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Guerre en Iran : le détroit d’Ormuz menace l’économie mondiale

Si la situation ne revient pas à la normale d’ici à mai, l’économie mondiale sera percutée par une crise historique. Le 27 mars, une organisation nationale, GrainGrowers, a averti que l’Australie ne disposait que de six semaines de réserves d’engrais.

« Si la situation ne revient pas à la normale d’ici à mai, l’économie mondiale sera frappée par une crise historique ». Alarmistes, certains internautes ont récemment commencé à énumérer, dans plusieurs publications sur les réseaux sociaux, les conséquences potentielles du blocage du détroit d’Ormuz, en dehors de l’Europe, notamment dans les pays asiatiques et océaniques.

Par conséquent, la Corée du Sud pourrait passer « en économie de guerre » et sans réouverture du détroit dans les prochains mois, les Australiens seraient actuellement contraints de « se rationner » pour « sauver les récoltes agricoles ». Des pays tels que le Sri Lanka, les Philippines, la Thaïlande et l’Inde auraient déjà commencé à mettre en place des « mesures d’urgence », comme un quota maximum d’achat d’essence et des coupures intermittentes de l’air conditionné pour réduire la consommation d’énergie.

« Crise énergétique », « récession mondiale »… Le blocage de ce seul détroit peut-il vraiment avoir le pouvoir de paralyser l’économie de tant de pays ?

FAKE OFF

Le plastique en difficulté en Corée du Sud

Actuellement, en Corée du Sud, il n’est pas réellement question d’une « économie de guerre », mais de véritables problèmes liés à la production de certains produits commencent à apparaître. Cela concerne particulièrement les sacs poubelle et, plus généralement, toute la chaîne de production du plastique. C’est la Fédération coréenne des industriels du plastique qui a tiré la sonnette d’alarme le 25 mars. Elle a précisé que les industriels du secteur chimique, chargés de produire puis de livrer les résines synthétiques nécessaires à la fabrication de sacs en plastique, avaient annoncé devoir réduire leur production.

Il n’est donc pas surprenant que la Corée du Sud importe intégralement son pétrole, dont plus de 60 % doit passer par le détroit d’Ormuz pour arriver à destination. Le 24 mars, le président sud-coréen a d’ailleurs appelé la population à adopter une série de mesures dans son quotidien – prendre des douches plus courtes, n’utiliser l’aspirateur que le week-end ou encore éviter de laisser son téléphone en charge toute la nuit – pour économiser l’énergie, dans l’éventualité d’un prolongement du blocage du détroit.

Pénurie de fruits et légumes en Australie

L’Australie, pour sa part, est réellement en train de s’organiser pour faire face aux difficultés d’approvisionnement, voire à des pénuries, en carburants et en engrais, selon plusieurs médias australiens. Le timing est critique. Le blocage du détroit intervient précisément au moment où une grande partie des agriculteurs du pays doit récolter les fruits de leur travail. Cela doit être suivi par la plantation des semis et la fertilisation des terres.

Cependant, sans engrais, il est impossible de respecter les délais. Et cela demeure vrai même si l’Australie possède la plus grande superficie au monde certifiée en agriculture biologique – environ 35,7 millions d’hectares principalement destinés à la culture des fruits, des légumes et du vin – qui nécessite donc, en théorie, moins d’engrais. Le 27 mars, une organisation nationale, GrainGrowers, a averti que l’Australie n’avait que six semaines de réserves d’engrais, ce qui est plutôt insuffisant.

Des cuisines vides en Inde

En Inde, la cuisine utilise du gaz (GPL). Et 90 % de ce gaz transite par le détroit d’Ormuz. De ce fait, les bonbonnes commencent à manquer. Le 12 mars, des photos de l’agence de presse Reuters ont montré des centaines de personnes dans la ville d’Ahmedabad, au nord-ouest du pays, en train de faire la queue, bouteilles de GPL vides à la main.

Quelques jours plus tard, le 24 mars, le gouvernement indien a approuvé un décret visant à « lever les obstacles à la construction et à l’expansion » des infrastructures de gaz naturel, dans l’espoir de diversifier rapidement son approvisionnement.

Rationnement de l’électricité au Sri Lanka et aux Philippines

Au Sri Lanka, aux Philippines et en Thaïlande, le rationnement est également de mise. Chacun essaie de s’en sortir comme il peut.

Alors que les Philippines sont en état d’urgence énergétique depuis le 24 mars, au Sri Lanka, le charbon et le diesel sont rationnés depuis le 17 mars. Ce jour-là, le président Anura Kumara Dissanayake a confirmé les difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures dues au blocage du détroit. Il a donc demandé aux propriétaires de véhicules électriques – représentant 10 % du parc automobile du pays – de privilégier la recharge nocturne ou via des panneaux photovoltaïques.

Une semaine de travail de quatre jours a été instaurée dans certaines provinces, et des négociations sont en cours avec la Russie et l’Inde pour la livraison de pétrole.

La Chine et la Thaïlande en pleine négociation

Seule la Thaïlande respire un peu mieux depuis le 28 mars, malgré l’arrêt des climatiseurs sous 40 °C. Selon l’AFP, le gouvernement a annoncé, lors d’un point de presse dirigé par le Premier ministre Anutin Charnvirakul, qu’un accord avait été conclu avec l’Iran pour permettre le passage de ses navires pétroliers dans le détroit. Un soulagement pour les habitants confrontés à l’augmentation des prix du carburant, contraints de limiter leurs déplacements.

Enfin, la Chine, également largement touchée, semble avoir ouvert des négociations. Lors d’un point de presse le 31 mars, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a confirmé que trois navires chinois avaient été autorisés à traverser le détroit d’Ormuz ces derniers jours. Le blocage privait notamment la Chine d’une part importante de ses approvisionnements : près de 5,5 millions de barils par jour, selon l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) le 1er avril.