Guerre en Iran : Trump accuse à tort la France de son espace aérien
Mardi, Donald Trump a reproché à la France d’avoir « interdit le survol de son territoire aux avions chargés de matériel militaire à destination d’Israël ». Emmanuel Macron a déclaré mercredi que « la France, qui n’a pas été consultée et qui ne fait pas partie de cette offensive militaire lancée par les Etats-Unis et Israël, n’y prend pas part ».
L’espace aérien français devient un nouveau théâtre des opérations de désinformation de Donald Trump. Mardi, le républicain a accusé la France d’avoir « interdit le survol de son territoire aux avions chargés de matériel militaire à destination d’Israël ». Le président des États-Unis s’est montré irrité par le fait que le pays se soit montré « très peu coopératif face au « boucher de l’Iran » [le Guide suprême] », promettant de s’en « souvenir ». Cependant, l’Élysée a rapidement démenti cette affirmation.
En réalité, la France « n’a pas changé de position », a souligné l’Élysée, s’interrogeant sur cette nouvelle attaque sous forme de fake news, en provenance des États-Unis. La décision d’interdire son espace aérien à un allié constitue une question éminemment politique, prise au plus haut niveau de l’État.
« L’Espagne n’autorisera en aucun cas, n’a jamais autorisé et n’autorisera jamais l’utilisation des bases de Rota et de Morón pour mener une guerre à laquelle nous sommes totalement opposés, à laquelle nous ne croyons pas et que nous considérons comme profondément illégale et profondément injuste », avait déclaré la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles.
### Une autorisation vol par vol
En France, ces refus s’appliquent dorénavant au cas par cas. Chaque vol est examiné et doit obtenir une autorisation avant de traverser l’espace aérien français, que l’on appelle une « diplomatic overflight clearance ». Des avions de transport logistique américains reçoivent régulièrement l’autorisation de se poser dans les bases d’Istres (dans les Bouches-du-Rhône) et d’Avord (dans le Cher) depuis le début de la guerre en Iran. Ce ne sont pas des avions de combat, mais des appareils de soutien.
Interrogé en juillet 2025 sur le survol potentiel de l’espace aérien français par des bombardiers furtifs B2 américains, qui ont ensuite été utilisés pour frapper des installations nucléaires iraniennes, le ministère des Armées avait rappelé que les avions militaires des États-Unis disposaient de plusieurs autorisations diplomatiques annuelles. « Le jour du raid, des avions ravitailleurs américains ont été autorisés à survoler l’espace aérien français, selon un plan de vol connu et déclaré [mais] les bombardiers B-2 qui ont effectué les frappes dans le cadre de l’opération Midnight Hammer n’ont pas survolé l’espace aérien français. »
L’Espagne a quant à elle exclu tous les avions américains de son espace aérien depuis le 30 mars. À l’instar de la France, l’Italie n’a pas fermé l’ensemble de son espace aérien aux aéronefs américains malgré la guerre et son illégalité au regard du droit international. Toutefois, elle a refusé l’atterrissage de certains avions américains sur la base de Sigonella en Sicile, ceux-ci n’ayant pas transmis leur plan de vol à l’avance, selon *Le Monde*.
### La France, « pas partie » au conflit
Au-delà de la mensonge ou de la déformation de la réalité, se cache une vérité : les pays européens ne sont pas engagés dans la guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran. C’est ce qu’a réaffirmé Emmanuel Macron mercredi, depuis Tokyo. « C’est tout à fait vrai que la France, qui n’a pas été consultée et qui ne fait pas partie de cette offensive militaire lancée par les États-Unis et Israël, n’y prend pas part. Mais il n’y a rien de nouveau, c’est vrai depuis le premier jour, donc il ne faut pas s’en étonner. »
Si Donald Trump reproche aux alliés de l’OTAN de ne pas le soutenir comme il l’espérait sur le front iranien, Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), rappelle que « l’Iran ne fait pas partie de la zone couverte par l’Alliance atlantique, ça ne relève donc pas de la compétence de l’OTAN ». De plus, l’appartenance à l’Alliance atlantique ne confère pas automatiquement un droit de survol illimité. Chaque État reste souverain sur son espace aérien et peut décider de l’attribuer au cas par cas, voire d’interdire son espace aérien s’il le souhaite. Rien de nouveau donc sous les ailes des avions français, même si cela déplaît à Donald Trump.

