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Bérengère Krief dédramatise la sexualité lors d’une « très libre antenne »

L’émission spéciale de France Inter, intitulée « très libre antenne », sera diffusée ce lundi de 20 heures à 22 heures, animée par Bérengère Krief, la sexothérapeute Laure Roussel et l’humoriste Jessé. Le programme a pour but de permettre aux auditeurs de poser des questions sur la sexualité et de recevoir des conseils sur un ton joyeux et bienveillant.

Sexe, humour et bienveillance. C’est ce que les auditeurs de France Inter découvriront avec la « très libre antenne », une émission spéciale diffusée ce lundi, de 20 heures à 22 heures, « pour parler d’amour sans tabou » ni détour, mais avec le sourire. Bérengère Krief, qui connaît un grand succès avec son one-woman-show « Sexe », nommé aux Molières, animera le programme, entourée de la sexothérapeute Laure Roussel et du chroniqueur et humoriste Jessé. Elle revient pour 20 Minutes sur le concept de l’émission et les coulisses de son spectacle.

Pourquoi avoir accepté de présenter cette émission ?

J’aime aider mes amis. Je dis toujours que je n’ai plus d’amis, mais des patients tant je les conseille. Si je rencontre quelqu’un en pleine rupture lors d’un dîner, je vais réfléchir à son cas pendant des jours et vouloir l’aider, la conseiller… Mais je ne peux pas faire ça tout le temps, ni m’imposer en coach à tout le monde (rires). Ce qui est génial avec cette émission, c’est que nous serons chez les gens. Ils pourront nous appeler, nous poser des questions, et nous, nous les conseillerons. J’adorais aussi la libre antenne quand j’étais adolescente. J’aimais écouter les histoires des autres, qui résonnent souvent avec nos propres expériences. Il y avait cet aspect transgressif, et on pouvait aussi obtenir des informations qui n’étaient pas disponibles ailleurs.

Comment va se dérouler l’émission ?

Je ne serai pas seule. Je serai accompagnée d’une sexothérapeute et de mon ami, l’humoriste Jessé. L’intérêt réside dans la possibilité de mélanger conseils amicaux, que je pourrai donner grâce à mon expérience personnelle, et l’expertise d’une spécialiste. Nous avons deux heures de direct, donc nous allons essayer de prendre un maximum d’appels et répondre aux questions des auditeurs. L’objectif est de passer une soirée joyeuse tout en permettant aux auditeurs d’en apprendre un peu plus sur eux-mêmes ou sur les autres. C’est mon souhait, en tout cas.

La radio est un nouveau défi. Comment l’appréhendez-vous ?

J’avais un peu d’appréhension au début, mais après avoir fait pas mal d’essais en studio, ça va beaucoup mieux. J’adore le live, j’en ai besoin dans mon travail, et j’aime cette sensation de saut dans le vide. J’apprécie d’apprendre de nouvelles choses. Dans Amour, je faisais du cerceau aérien. Dans Sexe, je surmontais ma peur de parler de sexualité devant tout le monde, y compris ma famille. Là, c’est un exercice de radio, donc je ne suis pas effrayée. Comme pour tout défi, je ressens surtout de l’excitation.

Dans les années 1990, les adolescents écoutaient souvent ces émissions en cachette. Que préconisez-vous aujourd’hui, seul ou avec les parents pour ouvrir la discussion ?

Ce n’est plus la même époque… Des parents viennent voir Sexe avec leur adolescent. C’est génial, et cela montre une plus grande ouverture d’esprit. En fin de compte, chacun fait comme il le souhaite. Si l’on ne se sent pas à l’aise d’écouter l’émission avec ses parents parce que c’est gênant, on peut l’écouter sous la couverture. Et si l’on est dans une famille où le programme favorise un débat sain, c’est super aussi. À l’époque, c’était vraiment transgressif, nous ne voulions pas que nos parents entendent, mais les choses ont certainement évolué.

Après Amour, Sexe et maintenant cette « très libre antenne ». Pourquoi cette envie, ou ce besoin, de lever les tabous autour de la sexualité ?

