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Guerre en Iran : Quel sens donner à « électrifier » l’économie ?

En France, l’électricité ne concerne que 25 % de la consommation énergétique globale, selon Nicolas Golberg, expert Énergie chez Colombus Consulting. Les transports représentent 33 % de la consommation d’énergie totale en France, et ne sont que très peu électrifiés, avec environ 1 à 2 % de la consommation des transports étant électrique.


Le Moyen-Orient est en proie aux tensions, le prix du baril de pétrole monte en flèche et le boycott envers la Russie se poursuit. Face à cette situation, le gouvernement de Sébastien Lecornu a mis en avant un ambitieux plan visant à accélérer l’électrification de l’économie française, notamment par le réinvestissement des surplus fiscaux générés par la hausse des prix des carburants dans ce projet. Mais en quoi consiste véritablement cette électrification de l’économie ? 20 Minutes fait le point.

Que signifie électrifier son économie ?

En France, l’électricité ne représente que 25 % de la consommation énergétique totale, comme l’indique Nicolas Golberg, expert Énergie chez Colombus Consulting. « Electrifier l’économie, c’est augmenter la part de l’électricité dans notre mix énergétique », précise-t-il. La France dépend fortement des importations, avec 99 % de son pétrole, 100 % de son gaz et 100 % de son charbon, la rendant vulnérable aux conflits internationaux, comme le montre la situation actuelle en Iran et en Ukraine. Paradoxalement, le pays génère plus d’électricité qu’il n’en consomme, notamment grâce à son parc nucléaire.

L’électrification de l’économie comporte plusieurs avantages, dont l’importance varie selon l’actualité. « Les enjeux environnementaux ont longtemps été soulignés, mais aujourd’hui, la priorité est davantage axée sur la souveraineté énergétique et le coût », analyse Maria-Eugenia Sanin, coordinatrice d’un groupe de recherche en Économie Appliquée au Centre d’Économie de Paris-Saclay.

Quels sont les principaux secteurs concernés ?

Les transports et l’industrie sont les deux secteurs principaux de cette démarche, d’après Maria-Eugenia Sanin. Ensemble, ils représentent 65 % de l’énergie non électrique consommée en France.

Les transports représentent 33 % de la consommation totale d’énergie en France et sont très peu électrifiés (environ 1 à 2 % de la consommation des transports est électrique). En réalité, les transports à eux seuls constituent près de la moitié de l’énergie non électrique utilisée, avec presque les deux tiers des produits pétroliers consommés en France.

L’industrie, quant à elle, représente environ 20 % de la consommation d’énergie. L’électricité y joue un rôle un peu plus significatif, représentant environ 25 à 35 % selon les années et les sous-secteurs (comme l’aluminium, la chimie, etc.). Ce secteur équivaut à 15 à 18 % de la consommation non électrique.

Est-ce possible partout ?

Il existe certaines limites à cette électrification, avertit Lamis Aljounaidi, économiste de l’énergie à Paris Infrastructure Advisory. Certaines de ces limites sont d’ordre technique : « Il n’existe pas encore d’avions à batterie capables d’effectuer de tels trajets », illustre le chercheur. D’autres fois, la réalité économique contrecarrera l’électrification : dans l’industrie, « chauffer à très haute température est souvent beaucoup moins coûteux avec des énergies fossiles ». Pourquoi payer davantage pour le même service dans un monde ultra-concurrentiel ?

Cependant, avec la flambée des prix du pétrole, l’électricité retrouve sa compétitivité. Par conséquent, avec la crise du détroit d’Ormuz, l’achat de véhicules électriques a connu un bond ces dernières semaines. « Il existe aussi des freins psychologiques ou structurels », signale Nicolas Golberg. Par exemple, même si l’usage de la voiture électrique est désormais moins coûteux que celui de l’essence, « certains usagers hésitent encore à acheter un véhicule électrique en raison des changements d’habitudes nécessaires ».

Que faudrait-il faire ?

« Il faudrait davantage de volonté politique », sourit Maria-Eugenia Sanin. Concernant le transport, deux leviers d’incitation existent. « Soit encourager à ne plus utiliser la voiture, donc développer des transports en commun efficaces, nombreux, ponctuels et peu coûteux, soit inciter à passer à la voiture électrique, avec un nombre suffisamment élevé de bornes de recharge, des leviers de coût… » Dans les deux cas, les mesures actuelles restent insuffisantes.

Nicolas Golberg cite l’exemple des flottes d’entreprises : « La majorité sont des véhicules thermiques, car il n’y a aucune incitation publique ou bonus pour acheter électrique. Or, les Français achètent souvent des voitures d’occasion, issues des flottes professionnelles. Si ces flottes deviennent électriques, il en sera de même pour les véhicules individuels d’ici quelques années. »

Ce constat peut être étendu à d’autres secteurs. « Il est nécessaire d’augmenter l’installation de pompes à chaleur dans les logements et d’interdire, par exemple, la vente de chaudières à fioul dans les nouvelles constructions », poursuit l’expert.

Y a-t-il des inconvénients ?

En France métropolitaine, « pas vraiment », juge Lamis Aljounaidi. Le pays produit à la fois une électricité abondante et peu polluante, et a relancé un ambitieux programme nucléaire qui devrait accroître sa production. De manière générale, « la France n’a que des avantages à miser sur une meilleure électrification de son économie ».