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« Une démarche scientifique » : enquêtes du Geipan sur les ovnis en France

Le Geipan, Groupe d’études et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, est basé à Toulouse et composé de trois salariés ainsi que douze bénévoles. Au 3 mars, 66,5 % des 3.320 phénomènes suivis d’une enquête approfondie depuis 1977 ont été parfaitement ou probablement identifiés par le Geipan.

Les ovnis évoquent souvent les États-Unis. De Roswell à la Zone 51, la culture américaine regorge d’histoires d’engins volants non identifiés, alimentant de nombreux fantasmes. Toutefois, la France est également concernée par ces phénomènes, qui sont pris très au sérieux et font l’objet d’enquêtes rigoureuses. Dans la majorité des cas, ces investigations aboutissent à des explications rationnelles. À l’origine de ces enquêtes se trouve un service affilié au Cnes, l’agence spatiale française : le Geipan, ou Groupe d’études et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, basé à Toulouse.

Ce service, composé de trois employés et douze bénévoles répartis sur l’ensemble du territoire, a un rôle clé. « Collecter, étudier et enquêter sur des cas d’observation jugés étranges par les citoyens dans le but d’apporter une réponse s’appuyant sur une démarche technique et scientifique », détaille Frédéric Courtade, le responsable du Geipan.

Les enquêtes débutent suite aux signalements de témoins d’événements curieux. Parmi ces signalements, on trouve des lumières inhabituelles dans le ciel, des triangles orangés en mouvement, des formes blanches s’estompant progressivement, ou encore des objets à trajectoires atypiques. Les témoignages peuvent être transmis à travers des formulaires en ligne, des courriers, ou des dépositions faites par les gendarmeries selon certaines procédures établies, ainsi que des remontées de la Direction générale de l’aviation civile, permettant aux pilotes et aux professionnels de l’aéronautique de rapporter des événements inexplicables.

Environ une centaine d’enquêtes approfondies par an

Dès qu’un signalement est reçu, l’enquête démarre. Celle-ci est menée avec un sérieux accru : il s’agit non pas de prouver une présence extraterrestre, mais d’expliquer rationnellement ce que le témoin a observé, conformément à « une méthodologie rigoureusement respectée ». Sur le millier de signalements que le Geipan reçoit chaque année, seuls 80 à 120 nécessitent des investigations approfondies, selon son responsable. Les résultats et les dossiers complets de ces cas plus complexes sont publiés dans une base de données une fois l’enquête achevée, en suivant la même méthodologie à chaque fois.

Ce processus implique un large réseau de contacts : le centre opérationnel de surveillance de l’espace du Cnes, pour le suivi des satellites ou des lanceurs dans l’espace ; un service de l’armée de l’air pour le contrôle du trafic aérien ; Météo-France, qui fournit des informations météorologiques et sur les phénomènes particuliers ; le CNRS et des astronomes pour les événements célestes anormaux ; et l’université de Toulouse pour l’approche scientifique en psychologie, avec des experts aidant à l’analyse des témoignages et aux entretiens cognitifs permettant de dissocier les souvenirs véridiques des faux.

Des phénomènes très souvent expliqués

Les investigations se font également sur le terrain, en s’appuyant sur un groupe d’enquêteurs bénévoles. « Fiables et très engagés », ces bénévoles sont soigneusement sélectionnés et formés aux méthodes du Geipan, pour lequel ils mènent des enquêtes, réalisent des entretiens et formulent des hypothèses. Leur mission est bien encadrée : chaque volontaire reçoit une lettre de mission, tamponnée Geipan/Cnes, à présenter aux témoins et aux autorités.

À l’issue d’une enquête, les cas sont classés en différentes catégories : A pour les phénomènes parfaitement identifiés ; B pour ceux qui ont probablement été identifiés (comme un ballon dont l’origine reste inconnue) ; C pour ceux non identifiés par manque d’informations ; et D pour ceux dont la nature demeure méconnue après enquête. Au 3 mars, parmi les 3.320 phénomènes ayant fait l’objet d’une enquête approfondie depuis 1977, 66,5 % ont été parfaitement ou probablement identifiés par le Geipan, dont plus de la moitié ont été classés comme des ballons, lanternes, aéronefs (hors drones) ou phénomènes astronomiques.

Les phénomènes non identifiés, un « semi-échec »

Frédéric Courtade ne désigne pas de cas emblématique du Geipan, bien que certaines affaires aient une importance particulière pour les enquêteurs. Il s’agit notamment des phénomènes observés avant la création du Geipan, en 1977, qui ont été classés comme non identifiés après enquête. Le plus ancien cas disponible remonte à 1951, dans le Vaucluse, où deux pilotes ont rapporté avoir vu « un phénomène très brillant stationnaire puis en mouvement dans le ciel ».

Selon le responsable du Geipan, « les cas emblématiques sont principalement ceux que nous avons réussis à résoudre », mentionnant la difficulté d’enquêter « à partir d’un questionnaire de quelques questions, avec des réponses parfois évasives des témoins, sans photographies ou autres éléments ». À l’inverse, les phénomènes classés D, demeurant non identifiés, sont perçus comme « un semi-échec » par ses équipes.

Ces affaires alimentent aussi de nombreux fantasmes chez une partie du grand public : « Les gens attribuent beaucoup de significations aux ovnis. Il y a bien sûr les extraterrestres, mais aussi l’idée que l’on nous ment, qu’on nous espionne… », note Frédéric Courtade. C’est pourquoi la mission du Geipan est d’une grande importance. De plus, pour ceux qui souhaiteraient rejoindre l’équipe, le Geipan recrute actuellement quatre bénévoles pour porter son effectif à 16 personnes. Passionnés du domaine spatial ou amateurs d’enquête, vos candidatures sont les bienvenues !