Belgique

Pourquoi le prix de l’électricité ne reste-t-il pas lié à celui du gaz ?

Le marché de l’électricité en Europe est organisé sur base d’un mécanisme appelé « merit order », qui fait appel aux différentes centrales de production selon un ordre de prix. En 2022, au plus fort de la flambée des prix, les 27 États membres se sont mis d’accord sur un plafonnement des prix du gaz lorsqu’ils dépassaient 180€/MWh, mécanisme qui prendra fin en décembre 2025.


En cette période de hausse des prix de l’énergie, Jacque Feron, d’Uccle, soulève une question importante : « Le prix de l’électricité sur le marché de gros européen est toujours lié au prix du gaz. Les autorités européennes vont-elles revoir cette règle ? »

Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, des efforts ont été fournis pour aborder cette problématique. À l’époque, le prix du gaz avait explosé, entraînant une hausse dramatique des prix de l’électricité, atteignant jusqu’à 600 euros le mégawattheure. Cependant, réformer le marché de l’électricité s’avère compliqué, s’apparentant à une véritable « usine à gaz ».

**Comment fonctionne le marché de l’électricité ?**

Le marché de l’électricité repose sur un mécanisme européen connu sous le nom de « merit order ». Ce système permet de répondre à la demande d’électricité en activant les centrales de production par ordre de coût.

En résumé, on commence par mobiliser les sources d’énergie les moins coûteuses, comme les renouvelables (éolien, solaire, etc.). Si cela ne suffit pas, on fait appel aux centrales nucléaires, et enfin aux centrales plus coûteuses et polluantes, qui utilisent des énergies fossiles comme le charbon et le gaz naturel.

**Quel lien entre les prix du gaz et de l’électricité ?**

L’Europe a décidé de fixer le prix du kWh d’électricité selon la dernière centrale sollicitée pour répondre à la demande du réseau, qui est souvent une centrale à gaz. Ainsi, si une centrale au gaz produit 10 % de l’électricité du réseau interconnecté, le coût de production de cette centrale est appliqué à 100 % de l’électricité générée.

**Le consommateur y perd**

Ce mécanisme n’est pas toujours favorable pour les consommateurs européens. Souvent, ces derniers paient plus cher une électricité qui a pourtant été produite à bas coût grâce aux énergies gratuites comme le vent, le soleil ou l’eau. De plus, la plupart des centrales nucléaires sont amorties depuis longtemps. En revanche, le gaz est une matière première dont le prix fluctue en fonction des situations géopolitiques mondiales et de la loi de l’offre et la demande, comme le montre la situation actuelle au Moyen-Orient.

**Les centrales au gaz souvent sollicitées en dernier ?**

Malgré tout, en raison de leur flexibilité, les centrales au gaz sont fréquemment mobilisées en dernier pour compenser les intermittences des énergies renouvelables, notamment lors de pics de demande. Par exemple, une centrale à gaz est beaucoup plus réactive et adaptable qu’une centrale nucléaire. En Europe, bien que les centrales à gaz représentent environ 16 % de la production électrique, elles déterminent le prix de l’électricité dans 30 à 50 % des cas.

**Découpler les prix ?**

Si le « merit order » est utile pour garantir l’approvisionnement du réseau électrique européen, pourquoi ne pas envisager de découpler les prix ? D’une part, ce mécanisme permet aux producteurs de réaliser d’importants bénéfices en vendant leur électricité souvent à un prix supérieur à leur coût de production. De plus, en privilégiant d’abord les énergies renouvelables – moins chères et polluantes – l’Europe cherche à promouvoir une électricité verte.

Cependant, en 2022, face à la flambée des prix, les 27 pays de l’Union ont convenu d’un plafonnement des prix du gaz lorsque ceux-ci dépassaient 180 €/MWh, mais cette mesure d’urgence a été décriée par certains comme une incitation à utiliser des énergies fossiles pour la production électrique.

Consciente des conséquences néfastes pour les consommateurs européens lorsque le gaz détermine le prix de l’électricité, l’Europe continue d’explorer des solutions pour atténuer les effets de ce couplage, tout en évitant une remise en cause radicale du système. Parmi les pistes étudiées, on envisage d’encourager les fournisseurs à privilégier des contrats à long terme plutôt que des achats sur le marché à court terme.

Cet article a été rédigé en réponse à une question posée directement à la rédaction de la RTBF. Vous aussi, faites entendre votre curiosité et posez-nous vos questions via le formulaire ci-dessous. Votre sujet pourrait inspirer notre prochain article « Questions-Réponses ».