L’Union européenne et ses œufs en chocolat, racines chrétiennes.
Le jeudi saint, les cloches s’envolent à Rome pour être bénies par le Pape et reviennent avant le lundi de Pâques. Le 25 mars 1957, la Communauté économique européenne a été créée à Rome.
La légende est bien connue. Le soir du jeudi saint, les cloches s’envolent à Rome pour être bénies par le Pape et elles reviennent avant le lundi de Pâques, faisant pleuvoir des œufs en chocolat, pour célébrer la résurrection du Christ.
À l’instar des cloches, les fonctionnaires européens effectuent également un aller-retour à l’occasion de cette grande fête chrétienne.
Résultat : même si le monde s’agite de partout, l’Union européenne est provisoirement à l’arrêt.
L’Union européenne vit au rythme du calendrier chrétien. Mais est-ce un choix pleinement assumé ?
En l’occurrence, l’Union respecte les traditions des pays membres. Par exemple, en Espagne, les écoles restent fermées pendant une semaine à Pâques.
Cependant, la question des racines chrétiennes de l’Union européenne est souvent débattue.
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Les polémiques sont nombreuses. Certaines paraissent anecdotiques. Comme celle sur le drapeau européen, dont les douze étoiles dorées ont été inspirées par une médaille miraculeuse de la Vierge Marie.
D’autres sont plus complexes. Au début des années 2000, lors de la rédaction d’une constitution européenne, la Pologne et l’Italie, entre autres, souhaitaient y inscrire une référence « aux racines chrétiennes de l’Europe ».
L’idée a été rejetée. Le projet de Constitution a été abandonné et le Traité de Lisbonne évoque plus largement « les héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe », comme le demandaient notamment la France et la Belgique.
Mais deux décennies plus tard, la controverse n’est toujours pas éteinte.
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Les racines chrétiennes de l’Europe sont même devenues un enjeu politique.
L’expression est au cœur des discours des mouvements populistes, conservateurs, identitaires et eurosceptiques. Un homme en particulier en use et abuse : Viktor Orban, le Premier ministre hongrois.
Souvenez-vous, en 2015, il avait refusé d’accueillir des réfugiés venant du Moyen-Orient, pour l’essentiel des musulmans, se présentant comme le gardien de l’identité hongroise et de l’héritage chrétien.
De discours en discours, le dirigeant hongrois distille l’imaginaire d’une Europe blanche et chrétienne, accusant à l’inverse l’Union européenne et ses institutions de rejeter cet héritage et d’organiser des échanges de population à travers la migration.
Une vision qu’il partage avec les dirigeants de l’extrême droite européenne qui, il y a quelques jours, sont venus à Budapest soutenir leur ami, Viktor Orban, en grande difficulté avant les élections législatives prévues le 12 avril prochain.
On y a vu la française Marine Le Pen, le Néerlandais Geert Wilders ou encore l’Italien Matteo Salvini, qui a assuré que le scrutin hongrois portait sur le maintien d’une identité chrétienne millénaire.
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Au Vatican, on marche sur des œufs.
Dans les années 80, dans une Europe encore divisée en deux blocs, le pape polonais Jean-Paul II a appelé notre continent à retrouver « la vigueur de ses racines ». Plus tard, il a plaidé pour la référence aux « racines chrétiennes » dans le projet de constitution européenne.
Ces dernières années, ses successeurs se sont montrés plus réservés.
Le Pape François craignait une récupération politique par les identitaires. Interrogé par le journal La Croix en 2014, il disait redouter la tonalité potentiellement « triomphaliste ou vengeresse » de l’expression.
La méfiance guide encore aujourd’hui Léon XIV. Le Pape actuel présente les racines chrétiennes de l’Europe comme un simple fait, un objet d’études pour les historiens et les archéologues, et pas, surtout pas, comme un étendard à porter pour défendre des privilèges pour les chrétiens.
L’attitude réservée de l’Église nous ferait presque oublier qu’il y a près de 70 ans, l’ancêtre de l’Union européenne, la Communauté économique européenne, a été créé… à Rome.
C’était le 25 mars 1957. Ce jour-là, les cloches de la ville éternelle ont sonné à toute volée pour célébrer cette naissance. Le lendemain, les dirigeants de l’Europe des six avaient été bénis par Pie XII, le pape de l’époque.

