Guerre en Iran : TotalEnergies aurait déjà gagné plus d’un milliard de dollars.
TotalEnergies a acquis courant mars 77 cargos de brut produit aux Emirats arabes unis et à Oman, presque la totalité des 82 cargaisons livrables en mai. Selon le Financial Times, cette stratégie aurait permis à TotalEnergies de réaliser plus d’un milliard de dollars de gains, un chiffre jugé crédible par des experts.
Une stratégie lucrative. En mars, le géant pétrolier TotalEnergies a réussi à acquérir la presque totalité des cargaisons de pétrole exportables du Moyen-Orient, sans passer par le détroit d’Ormuz. Cette opération exceptionnelle aurait généré des bénéfices substantiels. Selon le *Financial Times*, cette frénésie d’achats pourrait avoir valu plus d’un milliard de dollars en quelques semaines, un chiffre qui rejoint les estimations d’experts interrogés par l’AFP.
Contacté par l’AFP, TotalEnergies a déclaré ne pas confirmer ni démentir ces informations, mais a précisé qu’il devait « sécuriser ses approvisionnements pour elle-même comme pour ses clients », rappelant qu’approximativement 15 % de sa production mondiale d’hydrocarbures est actuellement « à l’arrêt » dans la région du Golfe.
Bénéfice d’un milliard de dollars
Avec 13,1 milliards de dollars de bénéfices en 2025, le groupe souligne que le trading « comporte aussi des pertes dans un contexte aussi volatil ». La guerre, déclenchée le 28 février par l’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, a provoqué la réaction de Téhéran, qui a bloqué le détroit d’Ormuz, passage stratégique où passe habituellement environ 20 % du brut mondial, entraînant une hausse des prix et une chute drastique de l’approvisionnement. C’est dans cette conjoncture que la filiale de TotalEnergies dédiée au négoce de pétrole a entrepris l’une des plus importantes opérations d’achat jamais réalisées par un acteur unique.
Selon des données publiques de S&P Global Energy, en mars, TotalEnergies a acquis 77 cargos de brut provenant des Émirats arabes unis et d’Oman, pratiquement l’ensemble des 82 cargaisons livrables en mai. Le *Financial Times* rapporte, d’après « une personne proche du groupe », que cette stratégie alliant achats physiques et titres papiers (virtuels, NDLR) aurait permis de réaliser plus d’un milliard de dollars de gains, un chiffre complexe à établir, mais jugé crédible.
Un chiffre « plausible »
En considérant qu’environ « 70 cargaisons de quelque 500.000 barils chacune » représentent « environ 35 millions de barils », un gain effectif de 30 à 40 dollars par baril sur l’ensemble des positions physiques et « papier » pourrait vite amener à la zone du milliard de dollars, a déclaré à l’AFP Stephen Innes, analyste chez SPI AM. Cette estimation est jugée « tout à fait plausible », et même « prudente », selon cet ancien trader.
« Impossible de l’affirmer, mais il est tout à fait possible qu’ils aient effectivement gagné autant, voire davantage », estime Adi Imsirovic, maître de conférences en systèmes énergétiques à l’université d’Oxford, contacté par l’AFP. « Beaucoup de pétrole multiplié par un prix très élevé, c’est très probablement la plus grosse position pétrolière de l’histoire », précise-t-il.
Que s’est-il passé ?
« Lorsque les flux passant par le détroit d’Ormuz ont été perturbés, une grande partie du brut livrable utilisé pour (la formation des) indices de référence de prix a, de fait, disparu du jour au lendemain », explique Stephen Innes. L’exclusion, dès le 2 mars, de certains bruts de cet indice a accru les appétits pour les pétroles encore exportables depuis des ports du golfe d’Oman, donc non soumis au détroit d’Ormuz, tels que les bruts « Murban » et « Oman », respectivement produits aux Émirats arabes unis et dans le sultanat.
TotalEnergies a alors « accumulé de manière très active » ces bruts, concentrant « l’offre entre les mains d’un acteur dominant », souligne Innes. Le résultat : moins de contrats disponibles, une flambée du prix du baril de « Dubaï », et finalement, une stratégie rentable pour TotalEnergies capable de valoriser ce pétrole au-dessus du prix d’achat.

