Belgique

Viktor Orban en péril : fin de règne pour un modèle illibéral ?

Viktor Orban a régné sur la Hongrie depuis 2010 et ambitionne d’être reconduit le 12 avril pour un cinquième mandat consécutif. Ses attaques contre l’indépendance de la justice et les libertés individuelles ont généré des frictions avec l’Union européenne, qui a gelé des milliards de fonds destinés à la Hongrie.


Régnant sans partage sur la Hongrie depuis 2010, le Premier ministre nationaliste Viktor Orban voit son image s’assombrir ces dernières années en raison d’une corruption devenue trop évidente aux yeux d’une population contrainte de se serrer la ceinture.

Le dirigeant de 62 ans, qui a transformé son pays en laboratoire de la démocratie illibérale, a acquis une réputation internationale grâce à ses nombreux conflits avec Bruxelles ainsi qu’à ses relations avec les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine.

« Les dirigeants illibéraux le considèrent comme un modèle, quelqu’un qui a réussi, qui a su prendre le pouvoir », souligne Emilia Palonen, professeure associée à l’Université d’Helsinki, interrogée par l’AFP.

Né le 31 mai 1963 dans un village situé à une heure de Budapest, Viktor Orban s’est fait connaître en tant que jeune libéral lorsqu’il défia le régime communiste à Budapest en juin 1989 avec un discours passionné réclamant la démocratie.

Un an plus tôt, diplômé en droit de l’université de Budapest et bénéficiaire d’une bourse de la fondation Soros pour étudier à Oxford, il cofonde l’Alliance des jeunes démocrates (Fidesz).

Cependant, il adopte rapidement un discours axé sur les valeurs familiales, rurales et chrétiennes. Cette stratégie porte ses fruits, car en 1990, il est élu député puis devient Premier ministre en 1998 à seulement 35 ans.

Quatre ans plus tard, il est battu par le Parti socialiste, héritier des communistes, et subit à nouveau une défaite en 2006, ce qui accélère sa transformation.

En 2014, il devient le premier homme politique important à promouvoir un « État illibéral » comme modèle lors d’un discours dans un village de Transylvanie, en Roumanie, où réside une forte minorité hongroise, relativisant ainsi l’État de droit.

« Il a tiré les leçons des erreurs de son premier mandat, il a pu faire passer rapidement des changements d’ampleur, consolidant ainsi son pouvoir », analyse Emilia Palonen.

Ses attaques visant l’indépendance de la justice, de la presse et des institutions, ainsi que ses atteintes aux libertés individuelles, notamment celles de la communauté LGBT+, ont généré des tensions avec l’Union européenne, qui a gelé des milliards de fonds destinés à la Hongrie.

Il s’oppose également à la politique migratoire du bloc en refusant d’accueillir des demandeurs d’asile, élevant en 2015 une clôture de plusieurs centaines de kilomètres à la frontière.

Cette stratégie reposant sur l’existence d' »un ennemi extérieur », selon la politologue Zsuzsanna Szelenyi, lui a permis de remporter à nouveau les élections en 2014, 2018 et 2022 avec une majorité des deux tiers.

Ambitionnant d’être reconduit le 12 avril pour un cinquième mandat consécutif, il a désigné comme nouvel ennemi, après les communistes et les migrants, l’Ukraine, qu’il accuse de vouloir entraîner la Hongrie dans la guerre suite à l’invasion russe.

Cependant, les sondages montrent que le parti Tisza de son adversaire Peter Magyar est largement en tête, indiquant que les électeurs se préoccupent davantage de questions internes telles que l’inflation, la détérioration des services et la corruption qui a permis à l’entourage de Viktor Orban, marié et père de cinq enfants, de s’enrichir.

Son autorité a également été mise à mal par la participation record l’an dernier à la marche des fiertés de Budapest qu’il avait pourtant interdite.

En cas de victoire, Viktor Orban pourrait se retrouver, selon les analystes, face à une opinion publique moins malléable et se heurter plus fermement à ses partenaires européens qui ont dénoncé sa déloyauté après le veto qu’il a opposé à la fin mars à un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine.

« Il a certainement réussi à laisser son empreinte », estime le politologue Attila Gyulai, du Centre des sciences sociales de l’université ELTE, notant le durcissement de la position de l’UE sur les migrants. « Mais il a agi comme un bélier, donc naturellement c’est lui qui s’usera le premier. »