J’ai eu la chance de grandir dans un environnement où je pouvais parler de ma vie amoureuse. Mes amies venaient chez moi, et ma mère écoutait leurs histoires d’amour. C’était super. Nous avions cet espace pour discuter de nos émotions. Ma mère m’a dit un jour cette phrase : « Le sexe c’est comme le Paic Citron, une seule goutte suffit ». Cela m’a permis d’être à l’aise avec le sujet (rires), mais il y avait aussi un aspect préventif concernant la sexualité, qui est nécessaire, mais pas toujours axé sur le plaisir. Qu’est-ce qu’on peut vivre avec ce corps de femme ? Comment aborder la sexualité ? Comment en faire l’objet de notre réflexion ? J’ai dû chercher ces informations dans des livres.

Nous avons construit notre sexualité en silence, expérimentant sans nommer les choses. Le résultat est que nous nous demandons souvent si ce que nous vivons est normal, nous n’osons pas en parler, et cela peut mener à la solitude. Plus que les tabous, c’est cette solitude que je souhaitais briser. En fin de compte, j’ai sans doute créé le spectacle que j’aurais voulu voir. Avec Sexe, et j’espère aussi avec la libre antenne, l’idée est de créer un espace où nous pouvons exprimer librement nos pensées.

Le sexe est omniprésent dans la société mais reste tabou. L’humour est-il la clé pour libérer la parole ?

L’humour est un moyen de dédramatiser la sexualité. Je le constate tant dans Sexe que dans mes interactions avec mes amis. Lorsque je leur donne des conseils, j’essaie de trouver une métaphore amusante, cela permet de réaliser que la situation est moins dramatique qu’elle n’y paraît. L’idée est d’être plus à l’aise avec des sujets qui peuvent nous gêner. En général, l’humour est un excellent moyen de faire passer des idées. Je ne cherche pas spécialement à ce qu’on me dise que je suis drôle, mais plutôt qu’on ait passé un bon moment. Il y a des créateurs de contenu, et j’aime penser que je suis une créatrice de joie.

Il y a cette phrase de votre mère sur le Paic Citron… Ces phrases maladroites que les parents prononcent (forcément) un jour servent-elles tout de même à éduquer les enfants à la sexualité ?

Bien sûr, et les mentalités évoluent. À l’époque de nos grands-mères et arrière-grand-mères, parler de sexe était tabou. Une génération plus tard, il y avait ce que j’appelle la sexualité de prévention. On abordait la sexualité sous l’angle de la peur de tomber enceinte ou d’attraper des maladies. On en parlait, mais il est difficile de s’épanouir dans une activité entourée d’« attention » plutôt que de « c’est génial ». C’était une éducation très prudente, pleine d’amour, mais ce n’était pas idéal et j’en ai souffert d’une certaine manière. Mon défi avec ce spectacle était de devenir la fille qui parle de sexe en disant « j’ai du désir » devant tout le monde, y compris ma famille. C’est ce que j’aurais aimé entendre, savoir qu’être une femme libre signifie avoir le droit d’éprouver du désir, mais aussi de ne pas en avoir. Nous progressons, mais il reste encore du chemin à parcourir.

Votre spectacle ne dure qu’une heure, mais il ouvre la discussion pour le reste de la soirée. C’était l’objectif recherché ?

J’aime savoir que les gens en parlent après. Récemment, au théâtre Edouard VII à Paris, j’ai eu une coupure de micro, et j’ai dû sortir en coulisses pour le changer. Le public a commencé à murmurer, ils avaient déjà envie de débattre, et j’ai trouvé cela génial. Cela signifie que le spectacle peut lever un voile et dédramatiser les choses. C’est ce que j’espère accomplir avec la « très libre antenne ».

Qu’est-ce que le spectacle vous apporte à vous ?

C’est le spectacle de ma quarantaine. J’ai rencontré mon mari juste avant de commencer. J’avais déjà le sujet et le titre, et c’est l’une des premières questions qu’il m’a posées lors de notre rencontre. Je lui ai répondu : « Mon prochain spectacle s’appellera Sexe et ça ne parlera pas de cul ». Je l’ai dit un peu avec bravade, et il a trouvé cela très intrigant. Cela nous a permis d’avoir une communication bienveillante et ouverte concernant la sexualité, sans être dans la séduction, et c’était magnifique. Sexe m’a beaucoup apporté en sérénité, en douceur, en apaisement et en liberté. J’avais peur d’être jugée, alors que cela n’a eu aucun impact sur le regard des gens, bien au contraire.