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Guerre au Moyen-Orient : Des usines attaquées, risque d’une guerre de l’eau ?

Lundi, une usine de dessalement et d’électricité a été visée par des frappes au Koweït, entraînant la mort d’un travailleur indien et des dégâts importants. Selon une note de l’Institut français des relations internationales, 90 % de l’eau potable au Koweït provient des usines de dessalement.


L’attaque a entraîné la mort d’un travailleur indien et causé des dommages considérables. Lundi, une usine de dessalement et de production d’électricité a été frappée au Koweït. Les pays du Golfe ont immédiatement mis en accusation l’Iran, qui a démenti toute implication, se déchargeant sur Israël. Ce n’est pas un incident isolé, car depuis le début du conflit au Moyen-Orient, ces infrastructures énergétiques sont souvent ciblées par des bombardements. Après avoir subi de lourdes frappes israélo-américaines, l’Iran a, depuis plus d’un mois, répondu en s’attaquant à des usines de dessalement d’eau de mer dans la région, suscitant des craintes d’une guerre de l’eau.

« Ce n’est pas une nouveauté, en temps de conflit, de s’en prendre aux infrastructures liées à l’eau », explique Esther Crauser-Delbourg. Économiste de l’eau et fondatrice du cabinet de conseil Water Wiser, elle cite en exemple la destruction du barrage de Kakhovka en Ukraine par les forces russes en juin 2023, ainsi que les coupures d’eau répétées par Israël dans la bande de Gaza. « En visant intentionnellement des usines de désalinisation, on s’attaque vraiment au cœur du système, car ces installations sont vitales pour l’approvisionnement en eau potable de ces pays », précise-t-elle.

Dans une région parmi les plus arides au monde, ces installations, qui convertissent l’eau de mer en eau douce, représentent un enjeu de sécurité nationale pour les pays du Golfe, qui en possèdent plusieurs centaines le long de leurs côtes. Aux Émirats arabes unis, 42 % de l’eau potable provient de ces usines, contre 90 % au Koweït, 86 % à Oman, et 70 % en Arabie saoudite, selon une note de l’Institut français des relations internationales. « Sans eau désalinisée, ils n’ont plus rien là-bas », souligne Esther Crauser-Delbourg. Cela affecte directement les populations, l’économie, l’industrie et l’agriculture de ces pays, menaçant ainsi la prospérité de la région. Attaquer une usine de dessalement et donc les réserves d’eau potable représente une « arme stratégique », selon l’experte. « C’est un peu la menace ultime, affirme-t-elle. Car cibler les hydrocarbures entraînerait une crise mondiale et le chaos. Mais attaquer l’eau pourrait potentiellement causer une crise humanitaire avec des déplacements massifs de populations. »

Donald Trump ne semble pas assorti de ces préoccupations, étant bien conscient de la portée militaire que revêt l’eau. Alors que les négociations avec Téhéran stagnent, le président américain a menacé lundi « d’anéantir » des sites stratégiques iraniens. Il a mentionné comme cibles l’île de Kharg, un site pétrolier essentiel pour Téhéran, mais aussi les centrales électriques, les puits de pétrole et « peut-être toutes les usines de dessalement » du pays, comme il l’a écrit sur son réseau Truth Social.

Cela laisse présager des conséquences inquiétantes, car s’attaquer à l’eau pourrait engendrer une guerre « bien plus terrible que celle que nous avons aujourd’hui », met en garde Esther Crauser-Delbourg.