High-tech

La consommation, critère clé des voitures électriques, ne doit pas négliger l’autonomie.

Les véhicules électriques sont actuellement catégorisés A avec 0 g/CO2 par kilomètre, sans étiquettes énergie spécifiques. En 2017, la Renault Zoe était équipée d’une batterie de 40 kWh, et huit ans plus tard, des modèles récents comme la Renault 5 E-Tech n’ont pas nécessairement une batterie plus grande.


Si les véhicules thermiques sont habituellement accompagnés d’étiquettes énergie, il n’en est pas de même pour les voitures électriques, qui se voient actuellement toutes classées en catégorie A avec 0 g/CO2 par kilomètre, comme si elles étaient identiques. Il est cependant probable que, dans les années à venir, la consommation d’énergie d’un véhicule électrique devienne un critère déterminant. Faisons le point.

Souvent, les publicités concernant les voitures électriques mettent en avant trois caractéristiques : l’autonomie maximale, les performances, et la capacité de recharge rapide. Pour dénicher des informations sur la consommation, il est nécessaire de se plonger dans les petites lignes des mentions légales.

Malgré une stagnation technologique dans certains domaines (comme la densité énergétique et le temps de recharge), la consommation énergétique se présente comme un facteur clé pour se différencier sur le marché. L’optimisation de cette consommation pourrait devenir une priorité dans les années à venir, offrant un intérêt conséquent tant pour les consommateurs que pour les autorités. Nous porterons également notre attention sur certains acteurs majeurs du marché, en particulier ceux originaires de Chine, qui semblent privilégier d’autres aspects, avec quelques exceptions. L’avenir appartient-il réellement aux véhicules les plus efficaces ?

### Une stagnation technologique qui remet la consommation sur le devant de la scène

En 2017, j’ai pris possession de ma première voiture électrique : une Renault Zoe ZE40. Comme son nom l’indique, elle était dotée d’une batterie de 40 kWh. Huit ans plus tard, bien que la Zoe ne soit plus disponible, les véhicules de même segment n’ont pas forcément des batteries beaucoup plus grandes. La Renault 5 E-Tech (batterie autonomie urbaine), la Hyundai Inster, la Citroën ë-C3 ou la Fiat 500e sont autant de modèles n’ayant pas une capacité de batterie supérieure à celle de l’ancienne Renault Zoe.

Pour les citadines, les constructeurs demeurent limités par les lois de la physique et sont donc obligés de proposer des batteries dont le volume et le poids restent raisonnables. Généralement, celle-ci se situe entre 40 et 50 kWh depuis près d’une décennie, et bien que des promesses d’amélioration significative de la densité énergétique soient régulièrement évoquées, aucune avancée notable n’est encore à l’horizon.

Pour atteindre une capacité de 60 kWh, il est souvent nécessaire d’opter pour des véhicules plus volumineux, tels que la Tesla Model Y d’entrée de gamme, qui permet d’intégrer davantage de cellules. Cependant, un véhicule plus grand implique également un poids plus élevé, souvent synonyme d’une efficacité énergétique moindre. Ainsi, la consommation devient le facteur crucial pour distinguer plusieurs voitures concurrentes.

L’aspect réglementaire interviendra bientôt dans l’équation, avec la possibilité que le bonus écologique soit conditionné à une consommation raisonnable, à un poids maximal, ou encore à un éco-score global incitant à la sobriété.

De plus, la recharge rapide atteint un plafond, tout comme la densité énergétique (du moins en Europe), où les normes se stabilisent autour de 250 kW en 400 volts et 350 kW en 800 volts. Cette puissance peut permettre de récupérer suffisamment d’énergie pour parcourir environ deux heures sur autoroute en une vingtaine de minutes, à condition de disposer d’un véhicule à faible consommation.

Si ce n’est pas le cas, il sera nécessaire soit d’allonger le temps de recharge, soit de réduire sa vitesse pour éviter un refroidissement excessif de la batterie. Par conséquent, deux véhicules électriques avec une batterie similaire mais des consommations très différentes n’arriveront pas à destination en même temps. Lors d’un trajet familial, il est évident que le modèle le plus économe sera le gagnant.

