Belgique

Bilan 2025 du cinéma belge francophone : succès en festivals, chute en salles.

En 2025, les films majoritaires belges soutenus par le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel ont enregistré 208.212 entrées, soit une diminution de 31% par rapport aux 303.225 entrées en 2024. Le long-métrage « Jeunes mères » de Jean-Pierre et Luc Dardenne a enregistré le plus fort taux de fréquentation en 2025 avec 44.049 entrées.


Alors que 2025 a été marquée, pour la deuxième année consécutive, par une baisse générale des entrées en salles en Belgique (-10% par rapport à 2024), la fréquentation des films belges majoritaires soutenus par le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles a également enregistré un recul dans le pays.

En Belgique, ces films ont comptabilisé 208.212 entrées l’an dernier, contre 303.225 en 2024, ce qui représente une diminution de 31%. Il convient de noter que 2024 était une année record : par exemple, le dernier long-métrage avec Émilie Dequenne, abordant le harcèlement scolaire, avait à lui seul attiré près de 80.000 spectateurs.

Pour 2025, le film « Jeunes mères » de Jean-Pierre et Luc Dardenne, lauréat du prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes, est celui qui a enregistré le plus fort taux de fréquentation dans les salles belges, avec 44.049 entrées, devant « Les Baronnes » de Nabil Ben Yadir et Mokhtaria Badaoui (34.605) et « L’acier a coulé dans nos veines », le documentaire de Thierry Michel sur la sidérurgie liégeoise (24.827).

Bien que la fréquentation en salles ait diminué, les films de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont obtenu de bons résultats en festivals, tant en Belgique qu’à l’étranger, avec 2007 sélections et 347 prix décernés, a précisé Thierry Vandersanden, directeur du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel, qui souligne que le contexte économique reste complexe.

“Cela fait 30 ans que je travaille pour le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel. Je n’ai jamais vu autant de faillites que ces derniers mois. Que l’on pense à IOTA Production, qui œuvrait dans le documentaire, mais aussi à la société de distribution Belga, ou au complexe cinéma White à Bruxelles…”

La fragilité est réelle et dépasse largement le domaine de l’audiovisuel. Cette fragilité est visible un peu partout, mais dans le modèle économique du cinéma belge, qui repose beaucoup sur des fonds publics, les difficultés et les économies nécessaires dans le secteur public peuvent avoir des impacts significatifs. On constate également que le budget même du Centre du Cinéma se tend. La dotation reste inchangée, mais elle n’est plus indexée.

Le montant global attribué pour les aides à la création, selon les recommandations de la commission du cinéma, a diminué de plus de 900.000 euros entre 2025 et 2024, ce qui fragilise l’ensemble du secteur. Cela devient très difficile. Le nombre de demandes est énorme, donc le nombre de projets respectables qui ne seront pas soutenus entraîne des tensions et de grandes frustrations.

« On ne peut pas tenir les promesses de production avec le budget tel qu’il est actuellement. »

Dans ce contexte, le choix devient d’autant plus complexe. “Actuellement, le choix en commission est très difficile. Je travaille pour la commission du cinéma, qui est un organe consultatif chargé de donner des avis sur tous les projets d’aides à la création. Nous recevons environ 750 dossiers par an. La concurrence est de plus en plus forte. En long-métrage, le créneau dont je m’occupe le plus, il est évident que nous avons beaucoup soutenu l’écriture et le développement. Lors de la dernière session, je me suis retrouvé avec dix projets de long-métrage demandant une aide à la production, tous ayant été soutenus au préalable en écriture et développement, mais nous n’avons pu en soutenir que deux. C’est une grande difficulté : on ne peut pas tenir les promesses de production avec le budget tel qu’il est actuellement. »

Concernant les changements dans les modes de consommation, Thierry Vandersanden a pointé la diminution de 10% de la fréquentation des cinémas en Belgique. « Effectivement. Il faut se rappeler que 2024 a été une année exceptionnelle pour nos films. Si nous comparons avec les cinq dernières années, celle-ci est supérieure de 39% en Belgique et de 16% en France par rapport à 2021. Par conséquent, cette baisse est surtout liée au phénomène de 2024. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un rejet cette année. La baisse de fréquentation a des causes multiples, dont l’essor des plateformes, mais la rupture a eu lieu avec le Covid. Ce n’est pas seulement le cas en Belgique ; les chiffres sont similaires en France. »

Est-ce que cette volatilité indique que le cinéma belge peine à trouver son identité propre ? « Le cinéma belge francophone représente surtout un très petit nombre de films. Nous soutenons entre 12 et 15 films par an, alors qu’il y a environ 15 à 20 longs-métrages de fiction réalisés chaque année. C’est une part de marché très réduite comparée aux 500 films qui sortent chaque année. Évidemment, comme cela se concentre sur un si petit nombre de films, un succès ou un échec a un impact considérable sur les statistiques d’une année à l’autre. Ainsi, il est difficile de porter un jugement global basé uniquement sur cela. »

Sur quoi se baser alors pour évaluer le succès du cinéma belge francophone ? « Un premier indicateur, même s’il paraît superficiel, est l’annonce des sélections en festivals, notamment au Festival de Cannes. C’est très important pour nous, car cela reflète notre engagement envers un cinéma qui vise peut-être davantage les festivals, en tant que cinéma d’auteur. C’est une façon pour nous de voir les films belges qui sont sélectionnés à l’étranger : cela signifie que nous sommes en concurrence avec le cinéma mondial. Réussir à y exister démontre déjà que de bonnes décisions artistiques et culturelles ont été prises. »