Tunisie

Mohamed Ali Ben Zina : « Le bénévolat ne doit pas effacer les valeurs »

Mohamed Ali Ben Zina, enseignant-chercheur en sociologie à l’Université de Tunis, analyse le rôle structurant du bénévolat dans un entretien accordé à la Radio nationale tunisienne le 2 avril 2026. Il rappelle que le bénévolat est transversal et peut couvrir pratiquement tous les domaines de la société.


Face à l’augmentation de l’individualisme et à la dégradation des liens sociaux, Mohamed Ali Ben Zina, enseignant-chercheur en sociologie à l’Université de Tunis, analyse l’importance structurant du bénévolat.

Dans un entretien accordé à la Radio nationale tunisienne le 2 avril 2026, il examine ses fonctions éducatives, les mécanismes de transmission intergénérationnelle et la capacité à compenser les limites de l’État en période de crise.

Mohamed Ali Ben Zina souligne que l’État est structurellement incapable d’être présent partout et en toutes circonstances. Cette faiblesse se révèle particulièrement lors des pandémies ou des catastrophes naturelles.

C’est alors que les individus, nourris par une socialisation qui a inculqué en eux des valeurs de solidarité, sont sollicités pour prendre le relais. Il cite en exemple l’implication des Scouts tunisiens durant la pandémie de Covid-19 : ces derniers ont assuré une organisation essentielle dans les campagnes de vaccination, intervenant là où les dispositifs officiels étaient insuffisants.

Pour le sociologue, le bénévolat est avant tout un acte civique de terrain, et il considère que chaque membre de la société devrait être naturellement engagé dans toute action qui contribue à l’intérêt général et à l’amélioration des conditions de vie collectives.

### Une double fonction éducative, pour le bénévole comme pour le bénéficiaire

Le professeur universitaire identifie plusieurs rôles qui vont au-delà de l’assistance d’urgence. Il souligne une fonction éducative qui s’applique tant aux bénévoles qu’aux bénéficiaires.

Pour le bénévole, l’engagement constitue une école de vie : il apprend des situations rencontrées, contribue à leur résolution, construit sa personnalité et renforce son estime de soi.

Pour les bénéficiaires, notamment les personnes âgées susceptibles d’être isolées, le bénévolat permet de rétablir des liens sociaux et de retrouver une place dans la vie collective. Le chercheur rappelle également que le bénévolat est transversal et peut englober pratiquement tous les domaines de la société.

Ben Zina indique que la transmission des valeurs bénévoles entre générations est un mécanisme naturel de leur pérennisation. Lorsque le bénévolat s’effectue entre générations, par exemple lorsque des jeunes s’engagent auprès de personnes âgées ou d’enfants, il devient un vecteur d’ancrage culturel.

Il repose sur un principe fondamental : la coopération va de celui qui possède des compétences et des connaissances vers celui qui en a besoin. Le sociologue souligne cependant que cette transmission n’est pas automatique.

Les pressions économiques, les exigences scolaires et les impératifs d’insertion professionnelle poussent les individus à se concentrer sur leur réussite personnelle, souvent au détriment du collectif.

La transmission se fait donc par la socialisation, à l’intérieur de la famille, à l’école et dans les espaces associatifs, où le rôle des organisations comme le Croissant-Rouge tunisien ou les Scouts tunisiens est, à cet égard, crucial.

Mohamed Ali Ben Zina évoque la JICA, l’agence japonaise de coopération internationale, qu’il considère comme un modèle d’institutionnalisation du bénévolat à l’échelle mondiale.

Cette structure permet aux jeunes Japonais de mettre leurs compétences techniques et scientifiques au service de pays en développement.

Pour le chercheur, cet exemple illustre comment les principes de solidarité peuvent non seulement transcender les frontières nationales, mais également devenir une véritable stratégie, tant pour un État que sur le plan international.

### Un phénomène social sous-estimé, aux ressorts profondément collectifs

Mohamed Ali Ben Zina remarque que le bénévolat est rarement évoqué dans les médias audiovisuels, alors qu’il est directement lié aux rôles que l’individu peut tenir au sein de la société.

Il rappelle que tout groupe humain est composé d’individus connectés par des relations sociales, mais que ces liens s’effritent à l’échelle mondiale sous l’effet de l’augmentation des valeurs individualistes.

L’isolement social est devenu, selon lui, un phénomène de plus en plus répandu. Le bénévolat représente précisément les valeurs susceptibles de contrer cette tendance et de préserver la cohésion collective.

Il note que ces valeurs de solidarité demeurent présentes à un niveau relativement élevé dans la société tunisienne, ce qui constitue un atout à sauvegarder et à entretenir activement.