Tunisie

42e Salon de la Création Artisanale au Kram : L’artisanat tunisien ne s’expose pas, il se réinvente.

La 42e édition du Salon de l’innovation dans les industries traditionnelles a été inaugurée vendredi 27 mars 2026 par le ministre du Tourisme Sofiane Tekaya. Pendant dix jours, jusqu’au 5 avril, près d’un millier d’artisans venus de toutes les régions du pays y présentent leurs œuvres.

Le Salon national a gagné en diversité et en pluralité avec des espaces consacrés à des pays amis et voisins comme l’Algérie ou l’Égypte.

Des zones dédiées à la production d’artisans en situation de handicap ou économiquement vulnérables ont également attiré l’attention.

Cette édition met en avant la richesse inestimable d’un patrimoine local qui se réinvente constamment au fil des années…

La Presse — Dans les allées vivantes du Parc des expositions du Kram, les couleurs, les matières et les savoir-faire illustrent une Tunisie plurielle, fière de ses racines et résolument tournée vers l’avenir. La 42e édition du Salon de l’innovation dans les industries traditionnelles, lancée le vendredi 27 mars 2026 par le ministre du Tourisme Sofiane Tekaya, démontre une nouvelle fois que l’artisanat n’est pas un vestige du passé, mais un levier vivant de création et de développement.

Jusqu’au 5 avril, près d’un millier d’artisans originaires de toutes les régions du pays y présentent leurs œuvres. Poteries, broderies, tissages, objets décoratifs et produits revisités… chaque stand raconte une histoire, souvent familiale, enracinée dans un patrimoine qui ne cesse de se renouveler.

Une ouverture sur le monde… et sur les autres

Cette édition se caractérise par une ouverture à l’international et à l’inclusion. L’Égypte, invitée d’honneur, participe pour la première fois, tandis que 17 artisans algériens prennent part à l’événement dans le cadre de la coopération bilatérale. Leur présence enrichit les échanges et met en lumière les liens culturels entre les pays voisins. Cependant, la diversité ne s’arrête pas aux frontières.

Des espaces ont été créés pour mettre en valeur des artisans en situation de handicap ou issus de milieux économiquement vulnérables. Cette initiative a été saluée par les visiteurs, sensibles à cette volonté d’intégrer tous les talents.

Entre tradition et innovation

Le salon ne se limite pas à l’exposition : il questionne également l’avenir du secteur. Plusieurs espaces thématiques illustrent cette dynamique. L’« Espace Inspiration et Patrimoine » invite les visiteurs à découvrir l’élégance des vêtements masculins traditionnels, présentés comme de véritables pièces de musée. À proximité, les Olympiades de la broderie rassemblent douze artisans qui se mesurent autour de techniques exigeantes, mettant en avant la précision et la créativité.

Plus loin, l’Espace Innovation attire un public jeune, désireux de découvrir des projets entrepreneuriaux alliant design contemporain et savoir-faire ancestral. Startups, initiatives numériques et plateformes de vente en ligne témoignent d’une transformation progressive du secteur, désormais lié aux enjeux de l’économie digitale.

Au-delà de l’esthétique, le salon rappelle l’importance économique des industries traditionnelles. L’espace commercial, véritable cœur de la manifestation, regroupe des centaines d’exposants et facilite les échanges directs avec le public.

Pour de nombreux artisans, cet événement constitue une opportunité cruciale : vendre, établir des partenariats, mais aussi comprendre les attentes d’une clientèle de plus en plus exigeante. Des programmes d’accompagnement sont également présentés, notamment dans le cadre de coopérations internationales.

Parmi les projets soutenus par l’Onudi, des initiatives liées au patrimoine de Sousse avec l’Unesco, ainsi que la valorisation de produits locaux à Nabeul et Kairouan, illustrent la volonté d’un secteur en quête de structuration et de compétitivité.

Exporter pour grandir

La question de l’exportation est centrale cette année. Un séminaire programmé le 2 avril mettra en avant le programme « Easy Export », récemment relancé, permettant aux artisans de bénéficier d’une réduction de 50 % sur les frais d’expédition via la Poste tunisienne. Ce dispositif, encore peu connu, affiche des résultats prometteurs. D’après les responsables du secteur, certains artisans ayant expérimenté ce mécanisme ont vu leurs exportations multipliées en peu de temps.

Cette initiative constitue une voie concrète pour accéder à de nouveaux marchés, notamment pour les petites structures. Pour Leila Msellati, directrice générale de l’Office national de l’artisanat, cette édition représente une étape significative : diversification des produits, ouverture à l’international, intégration de l’innovation… autant de priorités en réponse aux attentes d’un marché en évolution.

