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Vu d’Europe : la démocratie directe en Hongrie comme instrument politique

En juin 2025, lors de l’exercice « Vote 2025 », 95 % des participants en Hongrie se sont déclarés opposés à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Entre 1990 et 2020, sur 1 937 initiatives et référendums lancés en Hongrie, 93 % ont été jugés irrecevables selon les recherches de Daniel Moeckli de l’université de Zurich.


En juin 2025, les Hongrois ont rendu un verdict qui semble univoque. D’après le gouvernement, lors de l’exercice « Vote 2025 », 95 % des participants se sont déclarés opposés à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Pour le Premier ministre Orbán, ce résultat représentait un véritable atout qu’il a rapidement mis en avant à Bruxelles pour justifier ses efforts visant à contrer tout soutien supplémentaire de l’UE à Kiev.

Ces consultations s’inscrivent dans une transformation plus large de la démocratie hongroise au cours de la dernière décennie. Pendant cette période, Orbán – qui, selon les sondages, rencontre des difficultés pour les prochaines élections d’avril – a consolidé la domination du Fidesz par un ensemble de réformes législatives, faisant de la Hongrie un exemple concret de ce qu’il appelle lui-même « démocratie illibérale ». Ce modèle a attiré l’attention, suscitant l’admiration de figures telles que Donald Trump tout en recevant des critiques d’institutions comme le Parlement européen, qui a mis en garde contre un « recul démocratique ».

Selon Natasha Wunsch, professeure d’études européennes à l’université de Fribourg, ce déclin s’explique généralement par l’érosion progressive des contre-pouvoirs, tels que la liberté des médias, l’indépendance de la justice et les droits des minorités. Cependant, la démocratie directe peut également jouer un rôle. « Les exécutifs, notamment en Hongrie, ont utilisé les référendums ces dernières années comme un instrument plébiscitaire pour renforcer leur pouvoir », précise-t-elle. Bien que ce ne soit pas le mécanisme principal, cela constitue un moyen « complémentaire » de solidifier l’autorité et d’accroître le soutien populaire.

Wunsch ajoute que la conception de la démocratie par Orbán – comme dans de nombreux contextes de recul démocratique – repose sur la majorité. La victoire électorale est perçue comme une légitimation suffisante pour presque toutes les actions gouvernementales, même si celles-ci contournent les contraintes institutionnelles ou portent atteinte aux droits des minorités. Cette logique s’est également étendue à des mécanismes plus formels de démocratie directe, tels que les référendums. Dans ce cadre, le Fidesz a imposé son agenda de manière sélective « par le haut » tout en rendant plus difficiles les initiatives « par le bas ».

À titre d’exemple, Wunsch cite le référendum de 2016 sur les quotas de migrants. Bien qu’il ait été officiellement invalide en raison d’une faible participation, son résultat – 98 % d’opposition aux « relocalisations » imposées par l’UE – a néanmoins été présenté par Orbán comme un succès. En 2022, une autre série de référendums a été critiquée par l’OSCE, qui a souligné que les électeurs n’avaient pas accès à des « informations objectives » concernant les enjeux ou les arguments en question.

Parallèlement, les initiatives citoyennes ont été entravées. La Commission électorale nationale hongroise – nommée par un parlement dominé par le Fidesz – impose des critères d’admissibilité stricts aux propositions non gouvernementales, réduisant considérablement leurs chances de succès. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 1 937 initiatives et référendums lancés en Hongrie entre 1990 et 2020, 93 % ont été jugés irrecevables, selon les recherches de Daniel Moeckli de l’université de Zurich. En comparaison, seules quatre initiatives populaires ont été déclarées invalides en Suisse en plus d’un siècle.

Il reste à voir si le paysage de la démocratie directe en Hongrie évoluera de manière significative après les élections d’avril. Le pays étant l’un des cas européens les plus surveillés pour son recul démocratique, beaucoup attendent de constater si Peter Magyar et son parti Tisza, s’ils sont élus, tiendront leur promesse de rapprocher la Hongrie de Bruxelles et de diminuer l’influence russe, ou si la situation demeurera essentiellement inchangée.

Sur le plan intérieur, Wunsch et Pozsár-Szentmiklósy estiment que la démocratie – et en particulier la démocratie directe – n’aura joué qu’un rôle limité dans la campagne. Les électeurs se sont davantage focalisés sur des thèmes concrets tels que l’éducation, la santé et les infrastructures. Magyar a également adopté des positions délibérément larges, visant à séduire le plus grand nombre d’électeurs possible. Les appels explicites à un renouveau démocratique n’ont pas constitué un thème central de la campagne, souligne Wunsch.

Le programme électoral de Tisza ne mentionne pas explicitement la démocratie directe. Pourtant, le parti et son leader semblent conscients de son potentiel en tant qu’instrument de mobilisation et de communication. Cette dynamique pourrait perdurer : après avoir organisé sa propre consultation « Voix de la nation » sur la question ukrainienne en 2025, Magyar a annoncé qu’il tiendrait un référendum national sur le sujet s’il était élu. Ainsi, même les opposants à Orbán semblent enclins à recourir aux outils que ce dernier a établis au cours de la dernière décennie.

Un article écrit par Domhall O’Sullivan (SwissInfo), publié le 31 mars 2026.

Sur le même sujet : préparation des élections législatives prévues le 12 avril 2026 en Hongrie.