Pascal Boniface dénonce l’offre de Trump sur la FIFA avec Infantino.
Cette année, la Coupe du monde de football sera « la Coupe du monde de Trump », avec des pressions exercées par les États-Unis sur les fédérations nationales. Amnesty International évoque des « graves risques » pour les supporters et la population, en lien avec une crise des droits humains et des politiques d’immigration discriminatoires aux États-Unis.
L’événement sera toujours appelé « la fête du football », mais cette année, il s’agira surtout « de la Coupe du monde de Trump », selon le géopolitologue Pascal Boniface. Il souligne que les États-Unis ont obtenu la co-organisation de ce mondial en exerçant des pressions sur les fédérations nationales, en menaçant de sanctions les pays qui n’appuieraient pas leur candidature.
Depuis l’annonce officielle, « Donald Trump veut tout contrôler, ce qui constitue une intrusion du pouvoir politique, face à une FIFA volontairement impuissante ». Le chercheur cite en exemple l’attitude servile de Gianni Infantino, président de la Fédération internationale du football, qui a remis à Donald Trump un prix de la paix créé pour l’occasion. Pour Pascal Boniface, « Trump a fait une OPA sur la FIFA, avec l’assentiment servile d’Infantino ».
Cette mainmise de la Maison Blanche sur l’événement entraîne déjà des conséquences concrètes, selon le directeur de l’IRIS : « Il a déjà déclaré qu’il n’accueillerait pas les supporters haïtiens et que ceux venant d’Afrique devront déposer une caution de 15 000 dollars pour obtenir un visa éventuellement ».
À cela s’ajoutent des billets à des prix exorbitants et l’introduction de « pauses fraîcheur » de trois minutes à chaque mi-temps, fractionnant les matchs en quatre périodes d’une vingtaine de minutes. « C’est en fait une pause publicité », estime Pascal Boniface, ajoutant que « la FIFA a cédé aux demandes des publicitaires américains, ce qui va totalement couper le rythme ».
Amnesty International exprime de vives inquiétudes concernant de « graves risques » pour les supporters et la population, dans un pays « théâtre d’une crise des droits humains ». L’ONG souligne qu’une politique d’immigration discriminatoire, des détentions massives et des arrestations arbitraires par la police de l’immigration ICE sont en cause. « Il y a une crainte réelle, notamment parmi les populations latinos aux États-Unis qui ne vont déjà plus voir de matchs. Elles craignent qu’en allant soutenir leur pays d’origine à la Coupe du monde, la police soit devant le stade pour les arrêter et les expulser. Cela s’est déjà produit et la Coupe du monde pourrait être une opportunité pour Donald Trump d’accélérer cela », analyse le directeur de l’IRIS.
Quant à un éventuel boycott de la Coupe du monde de football, bien que l’idée commence à émerger, « il n’y aura pas de boycott contre Trump », prévoit Pascal Boniface. « La période des boycotts, dans les années 1980, n’existe plus. Aujourd’hui, tout le monde veut participer au Mondial, et tout le monde sera devant sa télévision ».
Le chercheur s’attend également à beaucoup voir le président américain lors de cet événement : « Il n’est pas fan de sport, encore moins de sports européens comme le football, mais il va tout faire pour être au centre des caméras de cette exposition mondiale, comme lors de la Coupe du monde des clubs, où il était au centre de tout ».
Les deux autres pays organisateurs, le Canada et le Mexique, n’ont pas reçu de réponse favorable de la FIFA à leurs demandes. « Elle a imposé des règles très sévères au Canada pour les treize matchs qu’ils vont accueillir », compare le chercheur.
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