Belgique

Richard Malka : l’antisémitisme décomplexé entre droite et gauche

Plusieurs attaques antisémites visant des synagogues sont survenues aux Pays-Bas, en Belgique, au Canada, aux Etats-Unis et en Norvège. Richard Malka qualifie la France Insoumise de parti d’extrême gauche et note que les études montrent qu’on retrouve des préjugés antisémites plus présents dans les électeurs d’extrême gauche que dans les électeurs d’extrême droite.


Plusieurs attaques antisémites visant des synagogues se sont produites aux Pays-Bas, en Belgique, au Canada, aux États-Unis et en Norvège. Ces événements troublent la communauté juive et relancent le débat sur l’antisémitisme. Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo et fervent défenseur de la liberté d’expression, a récemment publié « Passion antisémite », un ouvrage qui critique notamment le parti de gauche radicale La France insoumise (LFI).

Il affirme qu’ »un parti qui a un discours antisémite ne peut pas être de gauche ». Dans une interview accordée à Matin Première, il évoque un « malaise dans toute une partie de la gauche », précisant qu’un « parti qui a des préjugés antisémites, un discours antisémite ne peut pas être un parti de gauche. »

Richard Malka décrit La France Insoumise comme un parti d’extrême gauche et met en avant des éléments tels que « la référence aux dragons célestes (terme issu de l’univers de One Piece pour désigner les juifs sans les nommer) » utilisée par un député LFI ainsi que « le refus du parti de participer à une manifestation contre l’antisémitisme. »

Pour lui, l’antisémitisme concerne non seulement le parti LFI, mais également une partie croissante de ses électeurs. Il souligne : « Les études montrent qu’on retrouve des préjugés antisémites plus présents dans les électeurs d’extrême gauche que dans les électeurs d’extrême droite. »

Malka compare la situation actuelle à celle d’un « canari dans la mine », expliquant que l’antisémitisme est le signe d’un malaise sociétal profond et d’un danger imminent. Il a écrit « Passion antisémite » pour « alerter en particulier les jeunes », mettant en avant les difficultés d’être juif aujourd’hui dans le milieu universitaire, y compris à Bruxelles.

Il a défendu Raphael Eindhoven, attaqué pour injure publique après avoir qualifié le parti La France Insoumise de « passionnément antisémite ». Malka et Eindhoven ont remporté ce combat, Malka précisant : « Etre passionnément antisémite, c’est grave, c’est une injure, mais il y avait suffisamment de pièces au dossier pour qu’on ait le droit de le dire. » Il ajoute que LFI « n’a même pas envoyé de représentant au procès et ils n’ont pas fait appel. Donc c’est quasiment assumé en fait. »

Il questionne : « C’est fou qu’un parti qui se dit préoccupé par le sort de toutes les minorités, s’occupe de toutes les minorités sauf de celle-là, la plus fragile. » Son combat contre l’antisémitisme s’est longtemps concentré sur l’extrême droite. « Pendant des années j’ai plaidé contre Le Pen père et fille, contre Alain Soral, » dit-il, notant que ceux-ci « regardent aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon avec les yeux doux. »

Richard Malka observe qu’il existe actuellement « une sorte de réhabilitation de l’antisémitisme ». Selon lui, ce phénomène a évolué pour devenir plus décomplexé en passant de la droite à la gauche. Il explique que c’est un « nouveau type d’antisémitisme qui n’est plus fondé sur un fait religieux, qui n’est plus une question de prétendue race. C’est un amalgame qui est fait entre les juifs et la politique israélienne. »

Il souligne : « C’est comme si tous les juifs du monde entier devaient être tenus responsables de ce qui se passe en Israël », ajoutant qu’il faudrait également considérer « que tous les musulmans du monde seraient responsables du pogrom réalisé par le Hamas (le 7 octobre 2023). » Malka déclare : « L’amalgame doit être rejeté. Tous les amalgames. »

Il appelle à « en parler » dans les écoles, les médias, et s’inquiète des préjugés qui se développent parmi les étudiants, en particulier dans les sciences sociales, souvent « avec bonne conscience ». Il affirme que « c’est ça qui est fou et qui est dangereux. On n’a plus mauvaise conscience. C’est comme si c’était à la mode d’être antisémite. »

Richard Malka précise qu’il ne critique pas la gauche dans son ensemble, notant qu’il y a de nombreux jeunes avec des idéaux d’égalité et de générosité. « J’ai écrit ce livre pour leur dire ‘ouvrez les yeux’, il y a d’autres partis à gauche que ceux qui sont infectés par cette peste. »

L’avocat ne pense pas à une confrontation entre LFI et le Rassemblement national aux élections présidentielles françaises de 2027. Lors des municipales de mars dernier, il a observé « qu’on a commencé à voir qu’il y a un front républicain contre l’extrême gauche, comme il y en a un contre l’extrême droite. »

Enfin, il affirme que la liberté d’expression est un sujet essentiel, rappelant le travail de Charlie Hebdo pour défendre cette liberté et critiquer le fait religieux. En France, cette critique est « extrêmement protégée par la justice, mais c’est le peuple qui semble en demander moins », indique Richard Malka, qui conclut : « On respecte les gens mais on n’a pas à respecter des idées, des religions, sinon ça devient des idolâtries et des dogmes. »