France

Des loyers impayés : le ministre du Logement remet en question la gestion.

En 2025, 30.500 expulsions de logements ont été réalisées avec le concours de la force publique, ce qui représente une augmentation de 27 % par rapport à 2024. Une enquête de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (l’Anil), publiée en 2022, indique que les impayés sont majoritairement liés à des ressources des ménages structurellement faibles.


Le constat des commissaires de justice, anciennement appelés huissiers de justice, est sans équivoque : 30 500 expulsions de logements ont eu lieu en 2025 avec le soutien de la force publique, représentant une hausse de 27 % par rapport à 2024.

Comment ces ménages en sont-ils arrivés à ne plus régler leur loyer ? Dans une interview accordée à nos confrères d’AEF Info à l’approche de la fin de la trêve hivernale mardi soir, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a suggéré qu’une mauvaise gestion des priorités budgétaires pourrait être en cause : « Nous sommes dans un pays très généreux pour les locataires, avec une trêve hivernale considérable », a-t-il déclaré. « En tant que maire, j’ai pu constater qu’il existe des ‘professionnels de l’impayé’, qui cessent de payer leur loyer juste avant la trêve hivernale, puis reprennent juste après pour bloquer la procédure. Certaines familles ont tous les abonnements à Netflix et Amazon Prime alors qu’elles ont des impayés de loyer. »

« Des témoignages » multiples reçus par le ministre

Sur quelle base Vincent Jeanbrun, qui met en avant son expérience de maire à L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) de 2014 à 2024, a-t-il formulé ce constat ?

Son entourage a déclaré à 20 Minutes : « Lorsque Vincent Jeanbrun était maire, et encore plus depuis qu’il est ministre, il a reçu de nombreux témoignages, de petits bailleurs privés comme de grands gestionnaires, qui l’ont alerté sur ces professionnels de l’impayé qui exploitent les failles du système. Il suffit de lire la presse ou de demander aux bailleurs pour s’en rendre compte. » Son entourage met également en avant des données des commissaires de justice, qui montrent une augmentation des assignations émises à des locataires en difficulté.

FAKE OFF

Ces locataires se trouvent-ils en situation d’impayés en raison d’une mauvaise gestion ? Peu d’études ont été menées à ce propos. Cependant, une étude de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (l’Anil), chargée d’accompagner locataires et propriétaires, ne soutient pas cette interprétation. « Les entretiens réalisés témoignent d’une très faible minorité d’impayés liés à des problématiques de gestion », expliquent ces chercheurs dans une enquête publiée en 2022. L’Anil opère sur presque tout le territoire métropolitain, avec 79 agences départementales, où le grand public peut poser des questions liées au logement. Pour cette enquête, les auteurs se sont appuyés sur les données recueillies lors de ces rendez-vous dans les agences.

Si les problématiques de gestion ne constituent qu’une « très faible minorité » des impayés, quelles en sont alors les causes selon l’Anil ? « Dans une très large majorité de situations », ces impayés sont « liés à des ressources des ménages structurellement faibles ». Par conséquent, les ménages se trouvent plus exposés aux imprévus, tels qu’une dépense de santé ou la réparation d’un véhicule, indique l’Anil. Un changement dans la situation personnelle, « ayant un impact sur la composition des ressources du ménage », comme une séparation, une perte d’emploi ou le passage d’un enfant à l’âge adulte, peut également entraîner des difficultés financières.

Des imprévus précipitent les impayés

Une étude de la Fondation pour le logement (anciennement Fondation Abbé Pierre) corrobore ces conclusions. Elle a interrogé les 1 295 ménages qui ont contacté en 2024 son numéro vert d’information concernant les impayés. La perte ou le changement d’emploi, ainsi que la santé, sont les deux raisons les plus souvent citées (par 35 % des ménages) comme causes des impayés. Ensuite viennent une évolution de la situation familiale (21 %), un conflit avec le bailleur (13 %), le surendettement (13 %). En outre, une charge ponctuelle imprévue (4 %) et une augmentation du loyer ou des charges (2 %) sont aussi mentionnées. La Fondation souligne que plusieurs facteurs peuvent se combiner pour mener à une situation d’impayés.

Marie Rothhahn, responsable de la lutte contre la privation des droits sociaux auprès de la Fondation, a confirmé dans une interview à 20 Minutes que « dans la plupart des cas [des personnes expulsées], c’est une séparation, une perte d’emploi ou un problème de santé qui vont conduire à un surendettement progressif, dans un contexte d’augmentation des loyers et des charges. Beaucoup ont d’abord recours à des crédits à la consommation, mais à un moment, cela ne fonctionne plus. »

L’exemple du Canada

Le ministre du Logement a fait de la lutte contre les squats et les situations d’impayés une priorité. Lors de son entretien avec AEF, il a expliqué vouloir « sécuriser l’investisseur » et a pris pour exemple le Canada, un pays qui, selon lui, « a réussi à faire du ‘gagnant-gagnant’ [pour les propriétaires et locataires] en fluidifiant l’entrée, en réduisant les cautions et les garants, et en expulsant plus rapidement en cas d’impayé. »

Il a également initié une mission pour travailler sur ces problèmes d’impayés. Le responsable de cette mission a depuis quitté ses fonctions, et un remplaçant n’a pas encore été nommé.