À brûler sans ouvrir : Des lettres clandestines deviennent un podcast
Viviane a découvert des centaines de lettres passionnées retracant une histoire d’amour clandestine entre 1967 et 1972. Les dernières lettres de cette correspondance datent de 1972 et il n’y a aucune information sur ce qu’il advient d’Adèle et Paul après cette date.
Une correspondance brûlante, endormie pendant 50 ans
Viviane n’a pas brûlé sans ouvrir. Elle a ouvert et découverts des centaines de lettres passionnées qui racontent une histoire d’amour secrète : le journal intime de l’ancien propriétaire de la maison des amis de Viviane et les échanges épistolaires qu’il a entretenus avec sa maîtresse de 1967 à 1972.
Se retrouver plongée dans la vie privée et intime d’inconnus a rapidement suscité chez Viviane un tas de questions qui pourraient se résumer en une seule : que faire de tout cela ?
Finalement, elle se dit que si ces lettres ont été intactes pendant 50 ans, ce n’est peut-être pas un hasard. Et pourquoi ne serait-ce pas finalement une invitation à les faire vivre ?
Respecter l’intimité tout en racontant l’histoire
Viviane décide alors de mettre ses compétences de journaliste à profit, tout en garantissant l’anonymat des protagonistes. Elle choisit de révéler leur histoire tout en masquant soigneusement et volontairement les lieux, les noms et l’identité de l’auteur et de l’autrice des lettres. « J’ai commencé par faire un travail monumental de déchiffrage, d’archivage, de classement et de digitalisation. Cela a été un travail particulièrement long, pas toujours facile. Elle avait une écriture très belle et fluide, lui avait une écriture beaucoup plus nerveuse. C’est un puzzle qu’on assemble. Mais il y avait vraiment un côté grisant« , explique la jeune femme.
Le « elle » mentionné par Viviane désigne Adèle, et « lui », Paul. C’est ainsi que Viviane a nommé les deux amants dans son podcast, « À brûler sans ouvrir », où l’on découvre leur correspondance amoureuse parfois très intime. La réalisatrice de podcast a collaboré avec le studio français Nouvelles Écoutes, tandis que l’actrice Marie Gillain et l’acteur Damien Bonnard prêtent leurs voix à Adèle et Paul.
Mon objectif était de faire connaître une belle histoire parce qu’en fait, elle est universelle. Elle parle de nous, elle parle de chacun, ça aurait pu arriver à n’importe qui
Ce qui l’a touchée, c’est aussi ce qui la relie à « Paul et Adèle », malgré le demi-siècle qui les sépare. Ils avaient tous les deux 38 ans, à peu près son âge aujourd’hui. Ils vivaient dans le même quartier qu’elle. Et ils travaillaient dans l’entreprise où son propre père a fait toute sa carrière.
Adèle et Paul : une passion impossible
L’histoire d’Adèle et Paul est passionnelle, malgré sa complexité, car ils ont choisi de ne pas rompre leurs mariages respectifs. « Ils sont prisonniers de leur vie conjugale« , explique Viviane, avant d’ajouter : « Ces questions reviennent sans cesse : pourquoi trop tard ? Pourquoi manquer ce rendez-vous du bonheur ? Une matière d’une densité émotionnelle incroyable.«
Ce qui a marqué Viviane en assemblant ces lettres, c’est aussi la richesse de la langue française qu’elles contiennent. « Elles sont extrêmement bien écrites, sans aucune faute d’orthographe et calligraphiées comme aujourd’hui on n’en fait plus« , dit-elle. La podcasteuse indique également que le ton est poétique et que les mots choisis sont presque chastes, même s’ils décrivent parfois des scènes érotiques.
Archives d’une époque
Ces écrits témoignent d’une époque où l’on prenait le temps de s’asseoir longtemps à son bureau pour rédiger de longues lettres passionnées, estime Viviane. « C’est beaucoup moins fréquent aujourd’hui. On envoie des notes vocales« , dit-elle en riant. Cela renvoie à une époque où les relations de genre et amoureuses n’étaient pas celles d’aujourd’hui.
« Le poids du mariage, de la fidélité et de la famille était immense à l’époque. Cela explique beaucoup les choix qu’ils ont faits durant ces cinq ans. On sent qu’ils restent dans des rôles très genrés, très caricaturaux« , analyse Viviane. Les dernières lettres datent de 1972, nous ne savons rien de ce qu’il advient d’Adèle et Paul par la suite.
C’est une histoire qui ne laisse pas indifférent, qu’on ait écouté ou pas le podcast, l’histoire à la base est assez incroyable
A priori, Paul n’est plus de ce monde, mais Viviane se demande si Adèle est toujours en vie. Elle aurait plus de 95 ans aujourd’hui. « Je n’ai que sa photo et son prénom. Je me demande ce qu’elle dirait si je la retrouvais et lui montrais ses lettres« , confie-t-elle. La jeune femme se considère chanceuse d’avoir pu travailler sur une telle matière. Cachées pendant plusieurs décennies dans un faux plafond, ces lettres continuent de faire battre des cœurs aujourd’hui et rappellent que certaines histoires refusent de disparaître.

