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« L’Île de la Skibidi Tentafruit » : une téléréalité IA inédite.

« L’île de la Skibidi Tentafruit » a cumulé plus de 100 millions de vues sur TikTok en douze jours. La marque Oasis a publié des posts annonçant qu’une canette collector « Oasis X Skibidi Tentafruit » est à gagner sur leur compte TikTok.


Si les extraits de « L’Île de la tentation » inondent les réseaux sociaux depuis quelques années, Montoya étant devenu un même mondial l’année dernière, une toute autre version connaît une popularité croissante ces derniers jours.

Sur TikTok, une téléréalité originale fait sensation. Son titre : « L’île de la Skibidi Tentafruit » en France, et « Fruit Love Island » dans les pays anglo-saxons. Ce programme est entièrement généré par intelligence artificielle, où les participants sont des fruits avec des corps humains. On y retrouve des personnages colorés tels que « Fraisita », « Pomito » ou encore « Bananella », évoquant les fruits des publicités de la boisson Oasis, avec des intrigues amoureuses à l’image de « L’Île de la tentation ».

En s’inspirant des codes bien connus de la téléréalité, en particulier « L’Île de la tentation », quatre couples sont séparés sur deux îles, entourés de « tentateurs » et « tentatrices », avec pour objectif de tester leur fidélité. Sur le papier, le principe ressemble à l’émission originale.

« Comme tout le monde, je suis utilisatrice de TikTok, et ce contenu est apparu plusieurs fois dans mes « Pour toi ». Au début, je n’y prêtais pas vraiment attention, c’était pour moi une énième histoire générée par intelligence artificielle. Mais mon algorithme a commencé à me proposer des contenus autour de cette tendance, et j’ai fini par m’y intéresser. J’ai regardé les épisodes et je me suis dit : « c’est quand même très divertissant et très prenant », témoigne Clara Phelippeaux, journaliste spécialisée en influence et médias sociaux pour le média *Les gens d’Internet*.

Chaque épisode, diffusé sur TikTok, dure entre une et six minutes, avec un montage dynamique et un langage délibérément exagéré, émaillé d’expressions typiques de la Génération Z et de la Génération Alpha. Si ces vidéos rencontrent un tel succès, ce n’est pas seulement grâce à leur concept. Elles répondent à tous les critères de la viralité : couleurs vives, narration simple, et surtout, une forte incitation à commenter. Les internautes sont captivés par ces histoires… En seulement douze jours, « L’île de la Skibidi Tentafruit » a totalisé plus de 100 millions de vues sur TikTok. « C’est en voyant que les contenus avaient dépassé les 100 millions de vues que je me suis dit : là, on assiste vraiment à un phénomène », ajoute la journaliste, qui a étudié le sujet.

D’autres téléréalités trouvent également leur version multifruit sur la plateforme chinoise, avec des parodies telles que « Fruity Lanta » issue de Koh Lanta, « Les Maraîchers » en clin d’œil aux Marseillais, ou « Pascal le Grand Fruit » de Pascal le Grand Frère.

Cependant, le contenu soulève des questions. « J’ai entendu Pastequo dire que tu es une tana ! », « Vous avez vu les bouts de viande qu’on a en face de nous ? », « Les filles sont jalouses de moi parce que vous voulez tous me doro et pas elles »… Bien que le langage soit familier pour la plus jeune génération, les dialogues sont très sexualisés, rappelant davantage « Frenchy Shore » que « L’Île de la tentation ».

« On y retrouve également les mêmes archétypes ultra-sexistes, avec des jeunes hommes musclés et obsédés sexuels, et des jeunes filles qui se chamaillent et se trahissent », décrit le média *ADN*. Pour Clara, « ce sont des contenus qui véhiculent des stéréotypes et des clichés très marqués. En y jetant un œil plus attentif, on constate des comportements préoccupants concernant la représentation des personnages. C’est un peu la partie invisible de l’iceberg, celle qui ne se voit pas forcément au premier abord. »

Un autre point de tension est lié à la question des droits. Ces parodies sont directement inspirées d’émissions existantes, souvent sans autorisation claire. Pour l’heure, les ayants droit restent discrets, mais l’incertitude juridique autour de l’IA pourrait rapidement devenir un enjeu majeur. « On s’éloigne de l’inspiration, c’est presque un copiage de “L’Île de la tentation”. Il existe un réel problème de droits d’auteur, et certaines sociétés proches d’Hollywood ont déjà mis en garde ByteDance concernant la diffusion de contenus protégés, selon *Forbes* », souligne la journaliste.

Loin d’être un simple phénomène éphémère, « L’Île de la Skibidi Tentafruit » illustre une transformation profonde des contenus en ligne. Production générée par IA, formats ultra-courts, narration simplifiée : tout est conçu pour capter une attention de plus en plus fugace. Pour Clara Phelippeaux, « ces formats vont se multiplier, car ce sont des formats idéaux pour les codes de TikTok. C’est rapide, divertissant, avec des rebondissements constants. »

Ces téléréalités version IA s’inscrivent également dans l’essor des « micro-dramas », ces mini-séries destinées à être rapidement consommées sur smartphone. Ce format, déjà très populaire en Asie, est désormais en cours de développement ailleurs. Et il convient de rappeler que ce n’est pas la première fois qu’Internet est submergé par ce type de contenu de « brain rot » : Ballerina Cappuccina, Bombardiro Crocodilo ou Tung Tung Tung Sahur ont aussi connu leur moment de gloire sur TikTok. « Il existe des comptes dédiés à ce type de contenu « brain rot ». Même si ce n’est pas quelque chose que l’on consomme habituellement, on peut se laisser prendre. Une vidéo en entraîne une autre, et on finit par y retomber dans les « Pour toi » », raconte la journaliste.

Pour certains acteurs du marketing, c’est l’occasion de surfer sur la tendance : la marque Oasis a récemment publié des posts sur ses réseaux sociaux annonçant qu’une canette collector « Oasis X Skibidi Tentafruit » est à gagner sur leur compte TikTok. Pour participer, il suffit de commenter un post pour tenter de remporter cette édition limitée.