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Marie Kondo publie un livre intime : « On ne peut pas imposer le rangement aux autres »

Marie Kondo a vendu plus de 10 millions d’exemplaires de son livre La Magie du rangement dans le monde, traduit dans une quarantaine de langues. Dans son ouvrage Lettre du Japon, elle évoque l’importance de n’avoir que des objets qui procurent de la joie.


Les objets qui vous entourent actuellement ne suscitent que de la joie en vous ? C’est sans doute grâce à Marie Kondo, l’auteure de la fameuse « méthode KonMari », rendue célèbre par son livre *La Magie du rangement*. À ce jour, cet ouvrage a été vendu à plus de 10 millions d’exemplaires à travers le monde et a été traduit dans environ quarante langues. Ce succès a propulsé la consultante et essayiste japonaise au sommet du secteur du rangement.

Dix ans plus tard, Marie Kondo s’est également illustrée avec une émission sur Netflix consacrée au rangement, a vécu aux États-Unis et a décidé de lâcher un peu prise sur l’organisation à la naissance de ses enfants. À l’occasion de la publication de *Lettre du Japon*, un livre plus personnel, l’autrice évoque les influences qui ont marqué sa carrière ainsi que sa vie privée. Elle partage aussi son désir de ralentir et de profiter des petites joies de l’existence, tout en rappelant l’importance de ne conserver que les objets qui apportent de la joie. Entretien.

**Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?**
À travers le monde, les gens me questionnent continuellement sur mon parcours, sur les raisons pour lesquelles il est essentiel de remercier les objets que l’on se débarrasse et sur l’influence de la culture japonaise dans ma démarche. Cela a été l’élément déclencheur qui m’a amenée à m’intéresser à l’impact de cette culture sur ma pratique.

**Dans le livre, vous évoquez la chambre de votre frère qui était toujours en désordre durant votre enfance. Comment gérez-vous le désordre des autres ?**
Mon frère adore collectionner des objets. Au Japon, on les appelle « otakus » (des fans de mangas, jeux vidéo, figurines, etc.). Petite, je pensais qu’il fallait vraiment que j’intervienne pour ranger ses affaires, car cela me semblait problématique. Cependant, mon expérience m’a appris que l’on ne peut pas imposer le rangement aux autres. Il est crucial de respecter ce qui fait vibrer le cœur des autres, ce qui leur apporte de la joie.

**Vous parlez également de l’importance du kawaii dans la culture japonaise. Ces objets mignons semblent toutefois être des bibelots. Ne constituent-ils pas un cauchemar pour les adeptes du rangement ?**
Pas du tout. Tout ce qui est mignon et les objets décoratifs sont très significatifs pour nous. Avec la méthode KonMari, il ne s’agit pas de désencombrer à tout prix, mais de sélectionner les objets qui nous rendent heureux. Ces objets décoratifs, ces bibelots, sont importants car ils sont une source de joie.

**Qu’est-ce qui vous paraît kawaii dans votre vie personnelle ?**
J’apprécie tout ce qui est mignon (kawaii, NDLR). J’aime beaucoup les motifs floraux. Au Japon, il y a aussi un personnage nommé Chiikawa, que je trouve absolument adorable. Tous ces petits objets kawaii sont essentiels.

**Vous mentionnez deux autres concepts, le wabi-sabi, qui célèbre la beauté de l’imperfection, et le mottainai, qui concerne le respect des objets. Comment intégrez-vous ces philosophies qui semblent contradictoires avec l’art du rangement ?**
Ces principes pourraient en effet sembler contraires à l’art du rangement. Cependant, je pense qu’il est possible de les concilier avec la méthode KonMari. L’objectif principal de cette méthode n’est pas seulement de désencombrer, mais d’organiser un cadre de vie environné d’objets qui apportent de la joie. En sélectionnant ces objets, nous éprouvons sérénité et satisfaction intérieure. Cela n’est donc pas incompatible.

**Vous recevez inévitablement des invités chez vous. Comment gérez-vous cette pression en tant que reine du rangement ?**
J’ai reçu mes éditeurs américains durant mon séjour aux États-Unis. C’était la première fois que j’accueillais des invités en dehors du Japon, et j’étais très nerveuse. Je me demandais si je devais suivre les coutumes japonaises, et je voulais que tout soit parfait. J’ai tout préparé avec soin jusqu’à la dernière minute. Finalement, j’ai réalisé que ce qui importait vraiment était de passer un bon moment avec mes invités. Il n’est pas nécessaire que tout soit toujours parfait, et il est essentiel d’accepter les choses telles qu’elles sont pour profiter de l’art de recevoir.

**Vous êtes mère de trois enfants. L’approche du rangement change-t-elle avec la parentalité ?**
Élever des enfants implique nécessairement des aspects que l’on ne peut pas contrôler. Parfois, lorsque je suis débordée par mes enfants, je ne peux pas faire les choses comme je le souhaiterais. Cela peut s’écarter de mon idéal de rangement, voire de ma vision d’une vie idéale. Toutefois, j’ai compris qu’il était plus important d’avoir une vie qui me rend heureuse et de chérir les moments passés avec mes enfants et ma famille.

**Vous enseignez aux autres à ne garder que ce qui suscite de la joie. Quel objet vous est indispensable ?**
Je ne pourrais absolument pas me séparer des cartes écrites par mes enfants, car elles enrichissent ma vie. Chaque fois que je les relis, elles me donnent de la motivation, je ne pourrais pas m’en passer.

**Certains clients ont-ils marqué votre parcours avec leurs réactions face à votre méthode de rangement ?**
À mesure qu’ils rangeaient leur intérieur, mes clients ont connu des révélations sur ce qui leur apportait réellement de la joie. Certains ont choisi de quitter leur entreprise pour lancer leur propre activité, d’autres ont réévalué leur relation avec leur partenaire. Certaines femmes m’ont confié qu’elles envisageaient de quitter leur mari, mais en rangeant, elles ont pris conscience des petites attentions témoignant de l’amour de leur conjoint. J’ai vu de nombreuses transformations chez mes clients.

**Avez-vous ressenti une pression sociale en raison de votre image de reine du rangement ?**
Effectivement, même parmi mes amis proches, certains se sont sentis un peu stressés à l’idée de me recevoir, croyant que la barre était trop haute. Cependant, je leur ai toujours dit qu’il n’y avait pas de problème, que ce n’était pas ce qui importait le plus. Encore une fois, l’essentiel est de passer un bon moment.

**Dans votre livre, vous mentionnez le kakizome, une tradition japonaise du Nouvel An. Quel mot ou caractère avez-vous choisi pour 2026 ?**
Le kakizome fait intégralement partie de la culture japonaise. Pour le Nouvel An, l’on choisit un mot qui représente un vœu ou une résolution à réaliser durant l’année. Pour 2026, j’ai sélectionné le terme « dodai », qui signifie « la base » ou « les fondements ». J’ai estimé qu’il était crucial de renforcer mes bases, tant sur le plan professionnel que personnel.