros). Un autre univers, un autre prix. Capteur APS-C de 40 mégapixels, objectif Fujinon 35 mm f/2 (équivalent plein format), stabilisation à 6 axes, format vraiment compact. L’expérience utilisateur Fujifilm se démarque, étant chaleureuse et organique, avec un écosystème de profils Velvia/Provia/Acros qui définissent l’identité de la marque. C’est précisément là où le Q3 pourrait apprendre : ses profils Look manquent souvent d’attrait comparativement aux rendements séduisants de Fujifilm. L’autofocus du X100VI peut être décevant sur des sujets rapides, et le piqué, bien que bon, ne se compare pas à celui du Summilux. Cependant, au quart du prix du Q3, il répond à un besoin tout à fait différent — et la comparaison directe n’est pas pertinente, mise à part pour illustrer ce que 4 000 euros supplémentaires apportent en termes de rendu et de qualité de capteur.
Ricoh GR IV (1349 euros). Une approche différente. Capteur APS-C de 25,6 mégapixels, objectif GR 28 mm f/2,8, même focale que le Q3, même conception pour la rue (ultracompact). Le GR IV est l’archétype du compact de poche : moins de 250 g, il tient dans une veste, prêt à l’usage en une seconde. L’optique Ricoh est impressionnante, nette et bien corrigée, tandis que le rendu GR a ses partisans depuis des années. Les profils noir et blanc du GR IV se distinguent parmi les plus séduisants. Toutefois, le capteur APS-C s’arrête là où le plein format du Q3 s’épanouit : dynamique plus limitée, bruit plus présent à hautes sensibilités et un bokeh bien moins marquant à f/2,8. L’autofocus pourrait être amélioré pour des sujets en mouvement rapide. L’expérience utilisateur est également très différente ; minimaliste, sans viseur, sans écran inclinable. Le GR IV et le Q3 ne ciblent pas les mêmes photographes. Cependant, ils partagent la même conviction : l’importance d’une seule focale, maîtrisée à la perfection.

