France

Attentat déjoué à Paris : menace terroriste « élevée » liée à la guerre en Iran

L’enquête sur la tentative d’attaque à la bombe visant la Bank of America à Paris samedi ne fait que débuter. Depuis le 9 mars et l’explosion d’une bombe artisanale devant la synagogue de Liège, les événements visant la communauté juive ou des intérêts américains se multiplient en Europe.


La situation en Iran a des impacts qui vont au-delà du domaine économique. Alors que l’enquête sur une tentative d’attentat à la bombe contre la Bank of America à Paris, survenue samedi, est encore à ses débuts, les soupçons pesant sur le groupe « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya » (Hayi) sont persistants. Des « similitudes » observées avec plusieurs attaques menées ailleurs en Europe depuis le début du conflit en Iran ont incité Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, à accroître la vigilance autour des sites fréquentés par la communauté juive ou liés aux États-Unis.

Quoi qu’il en soit, que cette affaire soit ou non liée à l’Iran, la menace est réelle et pourrait s’intensifier avec le temps. « La probabilité qu’un événement se produise est très élevée », indique Thomas Renard, directeur de l’International Center for Counter Terrorism (ICCT). Il souligne que cette menace terroriste liée à l’Iran n’est pas nouvelle, « mais elle est en train de monter en fréquence avec le risque supplémentaire qu’elle monte en intensité ».

Depuis le 9 mars, date de l’explosion d’une bombe artisanale devant la synagogue de Liège, les attaques contre la communauté juive ou des intérêts américains se multipliquent en Europe. Quatre ambulances de la communauté juive ont été incendiées près d’une synagogue à Londres. Une voiture a été détruite par le feu dans le quartier juif d’Anvers, en Belgique. Un engin explosif a également ciblé l’ambassade américaine en Norvège. Par ailleurs, quatre jeunes hommes ont été appréhendés après une explosion devant une synagogue à Rotterdam. Une autre explosion a eu lieu contre le mur extérieur d’une école juive à Amsterdam. Au total, le groupe Hayi a revendiqué sept attaques, comme l’indique Charles Lister du Middle East Institute.

### Dissuader sans tuer

Pour l’heure, ces actions ont été exécutées en dehors des murs, durant la nuit, et n’ont causé que des dégâts superficiels. « C’est un signal pour dire que personne n’est à l’abri, mais c’est une campagne avec un risque faible de victimes qui peut monter en intensité », analyse Thomas Renard. Cela semble être une stratégie pour dissuader les Européens de soutenir les Américains dans leur lutte contre la République islamique.

Les motivations politiques derrière ces actions restent cependant floues. « Ici, il n’est fait de référence à l’Iran nulle part », s’interroge Thomas Renard. Bien qu’un « faisceau d’indices » semble indiquer une implication iranienne, rien n’est clairement démontré. Laurence Bindner, cofondatrice du JOS Project et spécialiste de la radicalisation en ligne, ajoute que l’utilisation de groupes écran complique l’attribution des attaques.

### Une forme de guerre hybride

Si des enquêteurs parviennent à établir un lien avec l’Iran, cela démontrerait que le conflit s’étend sur un autre front via « l’activation ou la réactivation de cellules dormantes » liées à l’Iran, précise Laurence Bindner. Elle mentionne qu’il serait question de raviver la peur du terrorisme pour exercer une pression sur les gouvernements européens afin qu’ils incitent les États-Unis et Israël à mettre fin aux hostilités.

Cependant, ces actes attribués au nouveau groupe obscur Hayi seront difficiles à associer avec certitude à Téhéran. Cela fait partie de la guerre hybride que mène l’Iran, ou ses alliés russes. À Paris, Liège, Londres ou Anvers, « il n’existe pour l’instant aucune preuve d’un commandement centralisé en action, mais on constate une volonté claire de promouvoir une dynamique opérationnelle favorable à l’Iran », estime Charles Lister.

Dans le cadre de l’enquête sur l’attaque déjouée à Paris, le parquet national antiterrorisme (Pnat) a annoncé le placement en garde à vue de deux nouveaux suspects ce lundi, portant à cinq le nombre total de gardes à vue. Ces individus, des délinquants de droit commun, auraient été recrutés via Snapchat par des commanditaires pour une somme de 600 euros. Thomas Renard souligne que les Iraniens « savent très bien entretenir le flou » autour de leurs actions, empêchant ainsi d’établir un lien direct entre ces attaques et le régime iranien, ce qui contribue à alimenter ou raviver la peur du terrorisme en Europe.