Concert « Jazz et musiques improvisées » de la Fondation Hasdrubal : Croiser les regards pour construire ensemble
Le concert de « Jazz et musiques improvisées » a eu lieu au Théâtre des Régions à la Cité de la culture de Tunis le 28 mars. La résidence artistique, encadrée par Laurent Jost, a débuté le 22 mars et a été suivie par une semaine de partage entre 22 musiciennes et musiciens tunisiens et 11 membres du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
La Presse — Le Théâtre des Régions à la Cité de la culture de Tunis a accueilli, le 28 mars, un concert inédit de « Jazz et musiques improvisées ». Cet événement musical exceptionnel a été orchestré par la Fondation Hasdrubal en collaboration avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (Cnsmdp), le Théâtre de l’Opéra de Tunis et la Télévision Nationale Tunisienne, avec le soutien de l’Institut français de Tunisie (IFT) et de l’ambassade de France.
Une résidence artistique en amont
Le concert a été précédé d’une résidence artistique dirigée par Laurent Jost, directeur musical de la Fondation Hasdrubal. Il a qualifié cette expérience d’« intense, exigeante et profondément humaine » et a débuté le 22 mars, marquant une nouvelle étape dans le développement de leurs collaborations artistiques et pédagogiques avec des institutions musicales européennes renommées.
La fondation organise régulièrement des rencontres musicales axées sur le brassage culturel, l’exploration et la création collective. Pour ce concert, le violoniste Zied Zouari a réuni 22 musiciennes et musiciens tunisiens. Stéphane Payen, directeur du département Jazz et musiques improvisées du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, a également impliqué 11 membres de son institution.
Pendant une semaine, les artistes ont partagé leurs savoirs, expériences et sensibilités à travers une large gamme d’esthétiques, styles et spécialités vocales et instrumentales. Le concert de fin de résidence est le fruit d’« une expérience unique faite d’écoute, de partage culturel et émotionnel », a précisé Laurent Jost. Il a aussi souligné dans son discours d’accueil que « ce n’est pas seulement un programme mais une œuvre vivante née de l’instant, de l’improvisation et de la confiance mutuelle ».
Toujours selon Laurent Jost, « dans un monde en quête de repères, la musique reste un lieu de paix, un espace où les différences s’accordent dans une harmonie partagée ». Ce projet artistique vise à être un espace de rencontre, un langage commun permettant de « faire dialoguer les cultures, de croiser les regards et de construire ensemble de nouveaux horizons ». Laurent Jost a conclu en dédiant ce concert à la mémoire de M. Mohamed Laamouri, l’un des initiateurs de la Fondation Hasdrubal, décédé récemment.

Un programme entre continuité et innovation
Le public était nombreux pour cet événement. La Fondation a également permis l’accès gratuit aux étudiants, comme pour tous ses événements. La soirée a débuté avec une reprise de « Les moulins de mon cœur », célèbre titre de Michel Legrand datant de 1954.
Dans un esprit interculturel, la chanson a réuni les belles voix de Yasmine Ben Braham et Romane Leuleu, proposant une interprétation mêlant l’original et celle de Hiba Tawaji, parue il y a quelques années en arabe. Pour ce début en douceur, seules les notes du piano accompagnaient le chant. Le programme s’est ensuite intensifié. Le deuxième titre a été une célèbre chanson de la hadhra tunisienne « Mak Chaykh elkamel ».
Farah Zribi a rejoint la scène pour interpréter ce morceau aux côtés de ses deux partenaires vocales. Ce titre a été adapté pour intégrer des instruments et des notes de jazz. La transition entre les répertoires a été si fluide que les sonorités ont fusionné en toute harmonie. Les bois et cuivres emblématiques du jazz ont ainsi servi la musique traditionnelle tunisienne, le public étant ravi de voir les artistes français interpréter un air de hadhra avec tant d’enthousiasme.
Il en a été de même pour une chanson de malouf andalou, très connue « Belladhi askara men aadhbi ellama », ainsi que pour le fameux tube de Nabiha Karaouli « Choftek marra metaddia ». Le qanoun et le oud ont partagé la scène avec des instruments occidentaux, créant une fusion originale et belle. L’ensemble musical a également interprété un classique du jazz, « All of me » de Belle Baker, datant de 1931, plus connu avec la voix de Billie Holiday.
Pour ce morceau, comme pour les autres, les improvisations des artistes et les dialogues instrumentaux spontanés ont enchanté le public. Cette liberté, qui caractérise le décloisonnement des pratiques artistiques, est l’essence même du jazz. Elle ne s’oppose pas à l’exigence de qualité, mais l’enrichit en mettant en avant ses plus belles expressions.
Le rythme a crescendo jusqu’à devenir dansant à la fin. L’énergie et l’enthousiasme de l’ensemble des musiciens, du chef d’orchestre Antonin Puyo et de Stéphane Payen lui-même ont captivé le public, l’invitant à chanter et applaudir en accompagnement des mélodies, méritant les chaleureux applaudissements qui ont suivi chaque morceau.

Le Trio Junior, coup de cœur du concert
Plusieurs générations de musiciens se sont produites sur scène lors de cette soirée mêlant traditions musicales et approches contemporaines. Le Trio Junior a particulièrement fasciné le public. Ce groupe comprend Gahlia Ben Halima au oud, qui multiplie les collaborations de haut niveau, Aouss Ben Halima au qanoun, maîtrisant son instrument avec brio, et Mehdi Dhen au piano, qui, bien qu’il n’ait que 12 ans, affiche déjà un charisme et une virtuosité impressionnants.
Ces jeunes artistes ont fait leur entrée ensemble pour un morceau instrumental mettant en avant leur talent, avant de s’intégrer harmonieusement dans le groupe, en parfaite symbiose avec les musiciens plus expérimentés.
Cette performance leur permettra sans doute de se faire connaître davantage auprès du public et des professionnels, et leur ouvrira des portes pour de futures propositions artistiques. Conçu comme un espace de liberté et de découverte, ce spectacle dédié au jazz et aux musiques improvisées a permis de découvrir des univers singuliers.
Les musiciens, engagés dans une recherche et une innovation musicale, ont fait émerger un répertoire original témoignant de la richesse de cette collaboration. Le résultat a conquis le public, qui est parti émerveillé. La télévision nationale a filmé le concert, qui sera prochainement diffusé.
