France

Divercity : l’appli qui ne transforme pas le quotidien des personnes autistes

Divercity est la première application en France qui recense les lieux adaptés aux personnes autistes, lancée il y a deux semaines. Plus de 300 commerces à Lyon se sont montrés intéressés à rejoindre le réseau, et une centaine a déjà finalisé son inscription.


« On se demande pourquoi ça n’a pas été fait plus tôt. » Depuis deux semaines, avec le lancement de Divercity, la première application en France répertoriant les lieux adaptés aux personnes autistes, les utilisateurs se montrent enthousiastes. Il est désormais possible de trouver, en quelques clics à Lyon, un restaurant offrant un espace tranquille, une épicerie avec un éclairage tamisé ou un coiffeur proposant des créneaux calmes. « De simples aménagements qui peuvent faire une grande différence pour un public ayant des particularités sensorielles et relationnelles », déclare la Pr Caroline Demily, coordinatrice du centre d’excellence iMIND.

C’est cette institution, spécialisée dans les troubles du neurodéveloppement, qui a lancé le projet. « En réalité, l’initiative provient surtout des adultes autistes et de leurs familles, raconte la professeure. Ils nous ont parlé des adaptations apportées au fil des ans par leur commerçant habituel, mais ils éprouvaient des difficultés à partir en week-end ou en vacances, par crainte de se retrouver dans des environnements inadaptés. »

Face à ce constat, les équipes du centre ont choisi de regrouper les initiatives existantes et de former les commerçants pour proposer des aménagements adéquats. « Nous avons réalisé un sondage dès le début du projet, il y a deux ans, auprès de plus de 300 personnes concernées pour identifier les principaux points de friction : l’accueil, la signalétique, la promiscuité, le bruit, la lumière et les odeurs », précise la chercheuse.

Comment fonctionne Divercity ? Après avoir téléchargé l’application gratuitement, l’utilisateur doit créer un profil et indiquer ses préférences. En fonction des réponses, Divercity propose les établissements les mieux adaptés. La Pr Caroline Demily souligne que l’outil a été co-construit, à chaque étape de son développement, avec des personnes autistes.

Elle rappelle que « pour une personne autiste, il est très difficile d’aller prendre un verre entre amis, d’inviter son ou sa partenaire au restaurant ou de se faire couper les cheveux. » « L’environnement actuel n’est pas adapté aux particularités sensorielles et relationnelles, et peut rapidement devenir aversif, ajoute-t-elle. Cette application permet aux personnes autistes de se sentir en sécurité. Et j’apprécie que ce soit la population concernée qui donne des conseils pour créer un environnement apaisant. »

Plus de 300 commerces ont déjà été recensés. Du côté des commerçants, pour rejoindre le réseau, il suffit de se rendre sur le site de Divercity, de visionner six vidéos de sensibilisation et de signer une charte d’engagement. « Il n’y a pas de contraintes imposées, rassure Caroline Demily. Chaque commerçant propose les aménagements qu’il juge réalisables. » Après une campagne de sensibilisation menée par des étudiants et des jeunes adultes autistes dans les 1er, 2e, 4e et 9e arrondissements de Lyon, plus de 300 lieux se sont montrés intéressés, indique-t-elle. « Et une centaine a déjà finalisé son inscription », précise-t-elle.

Au-delà de l’aide pratique, Divercity ambitionne de transformer la ville. En supprimant la musique ou en évitant les files d’attente, les commerçants peuvent attirer un nouveau public. « Pour eux aussi, c’est évident. Cela favorise la cohésion d’équipe et il est toujours valorisant de faire preuve de générosité et d’écoute », souligne l’experte.

Un environnement apaisé pour tous. Depuis la loi de 2005 sur le handicap, de nombreuses initiatives ont vu le jour, mais souvent en « négligeant un peu les handicaps invisibles ». Pour la professeure, Divercity pourrait changer le regard de la société sur les personnes autistes. « En parallèle du lancement de l’application, nous menons une étude avec l’université Lyon-2 sur la perception et l’acceptabilité des initiatives mises en place par les commerçants, ainsi que sur la déstigmatisation. Nous pourrons évaluer si ce projet a un impact sur ces aspects dans la société », affirme-t-elle.

Ces aménagements peuvent également bénéficier à un public plus large, comprenant les personnes âgées, celles souffrant de troubles de santé mentale ou les femmes enceintes. Soutenue par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, la Fondation Orange, ainsi que par la ville et la métropole de Lyon, Divercity ne compte pas s’arrêter face à l’enthousiasme local. « L’objectif désormais est de déployer l’application sur l’ensemble du territoire national. Nous souhaitons que 2026 soit l’année de Divercity », conclut Caroline Demily.