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« Trump ne cherche pas de sortie de secours, affirme Romuald Sciora de l’IRIS »

Selon l’observateur de la politique américaine, « la guerre prend une place considérable dans le débat public ». Romuald Sciora explique que l’enlisement du conflit au Moyen-Orient coûte cher au président, qui voit se profiler les élections législatives de mi-mandat en novembre 2026.


Selon l’observateur de la politique américaine, « la guerre prend une place considérable dans le débat public. Donald Trump s’est fait élire sur la promesse de ne jamais entraîner le pays dans une de ces guerres à rallonge style Irak ou Afghanistan. Aujourd’hui, il y a eu des soldats américains morts. Le plus inquiétant pour Donald Trump, c’est sa base MAGA qui commence à se détourner progressivement de lui ».

Le risque pour le républicain est également de perdre le soutien de ses alliés au sein de l’administration américaine, explique Romuald Sciora : « En 2025, il a été élu avec l’aide de l’extrême droite, il n’est pas arrivé seul au pouvoir. Et tous ces gens sont opposés à cette guerre, comme la plupart des généraux du Pentagone. C’est la guerre de Donald Trump, c’est sa décision ».

Pourquoi le président des États-Unis a-t-il pris seul une telle décision, qui risque de lui faire perdre ses plus proches soutiens et qui provoque, dans son pays comme dans le reste du monde, une augmentation générale des prix de l’énergie ? Dominer l’Iran était, selon Romuald Sciora, « un cadeau d’anniversaire pour les Américains, à la veille des 250 ans des États-Unis. Trump est en train de construire un arc de triomphe à Washington, il veut arriver comme Alexandre le Grand devant le peuple américain, et obtenir un deal avec les Iraniens, meilleur, selon lui, que celui de 2015 qu’il a jeté à la poubelle ».

Cependant, deux « gifles » ont contrarié ses plans, explique le chercheur : « Il a été humilié à l’intérieur par la Cour suprême sur sa politique de taxation, puis à l’extérieur sur l’Ukraine, puisqu’il n’a pas tenu sa promesse de campagne de mettre fin à la guerre en 24 heures. Il voulait obtenir quelque chose, et est passé à l’action en Iran, sans aucune stratégie sérieuse. Ne cherchons pas de cohérence dans tout cela ».

L’enlisement du conflit au Moyen-Orient coûte donc cher au président, qui voit se profiler les élections législatives de mi-mandat en novembre 2026. « L’entrée en guerre est sans doute la décision la plus importante de son mandat, parce que c’est peut-être celle qui pourrait le faire tomber définitivement dans l’opinion américaine », estime le directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS.

En annonçant des négociations et un plan de paix avec le régime iranien, « Donald Trump est en train de chercher une sortie de secours, à tout prix ». Romuald Sciora avertit tout de même que le président n’est pas avare en surprises et en « pirouettes » : « Il n’est pas du tout impossible que dans 24 heures, il nous dise qu’il a obtenu une grande victoire, malgré ce que disent les mollahs, et qu’il passe à autre chose, qui pourrait être Cuba ».

► Écoutez l’intégralité de cette interview dans le podcast *Le Monde en direct* ci-dessus.