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Guerre au Moyen-Orient : Pierre d’Argent commente Trump et l’Iran

Menacer de détruire des ponts, des centrales électriques ou d’autres infrastructures civiles ne relève pas d’une simple posture guerrière, selon le professeur de l’UCLouvain Pierre d’Argent. Une guerre n’est licite, rappelle-t-il, qu’en cas de légitime défense ou avec l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU.


Menacer de détruire des ponts, des centrales électriques ou d’autres infrastructures civiles ne constitue pas une simple posture guerrière, malgré ce que peut en penser Donald Trump. Selon le droit international, cela pourrait être interprété comme une annonce de crimes de guerre. C’est l’analyse du professeur de l’UCLouvain, Pierre d’Argent, interrogé par Daniel Fontaine.

Sortie du cadre du droit de la guerre

L’ancien Premier secrétaire de la Cour internationale de justice rappelle un principe essentiel du droit de la guerre : les infrastructures civiles ne constituent pas, en soi, des objectifs militaires. Elles ne peuvent le devenir que dans des situations précises, lorsque leur utilisation apporte un avantage militaire concret, par exemple quand un pont est emprunté par des chars ou quand une centrale énergétique alimente directement une base militaire. En dehors de ce cadre, une politique de destruction systématique d’infrastructures civiles serait, selon lui, contraire au droit international.

Pierre d’Argent mentionne également les débats juridiques entourant certains cas limites, comme celui d’une centrale électrique qui pourrait être en relation indirecte avec un objectif militaire. Cependant, il insiste sur le fait que cela ne justifie en aucun cas des menaces générales ou une stratégie de pression sur l’ensemble d’une population civile. À son avis, annoncer publiquement que des ponts ou des centrales seront attaqués pour contraindre un État à céder constitue une sortie des limites du droit de la guerre.

Au-delà de la conduite des hostilités, le juriste évoque un second niveau de légalité : celui du recours à la force. Une guerre n’est légitime, souligne-t-il, que dans le cadre de la légitime défense ou avec l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU. Dans le cas présent, il parle d’une « guerre de choix » qui s’éloigne des critères reconnus par le droit international.

Enfin, Pierre d’Argent qualifie ces types de menaces de « chantage » et de menace illégale de recours à la force. Selon lui, cibler l’électricité, les ponts et, en fin de compte, les conditions de vie d’un peuple entier revient à prendre des civils en otage. Cette logique lui apparaît « effrayante », car elle dépasse la simple lutte contre un régime pour frapper directement une population qui, selon ses mots, « n’a rien à voir avec la faute et la cruauté du régime ».