Les achats en ligne sont-ils plus chers avec un iPhone ?
Chaque page consultée sur Internet, chaque clic et chaque achat en ligne est scruté et analysé, en grande partie grâce aux cookies. En Europe, la réglementation RGPD interdit d’utiliser des éléments relatifs aux clients à des fins de pricing, sauf s’ils donnent leur accord.
Ce n’est un secret pour personne, chaque page consultée sur Internet, chaque clic, chaque achat en ligne, en somme, la moindre de nos actions sur la toile est surveillée, analysée, enregistrée, notamment grâce aux cookies. Il en va de même pour les applications que nous installons sur nos smartphones, que nous utilisons souvent sans lire les conditions. La collecte de nos données personnelles inclut également l’appareil utilisé pour naviguer : marque du smartphone, modèle, localisation, niveau de batterie, et même la manière dont nous l’utilisons. Toutes ces informations alimentent des bases de données, qui, à leur tour, nourrissent des algorithmes, généralement dans le but de nous vendre des produits.
Grâce à ces données, les algorithmes nous connaissent parfois mieux que nous-mêmes. De nombreuses anecdotes circulent sur des femmes qui reçoivent des publicités pour des couches et des poussettes avant même de savoir qu’elles sont enceintes. En plus de nous proposer des achats statistiquement susceptibles de nous intéresser, ces algorithmes ont aussi la capacité de nous faire des prix personnalisés. Cela s’appelle le « dynamic pricing ».
« Si vous avez un iPhone 17, tout sera plus cher », c’est en tout cas ce que rapportent plusieurs utilisateurs sur les réseaux sociaux, dont Estherium, une influenceuse tech comptant 626 000 abonnés sur TikTok. Elle déclare : « Si vous avez un iPhone 17, tout sera plus cher. Si vous avez un vieil Android, tout sera moins cher. » Selon Yannick Bouissière, expert en vente B2B et en intelligence artificielle, « c’est quelque chose qui se pratique aux États-Unis, mais pas encore en Europe à ma connaissance. » Il ajoute : « Du point de vue des données personnelles, les États-Unis, c’est le far-west. » Gwenaël Loussouarn, expert en pricing chez Converteo, précise : « En Europe, nous avons la réglementation RGPD qui interdit l’utilisation des données clients à des fins de pricing, sauf si l’utilisateur donne son accord. »
Cependant, la plupart des utilisateurs acceptent l’exploitation de leurs données en cochant, sans les lire, les conditions d’utilisation des applications et en accumulant de nombreux cookies dans leurs navigateurs. Ainsi, cela devient possible légalement et techniquement. Yannick Bouissière rappelle que « le pricing dynamique existe depuis longtemps, en ajustant les prix en fonction des saisons, du jour, de l’heure ou de l’offre et de la demande. » Gwenaël Loussouarn estime que ce n’est « pas très répandu avec l’exploitation des données personnelles », les entreprises utilisant celles-ci comme critères de segmentation.
« En comprenant ces segments, les entreprises peuvent ajuster leurs prix en conséquence, en offrant des remises aux clients sensibles au prix tout en maintenant des prix plus élevés pour ceux prêts à payer plus pour une expérience premium », expliquait déjà en 2022 Manon Guibert, business developer chez SkillCo.
Pourtant, « estimer qu’un client potentiel a un fort pouvoir d’achat parce qu’il possède un iPhone 17 ne rime à rien », insiste l’expert de Converteo. « En revanche, croiser cette donnée avec d’autres critères, comme ses habitudes d’achat ou sa localisation, là ça devient pertinent. » Posséder un smartphone coûtant un SMIC n’est qu’un indicateur parmi de nombreux autres.
Pour vérifier la situation, 20 Minutes a réalisé un test. Sur un ordinateur Mac récent, un Samsung S26 de 2026 et un iPhone 8 de 2017, nous avons effectué exactement les mêmes recherches pour acheter une télévision 4K, un canapé et un vol Paris-New York. Les prix affichés étaient systématiquement identiques. En revanche, le ciblage des offres sponsorisées a montré des différences. Les téléviseurs et les canapés les plus coûteux étaient souvent mis en avant sur le Mac et le Samsung, tandis que sur l’iPhone 8, les premières propositions étaient toujours des produits d’entrée de gamme.
« Cela n’était pas un hasard », déclare l’expert de Converteo. Sur son site « signal conso », le gouvernement critique une « opacité » des algorithmes, qu’il considère « difficiles, voire impossibles à expliquer ». En outre, il souligne que les prix personnalisés peuvent inclure « l’âge, le sexe ou l’ethnie », ouvrant ainsi la porte à un « renforcement des inégalités existantes ».

