Royaume-Uni : Remplacer Churchill par un blaireau sur les billets ?
Le Royaume-Uni va progressivement remplacer les visages de figures historiques sur les billets de banque par des dessins de la faune et la flore locale. Selon une enquête de la Banque d’Angleterre, 60 % des 44.000 répondants préfèrent la nature aux figures historiques.
« Winston Churchill a contribué à vaincre le fascisme en Europe. Il mérite mieux que d’être remplacé par un blaireau ! », a déclaré Ed Davey, le chef des Libéraux-démocrates au Royaume-Uni. L’expression « blaireau » fait référence à un animal et non pas à une insulte. Le Royaume-Uni se prépare à voir les visages de figures historiques disparaître des billets de banque britanniques au profit de représentations de la faune et de la flore locales.
Avec Winston Churchill, d’autres personnalités comme le peintre William Turner, le mathématicien Alan Turing et la romancière Jane Austen risquent également d’être remplacées. La Banque d’Angleterre a décidé de modifier les billets de 10, 20 et 50 livres principalement pour lutter contre la contrefaçon et a lancé une consultation l’été dernier. Les résultats montrent que les participants ont opté pour des animaux comme les blaireaux et les hérissons, au détriment des figures historiques. Cela a suscité des réactions vives de la part de nombreux élus et personnalités.
### Conférer de la « gravité » à des « bouts de papiers »
« Quels que soient les animaux qui finiront par être retenus, c’en est fini de Winston Churchill, Jane Austen, J.M.W. Turner et Alan Turing – et de la fière tradition qui consiste à rendre hommage à nos plus grands Britanniques. Quelle parodie ! », s’est indigné Matthew Lynn dans les colonnes du *Spectator*. Le journaliste accuse la Banque d’Angleterre de « faire de son mieux pour tuer la monnaie papier le plus vite possible ». Selon lui, « pour rendre les billets un peu plus crédibles, les banques centrales ont pour coutume de faire appel à de grandes et sérieuses figures historiques, qui confèrent l’indispensable impression de gravité, de continuité et de permanence à ce qui, sans cela, risquerait de ne ressembler qu’à de simples bouts de papier chamarrés ».
Pour le député d’extrême droite Nigel Farage, la Banque d’Angleterre est devenue « folle et siphonnée » avec cette idée « woke ». Ed Davey a aussi jugé que c’était le « pire moment », alors qu’une « guerre fait rage en Europe, nous devrions célébrer la résistance de la Grande-Bretagne face aux nazis. » La cheffe de l’opposition officielle, Kemi Badenoch, leader du Parti conservateur, a regretté que cette « idée idiote » équivaille à « effacer notre histoire ». « Je suis une grande admiratrice de Winston Churchill. Je pense qu’il est largement considéré comme le plus grand Premier ministre que ce pays ait connu en temps de guerre », a-t-elle ajouté.
### Où sont les écureuils pro-esclavages ?
Alors que l’opposition politique s’exprime, la nature a séduit 60 % des 44 000 répondants à l’enquête de la Banque d’Angleterre. Cela arrive juste après les monuments et l’architecture (56 %) et bien devant les figures historiques (38 %). Comme le souligne *The Economist*, les animaux engendrent moins de controverses. « Les blaireaux ne peuvent pas être fustigés pour leurs convictions sur l’existence d’une hiérarchie entre les races, à l’inverse de Winston Churchill […] Aucun écureuil ne peut être associé à l’esclavage. On ne peut pas en dire autant de Jane Austen », fait remarquer le journal.
En outre, la Banque d’Angleterre évite ainsi les polémiques liées à la représentation. En 2013, elle avait été critiquée pour l’absence de femmes sur les billets, hormis la Reine Elisabeth II. De plus, aucune personnalité noire ou issue d’une minorité ethnique n’a jamais eu son propre billet.
Il reste à déterminer quels nouveaux visages animaux apparaîtront sur les livres anglais, aux côtés du maquereau, de la loutre, de l’écureuil et du balbuzard pêcheur déjà émis par la Banque d’Ecosse. Que ce soit des goélands voleurs de sandwichs au bord de la Manche, des renards chapardeurs de poubelles à Londres ou des hérissons chéris par les Britanniques, la sélection des animaux sera décidée par un jury. Les Anglais seront ensuite consultés et, d’ici quelques années, Churchill sera définitivement relegué aux livres d’histoire.

