Violences périscolaires à Paris : les parents « ne jugent pas encore » les annonces de Grégoire
Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a introduit ce vendredi matin à la presse les premières grandes mesures de son plan contre les violences dans le périscolaire à Paris, en soulignant la nécessité d’améliorer les dispositifs d’alerte et de contrôle, d’accroître la transparence vis-à-vis des parents, et de renforcer la formation des animateurs pour un coût d’environ une vingtaine de millions d’euros. Une cellule d’écoute va être mise en place pour recueillir directement les témoignages des parents, et les boîtes aux lettres Papillons seront généralisées dans les écoles parisiennes pour recueillir les témoignages d’enfants victimes.

« Je souhaite exprimer ma solidarité et ma disponibilité envers les familles. Je sais que certaines d’entre elles sont en colère, et leur colère est légitime », a déclaré le nouveau maire de Paris, en présentant ce vendredi matin à la presse les premières grandes mesures de son plan contre les violences dans le périscolaire à Paris.
Élu depuis peu, Emmanuel Grégoire a choisi de faire de cette problématique l’une des priorités de son mandat, alors que les révélations se multiplient depuis des mois. Dès son élection, il a lancé des consultations avec divers collectifs de parents et associations de victimes, et a promis des mesures « dès les premières semaines de son mandat ». Ces mesures se déclinent en trois grands axes : amélioration des dispositifs d’alerte et de contrôle, meilleure transparence pour les parents, formation renforcée des animateurs, tout en sensibilisant également les enfants, pour un coût d’environ vingt millions d’euros, auxquels s’ajouteront dix millions d’euros pour sécuriser les bâtiments, a assuré l’édile. Ces annonces ont été plutôt bien accueillies par les parents et collectifs de victimes.
Cellule d’écoute et boîtes aux lettres Papillons
Concernant les dispositifs d’alerte, une cellule d’écoute sera créée pour recueillir directement les témoignages des parents, lorsque les écoles concernées ne transmettent pas, ou mal, l’information. Les boîtes aux lettres Papillons seront étendues dans les écoles parisiennes, permettant de recueillir les témoignages d’enfants victimes. « C’est en multipliant les dispositifs que nous devenons collectivement plus efficaces », a promis le nouveau maire, qui a précisé qu’il « suspendra désormais les agents à la moindre alerte ».
Pour ce qui est du contrôle, la mairie a déjà mis en place une liste interne centralisée évitant qu’un personnel mis en cause dans un secteur puisse simplement changer d’arrondissement. Le processus de recrutement sera renforcé, avec la présence obligatoire de deux personnes lors de l’entretien d’embauche, dont un représentant des ressources humaines de la ville. L’agent sera également « mis en situation » durant deux jours pour vérifier ses compétences.
Transparence totale et suspension immédiate
Sur la question délicate des agents ayant été mis en cause mais ayant bénéficié d’un classement sans suite de la justice, voire d’un non-lieu, souvent en raison d’éléments insuffisants, Emmanuel Grégoire a exprimé son souhait d’engager une discussion avec le ministre de l’Éducation nationale, le préfet de police et le procureur de la République pour envisager une modification de la législation. En attendant, si une telle situation se présente, « la réponse ne pourra pas être générale, elle sera évaluée cas par cas et dépendra de la gravité des faits reprochés. Mais c’est la protection de l’enfant qui sera privilégiée », a garanti le maire.
Des parents se plaignant de ne pas être informés lorsque des agents faisaient l’objet de plaintes pénales ou étaient suspendus, la mairie promet désormais une transparence totale, en organisant sans tarder des réunions avec tous les parents et en leur restituant les résultats des enquêtes administratives menées. Les équipes du périscolaire seront présentées aux parents lors des réunions de rentrée.
Un lieu pour des constats médicaux en urgence
Pour mieux prévenir ces situations, la formation des animateurs et animatrices sera renforcée grâce à la création d’une « école parisienne du périscolaire », dont l’objectif à moyen terme est d’organiser une formation diplômante, a également promis Anne-Claire Boux, adjointe chargée de l’Éducation. Les enfants seront également sensibilisés par le biais d’ateliers sur les violences et le consentement.
Les jeunes victimes disposeront d’une maison de santé dédiée, qui devrait permettre de « réaliser rapidement des constats et des diagnostics médicaux opposables », comme l’a promis le maire dans *Le Monde*, alors que le pays fait face à une pénurie de médecins spécialistes et que les unités d’accueil pédiatrique pour les enfants en danger sont surchargées. De plus, des enfants seront impliqués dans les discussions de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant qui débutera dans quelques semaines et devra rendre ses conclusions en juin.
Enfin, une commission indépendante sera instaurée pour établir un état des lieux complet et proposer de nouvelles recommandations : « Nous lui donnerons accès à tout », a assuré Emmanuel Grégoire.
Nécessité d’un vrai diplôme
« Nous sommes ravis de constater que nous avons été entendus et que les discussions entamées depuis 2021, ainsi que la collaboration renforcée depuis novembre avec la ville, portent leurs fruits », a réagi le collectif Sos Périscolaire, qui se dit « heureux » notamment de la mise en place de la cellule d’écoute et de l’encadrement des directeurs et directrices du périscolaire par des éducateurs de jeunes enfants. « Nous attendons des objectifs de formation plus diplômants, mais le Bafa [brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur] de la Ville de Paris sera renforcé, ce qui est un très bon début », ajoute le collectif.
« Cela va dans le bon sens, mais nous voulons des clarifications et attendons d’évaluer sur pièces », souligne de son côté #MeTooEcole, un autre collectif engagé contre ces violences. L’organisation se questionne notamment sur la forme que prendra la commission indépendante : commission d’enquête parlementaire ou audit par une entreprise de conseil ? #MeTooEcole insiste aussi, comme Sos périscolaire, sur la nécessité d’un vrai diplôme pour les animateurs, plutôt qu’un simple Bafa estampillé Ville de Paris.
Plusieurs représentants de collectifs locaux de parents ont par ailleurs exprimé à *20 Minutes* leur regret que la mairie ne s’engage pas à contacter les parents d’élèves dont les enfants ont pu être en contact par le passé avec les agresseurs.
« Qu’est-ce qu’on fait pour rendre attractif ce métier ? »
Du côté de la FCPE Paris, on se dit « satisfait », mais « vigilant ». « Nous voulions un choc de confiance parce qu’il y a beaucoup d’inquiétudes sur le terrain. Le regard des parents vis-à-vis de l’école publique a changé », souligne Martin Raffet, son président. Il regrette notamment des annonces insuffisantes concernant l’attractivité du métier d’animateur périscolaire. « Qu’est-ce qu’on fait pour rendre attractif ce métier ? Et pour valoriser cette profession à part entière ? », s’inquiète également Sabrina Armand, vice-présidente de la même organisation.
En effet, à Paris, le turn-over est élevé dans le secteur et les candidats sont rares, en raison de conditions de travail difficiles, de plannings morcelés et de salaires bas. Si la Ville de Paris peine à recruter des animateurs, les responsables sur le terrain seront d’autant plus enclins à fermer les yeux sur des comportements suspects en l’absence de remplaçants. Cependant, Emmanuel Grégoire a balayé ce matin ce problème : « Ce n’est pas parce qu’on augmentera les salaires que nous aurons moins de pédocriminels », a-t-il estimé.