Enfin, la consommation est cruciale pour maximiser les économies d’utilisation d’une voiture électrique. Bien que le coût de recharge à domicile puisse être inférieur à 3 euros pour 100 kilomètres, celui-ci peut rapidement doubler, voire tripler, lors de grands trajets. À long terme, l’écart entre un véhicule peu énergivore et un modèle gourmand se fera de plus en plus sentir.

### Un impact réel sur les coûts d’usage

Il faut réaliser qu’il existe un triple avantage à proposer des véhicules avec de petites batteries : un coût de production réduit, un poids allégé, et une consommation moindre. Sur le plan d’achat comme au niveau des coûts d’utilisation, un véhicule électrique économe est un allié précieux pour votre budget. Pour les trajets quotidiens, la charge à domicile est souvent insignifiante sur la facture d’électricité, diminuant ainsi le besoin d’une borne de recharge puissante.

En effet, admettons qu’il faille recharger 100 kilomètres par jour, une voiture consommant 16 kWh/100 km pourra utiliser une prise de courant classique et se recharger en heures creuses, tandis qu’une autre consommant 22 kWh/100 km exigera au minimum une prise renforcée, type Green’Up.

Lors de longs trajets, l’écart de consommation devient significatif. Comme précédemment démontré, la consommation est un facteur déterminant pour voyager sereinement. De plus, pour les flottes d’entreprises, où les économies d’échelle sont considérables, économiser 3 kWh par 100 km sur des milliers de voitures parcourant parfois plus de 20 000 kilomètres par an représente un avantage considérable.

### Ce que dit la stratégie des constructeurs, notamment chinois

Les véhicules électriques chinois suscitent beaucoup d’intérêt sur le marché européen, avec des parts croissantes. Leur succès s’explique souvent par un rapport tarifaire plus attrayant. Cependant, la question de la consommation n’est que rarement considérée comme prioritaire.

Nous avons déjà abordé ce sujet, notamment lors de l’essai de la BYD Sealion 7, qui affichait une consommation de plus de 30 kWh/100 km sur autoroute, ou de la petite BYD Dolphin Surf, dont la consommation WLTP était supérieure à celle d’une Tesla Model Y de plus de deux tonnes. Il est à noter que la consommation WLTP peut masquer certains aspects, qu’il est judicieux de vérifier lors d’essais.

Certains constructeurs européens et américains, en revanche, choisissent de replacer la consommation au centre des discussions, à l’instar de Tesla, qui reste fréquemment en tête du classement. Cette performance est d’autant plus notable compte tenu de la taille et du poids souvent supérieurs de leurs modèles. On note également des distinctions accordées à Hyundai avec la Ioniq 6 et à BMW avec la i4, qui font de la consommation leur priorité tout en montrant qu’il est possible de voyager rapidement grâce à des véhicules adaptés.

Il est probable que divers bonus écologiques et incitations à l’achat tiendront compte de la consommation, en particulier pour sortir de la catégorie A et du 0 gCO2/km de l’étiquette énergie, qui ne fournit finalement aucune information pertinente pour les voitures électriques.

Cependant, il est essentiel de rester vigilant : BYD et Zeekr pourraient révolutionner la donne avec des recharges en 5 minutes. Ainsi, la consommation pourrait devenir un aspect moins critique, même si les réglementations chinoises obligent les constructeurs à ne pas dépasser 15 kWh/100 km de consommation (en cycle CLTC) pour les véhicules de moins de 2 tonnes.

### L’avenir appartient aux efficients

Comme mentionné, la variable qui semble être optimisée dans un avenir proche reste la consommation. Il est peu probable que des miracles surviennent à court terme concernant les capacités des batteries ou les puissances de recharge, en raison de l’infrastructure actuellement en place.

Nous sommes en 2025, et les véhicules n’ont pas évolué en termes de capacité de batterie ni de recharge rapide, tel que l’exemplifient les modèles les plus populaires comme les Tesla Model 3 et Y, qui affichent des caractéristiques inchangées huit ans après leur lancement initial. En tant que facteur crucial pour l’autonomie, la rapidité sur de longs trajets, la facture, ainsi que l’empreinte carbone, le choix judicieux de demain pourrait bien se porter sur le véhicule le plus économe pour parcourir une distance donnée.

Il sera crucial de suivre l’émergence de nouveaux modèles ultra-efficaces, voire de micro-citadines ou de berlines aérodynamiques visant à réintégrer l’intelligence énergétique au cœur de la conception, pour façonner les voitures électriques de demain.