Le patron américain de Mercedes face à un dilemme : électrique ou thermique ?
Mercedes-Benz maintient ses investissements dans la voiture électrique, malgré la réduction des crédits d’impôt fédéraux aux États-Unis, car, selon Adam Chamberlain, « il n’y a pas le choix » à l’échelle mondiale. D’après les données du cabinet Experian, la part des retours de véhicules électriques acquis en location frôlera les 15 % d’ici la fin de l’année 2026, avec un volume total de près de 800 000 véhicules sur le marché américain d’ici 2028.

Le marché automobile est traversé par de vives turbulences. Alors que certains constructeurs ralentissent sur le tout électrique aux États-Unis, Mercedes-Benz maintient sa direction et continue à progresser dans ce secteur. S’agit-il d’un entêtement ?
Plutôt d’une nécessité imposée par la réglementation sur d’autres continents. Adam Chamberlain, à la tête de la division américaine de Mercedes-Benz, a partagé sa vision de cette stratégie avec le média Automotive News.
L’Europe et la Chine imposent le rythme mondial
Aux États-Unis, la disparition de certains crédits d’impôt fédéraux a freiné l’enthousiasme des consommateurs pour les véhicules entièrement électriques. Pourtant, la marque étoilée ne peut se permettre de ralentir ses investissements. Une obligation mathématique dictée par les législations en vigueur sur d’autres marchés. Selon Adam Chamberlain, cité par le média américain, « il n’y a pas le choix » au niveau mondial.
Le dirigeant précise son propos en mentionnant les exigences des autres marchés clés. Il rappelle que l’Europe exige que les modèles à zéro émission représentent la moitié des ventes d’ici 2030, tandis que la Chine cible un objectif de « 60 % ».
Cette pression législative explique en grande partie pourquoi Ola Källenius, le PDG du groupe, exprime régulièrement son inquiétude vis-à-vis des normes de CO2 sur le Vieux Continent et appelle à la prudence face aux risques d’une guerre commerciale avec l’industrie chinoise.

Face à la demande élevée en Europe et en Asie, les usines allemandes fonctionnent à plein régime pour approvisionner ces régions prioritaires. Mathias Geisen, directeur des ventes mondiales, confirme cette dynamique de production : « Nous travaillons en trois-huit, nous travaillons le samedi« .
Le résultat de ce ciblage géographique se reflète aux États-Unis, où seulement « 200 » berlines CLA électriques sont arrivées, toutes vendues immédiatement selon la marque. Le reste de la production étant destiné à l’Europe, où la Mercedes CLA électrique connaît un grand succès commercial.
Pragmatisme face aux consommateurs américains
Sur le territoire nord-américain, comme en Europe, l’entreprise adopte une approche plus mesurée. Le catalogue spécifiquement dédié au tout électrique a disparu, et la stratégie s’oriente désormais vers des plateformes partagées, capables de recevoir des motorisations thermiques, hybrides ou électriques. « Laissez les clients choisir« , résume succinctement Adam Chamberlain.

Cette recherche de flexibilité locale résonne avec les débats en cours au sein de l’Union européenne. Si la Commission envisage de permettre la vente de certaines voitures thermiques neuves après 2035 sous prétexte d’une transition industrielle en douceur, de nombreux analystes estiment que tenter de préserver le moteur à combustion pourrait conduire à un désastre face à la progression technologique rapide de la Chine.
Anticiper le retour des véhicules de location
Un autre défi majeur se dessine pour l’industrie automobile selon Automotive News : la gestion des retours de véhicules électriques acquis en location (leasing), dont la valeur résiduelle sur le marché de l’occasion a chuté.
Les données d’Experian montrent que la part de ces modèles pourrait atteindre 15 % des retours de location d’ici la fin de l’année 2026. Le volume total des retours devrait même culminer à près de 800 000 véhicules sur le marché américain d’ici 2028.
Pour l’heure, le dirigeant de la branche américaine affiche sa tranquillité face à ces stocks : « Le manuel de guerre tactique est assez volumineux« , glisse-t-il, avant de conclure : « Pour l’instant, je ne vois pas la nécessité de faire quoi que ce soit sur ces voitures. »
Un numéro de funambule industriel
La situation de Mercedes-Benz illustre parfaitement la complexité du marché automobile mondial d’aujourd’hui. D’une part, le constructeur allemand est contraint d’accélérer le développement de ses technologies de batteries pour répondre aux exigences réglementaires strictes de l’Europe et de la Chine.
D’autre part, il doit faire preuve de flexibilité pour ne pas brusquer les consommateurs dans des marchés plus attentistes comme les États-Unis. Une stratégie d’adaptation continue qui semble essentielle pour traverser la décennie sans compromettre sa rentabilité.

