Femmes politiques et maternité : défis au sein des institutions masculines.
Marine Tondelier, à 39 ans, a annoncé sa nouvelle grossesse après une fausse couche et un parcours de PMA infructueux. Elsa Schalck, sénatrice LR du Bas-Rhin, a accouché le 5 décembre 2025 et a mené sa grossesse en cours de mandat ainsi que pendant la campagne électorale pour les municipales et les sénatoriales.
« Un bébé miracle », puis des critiques acerbes. La semaine de Marine Tondelier a été marquée par l’annonce de sa nouvelle grossesse à 39 ans, après une fausse couche et un parcours de PMA difficile. Cependant, la dirigeante des Écologistes a également dû faire face à des commentaires virulents. « Le plan com’ du bébé, utiliser le bébé pour faire de la politique, je n’aime pas trop ça, je trouve ça un peu malsain », a déclaré un chroniqueur proche d’Éric Zemmour dans les “Grandes Gueules” sur RMC.
*20 Minutes* a interrogé quatre femmes politiques issues de divers partis et occupant différents mandats – sénatrice, député ou conseillère municipale – sur l’impact de leur annonce de grossesse et de maternité sur leur carrière politique. Elles ont également évoqué leur quotidien et les contraintes liées à leurs fonctions, comme les réunions tardives ou les inaugurations.
Retrouvez ci-dessous le témoignage de trois d’entre elles et le quatrième en vidéo en tête de cet article (rechargez la page pour le regarder depuis le début).
## « J’ai dû quitter la réunion car j’ai perdu les eaux »
Adjointe à la maire de Rennes, Lucile Koch (Les Écologistes) est également enseignante. Elle a deux enfants âgés de 5 et 8 ans.
« J’étais enceinte pendant la campagne des municipales en 2020, mais j’ai malgré tout participé aux tractages. À l’époque, à cause de la pandémie, il s’est écoulé trois mois entre les deux tours. Lors de la réunion préparatoire à la fusion avec la liste de la maire, j’étais à la maternité. J’ai dû quitter la visio car j’ai perdu les eaux ! Quand la réunion s’est terminée, j’étais en train d’accoucher. Léonie est née le 5 juin. Je l’ai emmenée au premier conseil municipal d’installation, le 3 juillet. Pour moi, c’était un geste fort, un message politique. Je ne voulais pas cacher ma maternité ou le fait que j’allaitais. Certaines personnes ont pu trouver cela étrange, mais pas dans mon parti [Les Écologistes]. Je n’ai jamais reçu de remarque.
Il y a deux semaines, lorsque j’ai été réélue, j’ai décidé d’emmener de nouveau mes enfants au conseil. Ils ont bien grandi. Ma fille a même un mandat ! Pour moi, c’est un moyen de leur montrer ce que je fais et pourquoi parfois je dois m’absenter le soir.
> « Quand on est maman et élue, on porte plusieurs casquettes. Ce n’est pas toujours facile et je comprends que des femmes y renoncent. »
J’ai la chance d’avoir un mari présent, des amis, des voisins, des beaux-parents. Même ma mère traverse parfois la France quand je n’y arrive plus. Le problème, c’est que nous impose parfois des réunions en présentiel à 18 heures, alors que c’est l’heure de grande affluence. Parfois, c’est en soirée. La France n’est clairement pas au niveau. Pour les élues, rien n’est prévu pour pouvoir se faire remplacer pendant la grossesse.
Je connais bien Marine Tondelier, nous militons ensemble depuis des années. J’ai été très touchée par son annonce. Elle a eu beaucoup de courage. Elle a fait le choix de la transparence. Elle a décidé de transformer un sujet intime en sujet politique pour aborder la PMA, la question de la femme. C’est une façon différente de traiter la question du réarmement démographique. Actuellement, des mères s’excusent lorsqu’elles doivent s’occuper de leurs enfants. Il existe une forme de culpabilisation qui ne devrait pas être taboue. »
## « Je suis la première sénatrice à avoir un enfant en cours de mandat »
Elsa Schalck, sénatrice LR du Bas-Rhin depuis 2020, conseillère municipale d’opposition à Strasbourg depuis 2014, et mère d’un enfant né en décembre 2025.