Elle a exprimé sa satisfaction : « Cette année, nous accueillons de nombreux invités et présentons de nouvelles offres ainsi que des programmes de coopération internationale avec lesquels nous collaborons dans les domaines de la recherche, de l’innovation et du développement, toujours en veillant à diversifier les produits en réponse aux demandes des consommateurs tant au niveau national qu’international. L’Égypte est notre invitée d’honneur cette année, pour sa première participation sur le sol tunisien dans le secteur des artisanats traditionnels.

Au préalable, l’Office national de l’artisanat avait pris part à deux éditions d’un salon similaire en Égypte, consacré à l’artisanat égyptien. Comme chaque année, dans le cadre de l’accord signé entre la Tunisie et l’Algérie pour les artisanats traditionnels, 17 artisans algériens sont présents à l’événement. Le projet « Tunisie Créative » est également présent, continuant sa collaboration avec nous dans le cadre de la coopération internationale.

Un concours a également été organisé pour encourager les artisans à créer des emballages pour l’huile d’olive, en coordination avec le Centre de promotion des exportations et le Centre d’emballage Packtek. Nous participons également à cette session. Dans le cadre du projet de coopération internationale Zeda, le projet Pampat a mené des concours régionaux à Nabeul et Kairouan, axés sur les produits décoratifs et les cadeaux.

Zeda propose également des emballages pour les produits alimentaires tunisiens. Nous développons un projet de coopération internationale avec l’Unesco, en collaboration avec trois groupes de dix artisans de la région de Sousse. Ces artisans ont créé des produits en liaison avec le parcours touristique de la ville, inspirés par son patrimoine, son architecture et la culture de la vieille ville.

Certains de ces produits ont été exposés pour la première fois au Salon de l’innovation des métiers traditionnels. Enfin, un projet Zeda, régional et national, est mis en œuvre dans la zone de Ben Arous. Ce projet concerne la création de cadeaux commémoratifs issus du secteur de l’artisanat traditionnel, mettant en valeur notre patrimoine.

Un concours significatif s’est également déroulé dans cette région, et Zeda présente aujourd’hui ses résultats. Il ne faut pas oublier le Concours national d’innovation pour le secteur de l’artisanat traditionnel, qui prévoit trois sessions, dont une consacrée aux cadeaux de l’année précédente.

Ces cadeaux s’inspirent des richesses de notre patrimoine et de notre civilisation. Ceux qui souhaitent voir ce joyau intégré aux circuits touristiques s’intéressent également aux parcours touristiques tunisiens, ainsi qu’à un concours sur l’économie circulaire et à un concours destiné aux étudiants.

Outre les avantages à l’export, des initiatives ont été mises en place par l’Onat pour accompagner les personnes en situation de handicap dans le secteur de l’artisanat, comme l’initiative « Handisucces » présente au Salon, mais aussi pour les artisanes des régions. Les petits artisans et artisans débutants, souvent jeunes, n’ont pas été oubliés et ont bénéficié d’avantages spécifiques à l’export.

« Easy export » pour les petits artisans

Mme Msellati a précisé : « Je vous informe qu’un séminaire de sensibilisation se tiendra le 2 avril pendant le salon sur les avantages spécifiques à l’exportation via la Poste tunisienne. Le projet Easy Export offre une subvention de 50 % pour les exportationsvia la Poste tunisienne. Ce programme a été lancé pendant deux ans, puis suspendu, mais il a été relancé en 2025.

Nous voulons informer les artisans, car beaucoup d’entre eux ignorent encore la reprise d’Easy Export. Ce sera une opportunité, au sein du salon, de se dérouler sous la supervision du ministère de la Communication et des Technologies de l’Information, du ministère du Tourisme et du ministère du Commerce.

Ces contributions précieuses permettront de sensibiliser les artisans à l’importance de l’exportation et aux services d’aide à l’exportation offerts par l’État, notamment le Fonds de promotion des exportations, en particulier via le projet Easy Export. Le programme Foprodex propose une réduction initiale de 50 % sur la valeur des frais d’expédition.

Ainsi, l’artisan ne paie que 50 % lors de l’exportation, contrairement à d’autres dispositifs qui, après la soumission de justificatifs, peuvent s’avérer complexes. Le programme Easy Export from the World se révèle être un atout majeur qui soutient particulièrement les petits artisans.

On a constaté, les années précédentes, qu’un artisan bénéficiant de ces avantages, après avoir exporté une fois par an, a multiplié par quatre ou cinq le nombre d’exportations annuelles. Tout cela est bénéfique pour les artisans des industries traditionnelles.

Dans les allées du salon, artisans et visiteurs partagent un constat commun : l’artisanat tunisien connaît une transformation permanente sans renier son identité. Il s’adapte, expérimente, ose. Et c’est sans doute là que réside sa plus grande richesse : dans cette capacité à établir un dialogue entre le passé et le présent, afin de mieux tracer les contours de l’avenir.