« Je suis la première sénatrice à avoir un enfant en cours de mandat, mais je n’ai pas fait de ma grossesse un fait politique. Mes collègues ont accueilli mon annonce avec bienveillance. J’ai bénéficié du congé maternité comme tout le monde. Je me suis arrêtée après le Salon des maires le 20 novembre, où j’ai accompagné des élus bas-rhinois – mon état physique le permettant – avant d’accoucher le 5 décembre [2025].
J’ai mené cette grossesse à la fois pendant mon mandat et durant la campagne électorale pour les municipales à Strasbourg et les sénatoriales [septembre 2026]. Mon engagement politique ne devait pas être un obstacle à mon désir de maternité. En tant que sénatrice, je jongle entre Paris et l’Alsace. J’emmène mon fils à Paris trois jours par semaine. La logistique peut être plus compliquée avec les séances de nuit au Sénat.
> « Lorsque j’ai une inauguration le dimanche en Alsace, je l’emmène également. Je suis accueillie avec bienveillance, les gens comprennent que mon bébé soit avec moi un dimanche matin. »
Je fais face aux mêmes contraintes et difficultés que des millions de couples pour concilier vie professionnelle, vie familiale, et pour moi, vie politique. Je compare cela à la vie d’une sportive, jonglant entre les trois, avec beaucoup de contraintes. Cela demande une organisation, une logistique, du soutien. Heureusement, j’en ai avec ma mère à Strasbourg. En janvier, pendant la période des vœux dans les communes, elle a gardé mon fils pour que je puisse m’y rendre.
J’espère qu’être une femme politique n’est pas un obstacle à la maternité et qu’être mère ne sera pas un obstacle à un engagement. Lors des élections municipales, la parité sur les listes a été imposée dans les communes de moins de 1 000 habitants. De nombreux candidats ont reçu des refus de jeunes femmes à cause des contraintes liées à la parentalité.
Avant Marine Tondelier, d’autres femmes ont abordé la conciliation entre leur vie politique et la maternité : Marlène Schiappa, Aurore Bergé, Sarah El Haïry… Ce message montre à celles qui hésitent à s’engager politiquement que c’est possible. »
## « J’ai choisi de prendre une vraie pause maternité »
Mathilde Hignet, députée LFI d’Ille-et-Vilaine depuis 2022, et mère de deux jeunes enfants. Elle a eu son deuxième enfant en 2025.
« Lorsque j’ai annoncé ma grossesse aux élus de mon groupe, je leur ai précisé que je pourrais devoir ralentir le rythme et m’absenter pendant ma pause maternité. Je n’ai pas ressenti de frein particulier. Étant élue et domiciliée en Bretagne, je faisais beaucoup d’allers-retours entre l’Assemblée, à Paris, et ma circonscription.
Pour ma deuxième grossesse en 2025, cela a été plus difficile physiquement. Contrairement à la première, en 2022, où j’avais choisi de très peu m’arrêter parce que je venais d’être élue, j’ai décidé de prendre une vraie pause maternité, avant et après la naissance. Mais force est de constater que nous sommes contraintes de nous adapter à une institution conçue par et pour des hommes.
> « Il faudrait repenser ce système pour permettre aux femmes de pouvoir être députées tout en vivant leurs grossesses dans les meilleures conditions. »
Mais être députée n’est pas un emploi. C’est un mandat que nos électeurs nous ont confié. Cette fonction a tout de même certains avantages, comme une flexibilité dans notre organisation que d’autres femmes, dans le monde de l’entreprise, n’ont pas toujours. Le problème, lorsqu’une députée prend un congé maternité, c’est que son siège reste vacant. Elle peut donner une délégation de vote sur les scrutins publics, mais pas pour les votes en commission. Cela signifie que les dossiers sur lesquels elle travaille sont mis en suspens. C’est pourquoi j’ai déposé une proposition de loi constitutionnelle qui permettrait à une députée d’être remplacée par son suppléant en cas d’arrivée de nouvel enfant.
Cependant, la politique impose des rythmes parfois intenses et des absences prolongées de la maison. Cela soulève la question des modes de garde. Le système actuel n’est pas adapté au rythme ou à l’organisation des femmes élues. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est que les inégalités entre femmes et hommes au travail sont en grande partie dues à une pénalité maternelle. Et malgré le travail effectué depuis plusieurs années par d’autres députées sur le sujet, il est regrettable que le progrès ne soit pas plus rapide en France. »

